Après Mediator… Revue des stratégies de désinformation, formes d’influence et conflits d’intérêt

Article détaillant sur 15 pages les principales tares du complexe médico-industriel, paru le 15 janvier 2011 sur l’ancien blog Pharmacritique.

Entre autres: nouvelles tendances telles que prééminence du marketing relationnel vs R&D; données socio-économiques des laboratoires pharmaceutiques; conflits d’intérêts des associations; leaders d’opinion (médecins et leaders associatifs) qui verrouillent le système de santé et de soins; industrie du cancer; irrationalité de la pensée s’agissant de certains médicaments; absence d’analyse coût – efficacité; formation médicale continue et presse médicale dans les mains des pharmas; certains propos de Christian Lajoux; l’hypocrisie générale des autorités sanitaires et des médecins quant aux conflits d’intérêts; l’ineptie des codes volontaires de déontologie, etc. Tout cela avec des liens pour approfondir.

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Le Dr Knock après neuf décennies. Le prophétisme de Jules Romain

Par le Pr Pierre Biron

(présentation à la fin de l’article)

La petite histoire de la pièce

L’écrivain et dramaturge Jules Romains n’avait pas convaincu la Comédie française, mais quand le comédien Louis Jouvet lut la pièce, il en fut enthousiasmé, lui qui avait été pharmacien avant d’embrasser la scène. Au fil des répétitions, Romains le convainquit d’être lui-même, courtois, sarcastique et sûr de lui. Lors de la création à la Comédie des Champs-Élysées, l’auditoire est si enthousiasmé que le célèbre André Gide s’empresse d’aller féliciter Jouvet dans sa loge. Jouvet s’est investi dans le rôle au point que cette pièce remplira sa carrière comme acteur et scénariste : plus de 1440 représentations et finalement, deux films dont le second lancé en 1951.

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Avonex dans la sclérose en plaques: Essai clinique biaisé et mauvaise évaluation rapportent 28 milliards à Biogen

Par le Dr Alexis CLAPIN 

Je suis neurologue de formation et j’ai travaillé pendant 20 ans dans l’industrie pharmaceutique. Lors de la mise sur le marché d’Avonex, je travaillais chez Serono comme responsable médical. J’ai quitté l’industrie pharmaceutique il y a quatre ans. [Plus de détails et déclaration publique d’intérêts à la fin de l’article.]

 

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Comment Biogen a engrangé 28 milliards de dollars avec un essai clinique biaisé

Avonex est un interféron bêta autorisé à la fin des années 90 dans le traitement de la sclérose en plaques évoluant par poussées. La Food & Drug Administration (FDA, agence d’évaluation des médicaments aux Etats-Unis) et l’Agence Européenne des Médicaments  (EMA – European Medicines Agency) ont approuvé Avonex en surestimant ses bénéfices. Pourtant, la FDA avait vu que l’essai était biaisé et que le fabricant/sponsor Biogen avait défendu l’efficacité d’Avonex par des propos trompeurs. L’EMA, qui ne ré-analyse pas les essais cliniques à partir des données individuelles, n’a pas vu le biais et a vanté les bénéfices d’Avonex conformément aux propos trompeurs rédigés par Biogen dans le rapport d’essai clinique remis aux autorités sanitaires.

Dès lors, de très nombreux patients ont reçu un traitement dont les bénéfices étaient surestimés. Avonex est devenu le leader du marché et a permis à son fabricant d’engranger à la fin 2013 plus de 28 milliards de dollars, dont trois en 2013.

Le cas « Avonex » permet de souligner les difficultés à obtenir une évaluation initiale fiable des médicaments et surtout les difficultés à obtenir une remise en cause des mauvaises évaluations passées. L’EMA, responsable de l’évaluation initiale biaisée, ne se donne pas les moyens de se détromper.

 

Rappel historique sur les interférons dans le traitement de la sclérose en plaques

La sclérose en plaques est une maladie inflammatoire du système nerveux central. La maladie se caractérise par la survenue de lésions inflammatoires, dans le cerveau et la moelle épinière, détruisant les connexions nerveuses. Ces lésions, vues sous la forme de petites plaques sur les examens d’imagerie par résonance magnétique, sont responsables des troubles cliniques. Généralement, la sclérose en plaques débute par des troubles neurologiques évoluant par poussées qui peuvent apparaître en quelques heures et persister quelques semaines. Ces poussées peuvent ou non laisser des séquelles, telles qu’un déficit visuel, un déficit moteur ou sensitif… L’évolution est très variable d’un patient à l’autre. Certaines formes de sclérose en plaques évoluent très lentement, avec très peu de poussées et de déficit résiduel, d’autres évoluent malheureusement plus ou moins rapidement vers un déficit neurologique responsable d’un handicap sévère.

Certains patients ont une forme différente de sclérose en plaques, dite progressive, évoluant d’emblée par une progression continue du handicap.

Les corticoïdes ou l’ACTH (AdrenoCorticoTrophin Hormone stimulant la sécrétion endogène de corticoïdes), puissants anti-inflammatoires, sont les premiers traitements de la sclérose en plaques. Ils sont administrés lors des poussées.  

Les premiers traitements, dits de fond et administrés au long cours, sont les interférons bêta. Ils ont été évalués dans cette indication en raison de leur activité anti-inflammatoire. Depuis leur autorisation de mise sur le marché, à la fin du siècle dernier, de nombreux autres produits ont été approuvés. Certains sont prescrits en première intention, au début de la maladie. D’autres traitements ne sont prescrits qu’en cas d’échec des produits de première intention ou en cas de formes graves (mitoxantrone, natalizumab, alemtuzumab, fingolimod, par exemple). Ils sont prescrits en deuxième intention en raison de risques d’effets indésirables graves.

L’évaluation de l’efficacité des traitements de fond de la sclérose en plaques évoluant par poussée est basée sur trois critères : la survenue de poussées, la progression du handicap et la survenue de lésions vues sur l’imagerie par résonance magnétique nucléaire.

Les trois premiers interférons bêta approuvés par la FDA et par l’EMA dans l’indication sclérose en avonex,sclérose en plaques,avonex ema epar,avonex fda,avonex efficacité,biais essais cliniques,open access essais cliniques,accès aux données essai clinique,has avonex,avonex revue prescrire,biais recherche médicale,sclérose en plaques traitement,interférons efficacité,interférons sclérose en plaques,alexis clapin,biogen profit,rebif efficacité,betaferon efficacité,avonex bénéfices-risques,afssaps évaluation médicaments,sclérose en plaques immunomodulateurs,profit pharmaceutiqueplaques évoluant par poussées sont Betaferon, Avonex et Rebif.

Betaferon  (Betaseron aux Etats-Unis) du laboratoire Schering AG (Chiron associé à Berlex aux Etats-Unis) est le premier mis sur le marché, approuvé en 1993 par la FDA [1] et en 1995 par l’EMA [2]. Il lui est accordé aux Etats-Unis, conformément à l’Orphan Drug Status, une période monopolistique de sept ans.

Mais en 1995 [3], la FDA accorde à un autre interféron bêta, Avonex, développé par Biogen et Rentschler Technology, une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans la même indication thérapeutique. Avonex annule l’Orphan Drug Status de Betaseron sur des critères de tolérance. Berlex a bien essayé de s’opposer à l’arrivée d’Avonex, mais sans succès. L’argument utilisé par Berlex était le suivant : la formulation d’Avonex commercialisée est différente de celle utilisée dans l’essai clinique [4]. Effectivement, Avonex peut être considéré comme le premier biosimilaire autorisé par la FDA, puisque l’étude clinique a été réalisée avec un interféron obtenu sur une lignée cellulaire différente de celle utilisée pour la fabrication du produit commercialisé.

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Contraception, désinformation et le Planning familial comme bouc émissaire… A quand la décision médicale partagée?

Le 4 février, lors du débat avec Renaud Lambert sur les conflits d’intérêts dans l’expertise, organisé planning familial,contraception risque,contraception méthodes,pilules 3ème 4ème génération,véronique séhier,misogynie médicalepar l’Association des Amis du Monde diplomatique à Villeneuve sur Ascq, j’ai eu le plaisir de pouvoir discuter plus longuement avec Véronique Séhier, du conseil d’administration du Planning familial. Je lui ai fait part de l’immense respect que j’ai pour le combat de cette association, qui ne s’est pas arrêté à des discours lénifiants et des vœux pieux, mais a œuvré qu quotidien pour l’information des femmes et pour la concrétisation de leurs droits. L’un de ces droits fondamentaux est la maîtrise de leurs corps par les femmes et rien que par elles, ce qui implique la maîtrise de la reproduction, le choix d’avoir (ou de ne pas avoir) d’enfant.

Dans ce billet d’humeur spontané et sans aucune recherche de synthèse ou de conclusions, je me demande qu’est-ce qui se cache derrière ces attaques contre le Planning familial (dont les trois derniers communiqués à propos des pilules de la 3ème et de la 4ème génération et de Diane 35 sont repris après mes commentaires). Je reviens pêle-mêle sur la désinformation ambiante en matière médico-pharmaceutique, sur la médicalisation du corps des femmes à des fins de profits – dans un système de soins surmédicalisé et sans empowerment, ni décision médicale partagée -, sur la misogynie médicale et culturelle et sur d’autres facteurs qui composent un contexte délétère pour la santé des femmes. Les soins se font dans le cadre d’une relation médecin/patient déséquilibrée, teintée de pouvoir, de commerce – offre qui crée la demande, d’une part, comportement consumériste, d’autre part – et d’autres influences externes qui la déformentet et la réduisent à un instrument de la logique mercantile néolibérale.

Dans un tel contexte, rien ne permet un changement du système menant à l’avènement d’un système dans l’intérêt de la santé. Le système structurellement déformé par la surmédicalisation se reproduit avec des adaptations infimes, en surface, qui arrivent après des scandales médicaux et médicamentaux. Les media, jadis silencieux sur toutes ces questions, ont adopté une démarche sensationnaliste, cherchant le scandale, gonflant la moindre information sur des risques. Au lieu d’élaborer une politique cohérente de santé qui induirait une refonte globale du système de santé et de soins et limiterait la surmédicalisation, les autorités réagissent au coup par coup, au gré des scandales, par des décisions arbitraires. Un médicament a-t-il des risques non décrits dans les RCP françaias auparavant ? Un médicament a-t-il été prescrit dans des indications hors AMM? Au lieu d’en limiter l’usage aux cas où son indication est raisonnable, aux cas des patients qui en ont besoin et n’ont pas d’autre recours, bref, au lieu de justifier leur démarche et de responsabiliser l’ensemble de la chaîne du médicament, les autorités jouent de plus en plus souvent la carte du retrait pur et simple du marché. Or on sait que beaucoup de médicaments peuvent être utiles et avoir un rapport bénéfices/risques favorable dans une certaine population restreinte, aux caractéristiques particulières. Le rapport bénéfices/risques devient défavorable lorsque les médicaments sont prescrits larga manu, à des patients qui ont d’autres caractéristiques, d’autres médications, d’autres risques… Et l’on sait que l’industrie pharmaceutique pousse à la prescription de plus en plus large. Dans un tel cas, l’attitude raisonnable consiste-t-elle à retirer les médicaments du marché ou à réglementer pour mieux encadrer l’usage par diverses populations? Quid des médicaments prescrits hors AMM dans des maladies rares, pour lesquelles il n’existe aucune indication? Lorsqu’un médicament est utile à un patient grâce à un effet secondaire, faut-il interdire la prescription parce qu’il ne s’agit pas de l’AMM? C’est là l’un des effets pervers de l’affaire Médiator, qui pose de nombreux problèmes, parmi lesquels la disparition de la liberté de prescription et la prévalence de la bureaucratie sur l’intêrêt de la santé du patient

L’intérêt de la santé du patient exigerait un traitement/une prescription au cas par cas, et non pas une démarche administrative générale, gérée par les ordinateurs de la Sécurité sociale, qui peuvent rejeter une ordonnance sans recours possible. Nous allons vers un monde à la Kafka, avec des réglementations absurdes, des décisions non fondées, non explicitées, une bureaucratie et une administration illisibles. Le « monde administré » craint par les théoriciens de l’Ecole de Francfort, nous le vivons déjà: depuis l’administration qui pousse à la médicalisation et surmédicalisation (fortes incitations à des dépistages réguliers de cancers (et autres maladies) et à des bilans réguliers inutiles, qui déforment toute notion de prévention) jusqu’à l’administration qui fait des ordinateurs de la caisse primaire d’assurance maladie les seuls juges d’une prescription, sans régulation humaine possible.

Et nous, usagers et patients, nous continuons à accepter ce monde administré par diverses technosciences, qui met notre vie en coupe réglée; nous continuons à nous dire victimes, sans changer notre comportement, donc sans chercher à imposer en France aussi une variante de l’empowerment reconnu ailleurs comme la seule issue possible. Certes, l’empowerment et ce qu’il implique – décision médicale partagée, exercice de l’esprit critique, responsabilité partagée, etc. – ne serait pas aussi confortable que notre ignorance, puisqu’il nous enlèverait nos illusions de tranquilité, de risque zéro et d’abandon de la responsabilité aux techniciens experts du domaine médical.

Absurdités administratives, lâchetés du monde médical comme des usagers, recherche de profit – le système actuel pousse à la recherche de boucs émissaires et de pseudo-solutions qui permettent la reproduction de l’essentiel au prix de modifications cosmétiques, en surface. Le Planning familial est pris comme bouc émissaire dans une querelle aux contours bien plus vastes, qui fait ressortir nombre de défauts systémiques et de vieux démons – remise en cause de la contraception et de certains droits des femmes – qui ressurgissent régulièrement, comme un retour du refoulé…

La rencontre avec Véronique Séhier me replonge dans un domaine dans lequel j’ai été très investie pas le passé : militer pour le droit des femmes, réfléchir à tout ce qui entrave ces droits, étudier la littérature féministe, en développer certains aspects et contribuer à faciliter leur compréhension, leur connaissance et leur applicabilité aux questions de la vie quotidienne, puis formuler des analyses critiques de la double socialisation et de la double domination – masculine et capitaliste – que subissent les femmes.

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Ghostwriting / auteurs fantôme. Méthodes de manipulation et influence sur la recherche médicale et l’information

Sergio Sismondo a forgé le terme « ghost management » pour parler de l’influence de l’industrie pharmaceutique : un management total, une gestion invisible, mais omniprésente, de tous les niveaux de la recherche, de la formation et de l’information médicales. Le but ? Créer une désinformation généralisée, car même là où il n’y a pas de conflits d’intérêts, pas de corruption et de fraude directes, il existe des influences directes et indirectes, des biais dans la littérature médicale, etc.

J’aborde les principales méthodes de manipulation de la recherche et de l’information, les composantes du ghost management et plusieurs articles de référence, avec extraits et liens.

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Actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements ». Ateliers 4, 5 et 6

Le colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » qui a eu lieu le 27 et le 28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny a été présenté plusieurs fois, en particulier dans les notes contenant l’introduction détaillée et le programme. Les enjeux et les possibles suites à donner – j’imaginais un mouvement citoyen d’idées – ont été évoqués dans le communiqué de presse des organisateurs.

Quant aux actes (powerpoint et textes transmis par les intervenants et les modérateurs) : sur Pharmacritique ont déjà été publiés les actes de l’atelier N° 1 (Surmédicalisation, mythe ou réalité), de l’atelier N° 2 (Causes et sources de surmédicalisation), de l’atelier N° 3 (Surdiagnostics sources de surtraitements), de même que les comptes-rendus des ateliers faits par les modérateurs respectifs. Des liens insérés au début de chaque page permettent d’accéder à tout ce qui a été publié là-dessus sur ce blog.

Voici les contributions aux ateliers N° 4, 5 et 6 (et quelques liens et fichiers complémentaires, envoyés par les contributeurs).

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Actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements »: les comptes-rendus des ateliers (causes, formes, enjeux, médicaments essentiels…)

Les 27 et 28 avril 2012 a eu lieu à la Faculté de médecine de Bobigny le colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », co-organisé par le Groupe Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas), le Département de Médecine générale de la Faculté de Bobigny et la SFTG (voir le programme).

Conceptualiser pour faire comprendre les enjeux pour tous les citoyens

A ceux qui n’en ont pas encore eu connaissance, je conseille de commencer par cette page de présentation du colloque et des ateliers, avec mon introduction détaillée sur les enjeux et l’importance d’une prise de conscience globale, par l’ensemble des citoyens, de l’omniprésence de la surmédicalisation, de ses causes, formes et conséquences, de ses risques pour notre santé individuelle et publique, tout comme pour le système public solidaire de santé et de soins.

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Claude Béraud ou la négation de l’éthique médicale

Texte retiré le 7 janvier 2016.

Je posterai le vrai travail du Pr Claude Béraud, sans ma réécriture. 

Je me suis fait avoir. Retirer les textes est la première étape de la rectification.

Quelques réactions spontanées sont postées sur d’autres pages, à la place des textes. Je n’ai jamais donné l’autorisation à Claude Béraud de se servir de mon travail et demande qu’il fasse en sorte de ne publier que les versions non retravaillées par moi. Qu’il transmette à la postérité ce dont il est capable tout seul.

« Quand la complicité médico-pharmaceutique dévoie le savoir médical », par Pierre Biron

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Le texte du Pr Pierre BIRON aborde des dimensions du complexe médico-industriel qu’il faut connaître pour s’orienter dans nos systèmes de santé et de soins et prendre des décisions en connaissance de cause. Il est suivi par la présentation de l’auteur et des liens vers d’autres articles qu’il a publiés sur Pharmacritique.

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Quand la complicité médico-pharmaceutique dévoie le savoir médical

Par le Pr Pierre BIRON

À l’époque de Louis XIV, le roi prenait comme maîtresses et honorait des faveurs de la cour les filles de grandes familles puissantes qui auraient pu faire ombrage à son pouvoir quasi absolu ou le contester; ainsi, toute cette famille était pour ainsi dire neutralisée[2].

Aujourd’hui, l’industrie des produits médicaux accorde ses faveurs et appuie l’ambition professionnelle d’une poignée de leaders d’opinion de spécialités médicales au grand pouvoir de prescrire; ainsi, toute la spécialité est pour ainsi dire neutralisée. De la cardiologie à l’oncologie et la diabétologie en passant par la psychiatrie, la pédiatrie, la gériatrie et la médecine générale, tout dépend des profits escomptés. Ainsi, les infectiologues sont peu courtisés, car l’industrie délaisse la recherche en antibiothérapie; ce n’est pas assez payant, les patients guérissent souvent et après quelques années de commercialisation, la résistance bactérienne s’installe.

Les experts qui cèdent à la tentation de devenir des leaders d’opinion – de méchantes langues les surnomment dealers d’opinion – peuvent acquérir une grande renommée, exercer beaucoup d’influence sur leurs pairs, siéger sur des comités qui rédigent les recommandations cliniques (clinical guidelines) aux prescripteurs, arrondir leurs fins de mois, conseiller les assureurs publics, paraître comme auteurs d’articles pas toujours écrits par eux-mêmes. Et mener à des dépenses inutiles sans pour autant améliorer tangiblement la santé.

Cela n’a rien à voir avec la compétence des praticiens, mais cela a beaucoup à voir avec les dépenses qu’entraînent des ordonnances pour des nouveaux produits ou indications[3] dont les coûts et les risques sont loin de compenser les bénéfices attendus. Les chances que votre médecin traitant soit un leader d’opinion sont faibles, car ces personnages sont très peu nombreux – heureusement – et passent parfois plus de temps à l’extérieur de la clinique ou du pays, qu’auprès de leurs malades.

Le terme ‘courtisan’ existe depuis plus de quatre siècles et désigne une personne qui flatte. Depuis un demi-siècle, les ‘grosses pharmas’ courtisent les prescripteurs. Toute subvention pharmaceutique à la formation médicale continue et toutes les formes de faveurs aux prescripteurs laissent des traces sans aucune exception. Quelles traces? Examinez les profils de prescriptions préventives abusives, ou encore pensez au silence des institutions médicales et universitaires devant le laxisme et l’opacité de nos agences de réglementation qui mettent le bien des entreprises au-dessus de la santé de la population.

Il en est de même pour les associations de patients qui se laissent ‘aider’ par des sponsors intéressés, ainsi que pour les patients qui se laissent ‘accompagner’ pour être fidélisés à la marque sous prétexte de les ‘aider à être observants’.

Que l’on soit politicien en campagne électorale, décideur en politique pharmaceutique, gestionnaire d’une agence du médicament, responsable d’une institution médicale ou universitaire, responsable de formation ou soi-même prescripteur, accepter l’argent des grosses pharmas, c’est courir le risque de devenir pharmas-co-dépendant. C’est courir le risque que ce qui commence par une simple collaboration devienne une complicité avec l’agenda d’une industrie en panne d’innovation tangible et qui, depuis trois décades, se rabat sur un marketing agressif basé sur la surmédicalisation et la sur-médicamentation en passant par la manipulation du savoir médical, afin de réaliser des marges de profits qui font pâlir d’envie les plus grands secteurs économiques de la planète.

 

Faisons un tour de table

Depuis l’intérieur de la profession

« Les milliards déversés par l’industrie ont détraqué la boussole morale de plusieurs médecins. Le temps est venu de se demander si tout cet argent qui envahit le monde médical n’a pas plutôt donné naissance à des habitudes de corruption [4], déclare l’ex-rédacteur en chef Jerome Kassirer du New England Journal of Medicine, la plus réputée revue savante généraliste en médecine…

Marcia Angell, elle aussi ex-rédactrice en chef du même journal, a pris la peine d’écrire un livre sur le sujet, traduit sous le titre La vérité sur les compagnies pharmaceutiques : Comment elles nous trompent et comment les contrecarrer. Elle a aussi signé dans le journal en question un article intitulé « Drug companies & doctors: A story of corruption. » Le terme a été prononcé par deux anciens rédacteurs en chef du numéro un en médecine. Que peut-on demander de plus?

Angell est convaincue que trop de partenariats public-privé dans les centres hospitalo-universitaires – recherche et enseignement compris – représentent un dangereux pacte faustien, et elle n’accorde plus sa confiance sans réserve aux publications d’essais cliniques de médicaments quand ils sont financés par l’industrie et exécutés docilement par leurs partenaires obligés.

Une majorité de ces essais commandités par le privé visent surtout à augmenter la visibilité du produit, à élargir les indications, à mousser les ventes. On répartit géographiquement ces essais cliniques dans d’innombrables régions et pays parce que les chercheurs cliniques peuvent s’y transformer en leaders d’opinion une fois l’essai complété, faisant ainsi d’une pierre deux coups.

« Médecine, politique, médias, législations, réglementations et entreprises pharmaceutiques manœuvrent en eaux troubles », râle un médecin généraliste belge indigné par la situation [5].

« Promotion excessive, suppression et falsification des données, opacité, corruption, fraudes et graves conflits d’intérêt sont de plus en plus souvent mis en évidence », dénonce Graham Dukes, l’une des éminences grises européennes les plus respectées en politique pharmaceutique et l’un des pères de la pharmacovigilance moderne, médecin, avocat, universitaire et conseiller à l’OMS [6].

« Petits et grands cadeaux tendent à faire passer de la connivence à la compromission. L’industrie pharmaceutique en est arrivée à dominer le savoir médical ainsi que l’orientation de la recherche, de la réglementation, de la prescription, de l’accès et de l’utilisation des médicaments dans le monde entier », déplorent les rédacteurs médecins et pharmaciens de la Revue Prescrire à Paris, généralement considérée la meilleure du genre et chef de file incontestable des rarissimes bulletins thérapeutiques indépendants qui disent non merci aux fabricants et aux gouvernements [7].

« De son point de vue, l’industrie pharmaceutique fait parfaitement son travail au mieux de ses intérêts … mais en face, ceux chargés de préserver l’intérêt général et la santé publique, responsables politiques, autorités sanitaires, assurances-maladie, professionnels de santé, médias, etc., n’exercent pas leurs responsabilités avec le même acharnement et la même compétence, loin s’en faut…

Les conséquences sanitaires de ces renoncements et de ces lâchetés sont connues : effets indésirables graves allant jusqu’au décès, gaspillage et creusement des déficits sociaux, perte de confiance dans la médecine et ses représentants. » Cette opinion provient d’un regroupement de médecins français – le Formindep – militant pour une formation médicale transparente et indépendante [8].

« Quand une compagnie promeut un produit, c’est le docteur qui en profite et la société qui paye… L’argent de l’industrie n’a sa place ni dans les universités, ni en éducation médicale continue, ni dans le fonctionnement d’une clinique », déclare courageusement un Collectif de médecins québécois[9]. Un de leurs collègues renchérit sur « la courtisanerie de l’industrie : cette promiscuité contamine l’intellect et le cadre paradigmatique du champ de l’acte médical, et à cause de l’influence subliminale et insidieuse de cette énorme idéologie que professe cette industrie, notre profession est devenue partie intégrante de ce marché particulièrement lucratif » [10].

« Tout devient possible pour vendre à tout prix. Manipuler trompeusement les études scientifiques pour dissimuler les effets négatifs des médicaments. Contrôler les agences de régulation et les autorités sanitaires grâce à des lobbyistes influents et des experts véritables à la solde des firmes…

Influencer les prescripteurs grâce à leur naïveté et à leur incapacité à faire face aux conflits d’intérêts, en finançant et contrôlant la quasi-totalité de leur formation continue. Façonner de nouvelles maladies pour créer et développer le marché. Influencer tous les niveaux du circuit du médicament pour vendre, vendre encore et toujours plus, au risque de la santé des populations, enchaîne avec indignation le Formindep. » [11]

L’industrie pharmaceutique – un des lobbies prédateurs – a ruiné la médecine comme science, pouvait-on déjà en 2003 lire dans Le Monde [12].

Quiconque est assez naïf pour croire encore qu’un prescripteur bénéficiaire d’un sponsor devient automatiquement impartial simplement en déclarant ses conflits d’intérêt, aurait avantage à mieux se renseigner [13].

Aux États-Unis, la situation des conflits d’intérêt a vraiment commencé à se détériorer au début des années 1980, pour en arriver aujourd’hui à un état de faillite éthique de la médecine occidentale. Le phénomène a commencé sous les années Reagan, mais il s’est vraiment accéléré sous l’administration Clinton. Et à partir du milieu des années 1990, nous avons assisté à une castration systématique de tous les mécanismes de protection des conflits d’intérêt, et de toutes les voix critiques [14] [15].

 

Complétons notre tour de table

Depuis l’extérieur de la profession

En France, installée à tous les étages des défaillances de l’État – des instances qui décident des autorisations de mise sur le marché jusqu’aux cabinets des médecins et des ministres – l’industrie pharmaceutique semble avoir gagné la bataille d’influences. Très souvent, notre système de santé est pris au piège d’intérêts économiques qui n’ont plus grand-chose à voir avec la santé de tous, dénonce l’auteure du livre Les Médicamenteurs [16], qui aurait tout aussi bien s’intituler Les Médica-Menteurs.

Tant que les universités, chroniquement sous-financées, encourageront les partenariats avec des firmes subventionnaires, la porte restera grande ouverte pour la poursuite de la corruption de la recherche scientifique, déclare le pharmaco-économiste Marc-André Gagnon, associé à l’Université Harvard et enseignant à l’université Carleton en Ontario [17].

Transparency International a proposé un code de conduite dans son Rapport mondial de 2006[18]. Ce code a été endossé par la rédaction du numéro deux mondial des revues savantes médicales, le Lancet, dans sa livraison du 11.2.2006. On y recommande ni plus ni moins aux médecins de ne pas faire la promotion de produits de santé dans lesquels ils ont un intérêt financier et de ne pas se joindre à la liste des conférenciers d’une entreprise de produits de santé.

Une situation de conflit d’intérêt pourrait survenir lorsque cette collaboration va au-delà de la recherche, pour se muer en marketing quand les médecins deviennent des consultants ou des conférenciers payés. C’est la première fois qu’une ONG internationale donne explicitement au co de pharmas-co-dépendance un sens qui assombrit l’image d’intégrité et d’indépendance de nos institutions médicales, même si elle ne vise directement que certains leaders d’opinion qui se prêtent contre rémunération à la présentation répétitive et l’interprétation trop enthousiaste de certains essais cliniques [19].

Quand la médecine ou l’industrie pharmaceutique perdent le Nord, comme tous ceux qui font joujou avec leur omnipotence, il est impératif qu’une instance éthique indépendante et exogène à leur sphère les régule et leur rappelle l’impératif catégorique du respect de l’humain. On assiste sinon à l’émergence d’un État dans l’État, d’une zone de non droit où règnent en maîtres les ambitions les plus cupides. Qu’on se rappelle les scandales qui parsèment régulièrement l’histoire de l’industrie pharmaceutique, soupire la philosophe Elena Pasca, auteure d’un des meilleurs blogues en langue française sur le sujet [20].

 

Conclusion

Accordons le mot de la fin à l’éminence grise Graham Dukes : Dans la jungle pharmaceutique les entreprises ne peuvent être domptées et apprivoisées que par les lois et l’opinion publique, encore faut-il commencer par réduire la manipulation des législateurs et des citoyens par les mondiales du médicament.

Souhaitons que des médias citoyens représentent un moyen d’éclairer une opinion publique chroniquement désinformée et insuffisamment politisée.

 

[Notes et références]

[1] Dévoyer dans le sens de ‘détourner du droit chemin’ de la rigueur scientifique

[2] Réflexion inspirée de Agnès Walch, Histoire de l’adultère XVIe -XIXe siècle, Paris :Perrin; 2009, et de la thèse de Marc-André Gagnon, The nature of capital in the knowledge-based economy: the case of the global pharmaceutical industry, Toronto, York University, 2009

[3] La situation clinique où le produit est recommandé.

[4] Éditeurs. La main dans le sac, Montebello QC: Les Éditions le mieux-être; 2007. Traduction de: Jerome Kassirer, On The Take, Oxford: Oxford University Press; 2005.

[5] Préface de Dirk Van Duppen, La guerre des médicaments, Bruxelles : Aden; 2004

[6] socialaudit.org.uk et ISDB 2007;21(3) :4

[7] Revue Prescrire 2003 1er mars;23(237):221. On peut accéder gratuitement à une partie des articles sur le site http://www.prescrire.org/fr/

[8] Philippe Foucras, http://formindep.org/Les-Medicamenteurs-le-film

[9] Lamontagne F, Turcotte G, Lemire S, Plaisance M, Coll B, Brouillet M, Adjaoud A, More P. Quand l’industrie pharmaceutique courtise les médecins. Le Devoir, Montréal, 28.4.2003, sur http://www.ledevoir.com/non-classe/26393/quand-l-industrie-pharmaceutique-courtise-les-medecins.

[10] Pierre L Auger. Industrie pharmaceutique, une promiscuité qui contamine la médecine. Le Devoir 30.4.2003

[11] Philippe Foucras. http://formindep.org/Les-Medicamenteurs-le-film

[12] Manfred Stricker, lire http://quibla.net/monde/monde.html 29 mai 2003

[13] Steven Schachter et coll. Managing Relationships with Industry. Burlington: Elsevier; 2008

[14] Fernand Turcotte http://www.protegez-vous.ca/sante-et-alimentation/entrevue-avec-fernand-turcotte.html, 8.2.2010

[15] Biron P. & Turcotte F. La faillite morale de l’establishment médical. Le Devoir, 10.9.2009, Page A6 sur http://www.ledevoir.com/2009/09/10/266263.html

[16] Stéphane Horel. http://www.stephanehorel.fr/doc/medicamenteurs/livre/

[17] Marc-André Gagnon. Le Devoir, 4.9.2009, section Opinion, sur http://www.ledevoir.com/non-classe/265495/recherche-medicale-la-belle-affaire

[18] Transparency International Annual Report 2006. 1. Corruption and health; 1.5 Corruption in the pharmaceutical sector; 1.5.3 The corrupting influence of money in medicine. Berlin, Germany: Transparency International; 2006.

[19] Biron P, Plaisance M, Lévesque P. Le Médecin de famille canadien 2007;53 :1643-1645, sur http://www.cfp.ca/cgi/content/full/53/10/1643

[20] Elena Pasca. http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/23.4.2009.

 

* [L’auteur]

Professeur honoraire de pharmacologie à l’Université de Montréal, engagé sur toutes les questions de pharmacologie sociale, Pierre BIRON est un observateur critique de la scène médico-pharmaceutique, auteur et co-auteur de nombreux articles et chapitres de livres sur l’influence de l’industrie pharmaceutique sur la médecine, l’abus de prévention, la surmédicalisation et surmédicamentation, les formes de disease mongering (façonnage de maladies), les politiques du médicament… 

Pierre Biron, qui n’a aucun conflits d’intérêts, est l’auteur d’un dictionnaire engagé, critique et évolutif, anglais/français, de la médecine dans ses rapports à l’industrie pharmaceutique, un work in progress hébergé par le site L’Encyclopédie de l’Agora, accessible sur cette page.

Sur Pharmacritique, Pierre Biron a publié plusieurs textes : « Entretien virtuel avec Jean Peneff : « La France malade de ses médecins »» (sur cette page) et « La pharmaco-prévention dans les unités de soins de longue durée : Un acharnement à dénoncer » (sur cette page), ainsi qu’un texte co-écrit avec le Pr Fernand TURCOTTE : « Le glas aurait-il sonné pour la mammographie de dépistage? » (à lire ici).

Le texte « Quand la complicité médico-pharmaceutique dévoie le savoir médical » est d’abord paru le 23 décembre 2010 sur le blog canadien Centpapiers, mais a été effacé il y a quelques semaines. Or il mérite d’être largement connu et diffusé. [EP]

 

Rétablir le programme CESA (contaminants et environnement) et le REMERA (registre des malformations du Rhône Alpes)

Mise à jour datée du 16 janvier 2012 à la fin de l’article

A l’heure où les études et les preuves scientifiques s’accumulent pointant dans le sens d’une remera registre malformations,malformations toxiques environnement,médicament tératogène,tératogénie malformation cause,programme cesa anr,contaminants environnement,nicolas sarkozy lobbying santé,santé environnementale recherche programmes,toxicologie environnement,santé cause toxique environnement,perturbateurs endocriniens législation,législation européenne agents toxiques,pétition programme cesa anr,anses santé environnementale contaminantsimplication massive des toxiques environnementaux dans la survenue de diverses maladies, qu’il s’agisse de co-facteurs ou de corrélations à approfondir, la recherche française fait marche arrière. Elle est pourtant déjà très en retard par rapport aux pays anglo-saxons en particulier, sans parler du retard en matière de sensibilisation de la population et des professionnels de santé, évident lorsqu’on regarde la quasi inexistence de formations en santé environnementale et le mépris des leaders d’opinion pour cette problématique. Lors du Grenelle de l’Environnement, de la mise en place de la Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation et des Plans Nationaux Santé Environnement (PNSE) 1 et 2 comme du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE), l’on a pu constater ce retard français, que ces dispositifs auraient dû permettre de rattraper. Or il n’en est rien.

Au niveau européen, c’est chaotique : un pas en avant, deux en arrière. La législation REACH sur les agents toxiques a été extrêmement difficile à obtenir, avec un résultat minimaliste. Et pourtant, les lobbies industriels ont fait en sorte d’obtenir de leurs porte-voix politiques des réglementations qui, dans les faits, détricotent REACH, en revenant à des notions tels que les seuls d’exposition ou la dose minime de nocivité, dépassées selon la toxicologie. D’autre part, la Commission européenne a lancé en août 2011 une campagne pour la mise en place d’études scientifiques des perturbateurs endocriniens, y compris dans leur effet nocif cumulatif, permettant une évaluation globale (voir cet article, qui donne aussi des références complètes et des liens).

En France, il y a eu des avancées quant au bisphénol A en particulier, confirmé par le vote, en octobre dernier et à la surprise générale, une loi interdisant le bisphénol A dans les récipients alimentaires, qui confirme le précédent vote sur d’autres perturbateurs endocriniens.

C’est dans ce contexte que le conseil d’administration de l’Agence nationale de la recherche (ANR) a voté le 27 octobre dernier l’arrêt du programme de recherche CESA («Contaminants et environnement: métrologie, santé, adaptabilité, comportements et usages»), à contre-courant de tout ce qui se fait dans les autres pays occidentaux et même des travaux lancés par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire).

Une pétition publique peut être consultée et signée sur cette page : « Pétition pour le rétablissement de l’appel d’offre de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) concernant les contaminants de l’environnement et leurs effets (CESA) ».

D’autre part, on apprend que le REMERA (Registre des Malformations congénitales de Rhône-Alpes) remera registre malformations,malformations toxiques environnement,médicament tératogène,tératogénie malformation cause,programme cesa anr,contaminants environnement,nicolas sarkozy lobbying santé,santé environnementale recherche programmes,toxicologie environnement,santé cause toxique environnement,perturbateurs endocriniens législation,législation européenne agents toxiques,pétition programme cesa anr,anses santé environnementale contaminantss’arrêtera le 1er janvier 2012, privant ainsi les citoyens comme les professionnels de santé des données sur les effets tératogènes et autres toxicités des contaminants environnementaux et autres agents toxiques tels que des médicaments et autres substances chimiques de toute sorte…

Voici quelques détails sur ces décisions, suivis par des extraits de la réaction de plusieurs associations et des réflexions sur la manipulation de la recherche publique et le gaspillage des deniers publics dans des programmes de recherche finalisés imposés par les industriels à travers la nouvelle politique de partenariats (sic) public-privé, qui traduit l’ »économie de la connaissance » voulue par la « stratégie de Lisbonne » et par la politique de Nicolas Sarkozy, acquise aux intérêts industriels (voir détails et liens plus bas). 

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« Sexe et addictions sur ordonnance » (livre sur les effets indésirables du Requip)

C’est un livre écrit par un avocat sur le parcours d’un de ses clients: un homme de 52 Requip effets indésirables,requip jeu addiction,agonistes dopaminergiques effets indésirables,sifrol effets indésirables,addiction sexe hypersexualité médicaments,jeu pathologique requip sifrol,parkinson médicament effets indésirables,didier jambart procès requip gsk,gsk requip procès,antoine beguin livre procès gsk requip,pharmacovigilance médicaments parkinsonans traité entre 2003 et 2005 par l’agoniste dopaminergique Requip (ropinirole) pour la maladie de Parkinson.

Des media (Ouest France, Le Télégramme…) ont relaté son parcours judiciaire semé d’embûches, qui l’a mené entre autres à refuser une indemnisation de façade par l’ONIAM et prendre un avocat (renonçant à l’assistance par l’association AAAVAM). Le 31 mars 2011, Didier Jambart a fini par gagner son procès contre GSK (Glaxo Smith Kline), laboratoire qui commercialise le Requip.  

Selon Ouest France, « des documents médicaux [produits lors du procès] établissent que les effets indésirables du Requip « étaient connus de la communauté scientifique avant 2003. Le laboratoire ne pouvait donc pas les méconnaître (…) en ne renseignant pas la notice sur ces risques. Le laboratoire a failli à son obligation de sécurité. En conséquence, la justice a décidé de condamner le laboratoire qui commercialise ce médicament à 117 000 € de dommages et intérêts » et a considéré que le Requip était un « médicament défectueux », au vu de ces omissions dans l’information sur le médicament.

L’avocat de Didier Jambart, Antoine Béguin, a écrit le livre « Sexe et addictions sur ordonnance » (L’Appart 2011, 200 pages, 16 euros, reversés à une association, selon les informations donnés par M. Jambart). Maître Béguin a déclaré à l’AFP : « Je ne remets pas en cause l’apport thérapeutique réel de ces médicaments mais le défaut d’information de leurs fabricants et des organes de contrôle à l’égard des patients sur ces risques de réactions ». La préface est signée par le Dr Irène Frachon, lanceur d’alerte dans le scandale du Médiator.

Antoine Béguin et Didier Jambart disent avoir reçu des centaines de témoignages d’autres patients traités par des médicaments dopaminergiques et ayant eu des effets indésirables de type addiction et désinhibition (jeu pathologique, hypersexualité, passages à l’acte, perversions et autres compulsions, délires, épisodes maniaques, hallucinations et autres effets indésirables psychiatriques). Chez Didier Jambart, cela s’est manifesté par un « besoin compulsif de jouer, de s’exhiber et de se travestir, il a dilapidé son argent, brisé sa famille, fait plusieurs tentatives de suicide ». Selon les témoignages et les avis des experts qu’il à sollicités, l’avocat Antoine Béguin estime « entre 15 et 20% le nombre de patients atteints par ce [type d’] effets » indésirables des médicaments dopaminergiques ; ce qui fait environ 10.000 parkinsoniens touchés. Ces médicaments sont autorisés dans le Parkinson, mais sont prescrits aussi hors AMM dans le syndrome des jambes sans repos, la fibromyalgie…

Méthodes publicitaires et désinformation des laboratoires pharmaceutiques, contrôles et pharmacovigilance insuffisants, absence d’interlocuteurs pour les victimes, absence d’intérêt pour les effets indésirables, voire mépris des diverses instances sanitaires publiques –  le livre d’Antoine Béguin aborde ces aspects à partir du cas concret de Didier Jambart. L’avocat a aussi un blog sur lequel il parle du livre et donne d’autres liens. D’autres informations sont données dans un article du 8 octobre 2011 de Ouest France : « Parkinson : le livre d’un Angevin qui accuse les laboratoires ».

Sans aucun rapport avec cela, j’avais répondu à l’automne 2007, sur une liste de discussion, à une demande de bibliographie sur ces effets secondaires (surtout le jeu pathologique) des agonistes dopaminergiques de deuxième génération (Requip (ropinirole) et Sifrol (pramipexole)). J’ai fait une liste d’articles, venant surtout de la revue allemande indépendante Arznei-Telegramm (moins accessible à cause de la langue), avec quelques explications. Un article détaillé à ce sujet, partant de mes recherches de 2007, est depuis longtemps sur la liste de sujets à traiter sur Pharmacritique. Mais elle est tellement longue et mon temps tellement limité… Alors j’essaie de me rattraper en parlant de ce livre, quitte à faire une exception (je ne parle habituellement pas de cas particuliers). 

Elena Pasca

Surmédicalisation et conséquences: surprescription, surmédicamentation, surtraitement, iatrogénie, déficit de la Sécurité sociale…

L’émission C dans l’air du 22 septembre s’intitulait « Sécu : faut-il tout revoir ? » Mais le titre ne résume pas la richesse des interventions, qui ont porté sur les logiques systémiques qui mettent en danger les comptes de la Sécurité sociale, et notamment la médicalisation abusive, cette logique du « tout curatif » et du « tout médicament », comme si tout problème avait une solution médicale – et surtout médicamenteuse et interventionniste.

Surmédicalisation, surdépistages, surdiagnostic, surprescription, surtraitement, surconsommation, abus de prévention… – ce qui les rend possibles, ce qui va avec et leurs conséquences, voilà le sujet de l’émission. Ce sont des sujets maintes fois abordés sur Pharmacritique.

Après les deux vidéos reproduisant l’intégralité de l’émission, je résume les grandes lignes des interventions, en intercalant des citations des intervenants, mais aussi des commentaires de mon cru, avec des informations et des liens permettant de compléter et d’approfondir.

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Lobbying pour Sanofi et le Lantus, avec éviction et diffamation de Peter Sawicki, manipulation de Wikipédia…

Le Lantus (insuline glargine), prescrit dans le traitement du diabète insulinodépendant, a rapporté à Lantus.jpgSanofi plus de 2 milliards d’euros rien qu’en 2009. Et l’histoire a montré que lorsque l’un de ses médicaments est mis en cause, Sanofi peut recourir à divers stratagèmes pour le défendre, faisant appel à des agences de communication, mobilisant les leaders d’opinion qu’il paie, lançant des plans pour désinformer et/ou museler la presse, licenciant tel lanceur d’alerte… Sans parler d’autres méthodes peu catholiques pour augmenter ses profits, dont j’ai donné quelques exemples sur Pharmacritique…

Or le Lantus, soupçonné dès sa mise sur le marché en 2000 de favoriser les cancers, est de plus en plus critiqué depuis 2005. J’ai rendu compte, dans deux articles écrits en 2009 (voir cette page), des études qui renforcent et actualisent le soupçon de cancers sous Lantus, puis évoqué la stratégie de désinformation de Sanofi, pour défendre le Lantus malgré tous les arguments scientifiques ( sur cette page).

Un article de Markus Grill paru le 11 juillet 2011 dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel nous peter sawicki iqwig industrie pharmaceutique,lantus risque cancers,sanofi-aventis lobbying,sanofi-aventis corruption,institut für qualität und wirtschaftlichkeit im gesundheitswesen,wikipédia industrie pharmaceutique,web 2.0 manipulation,lobbying conflits d'intérêts industrie pharmaceutique,fdp parti libéral lobbying industrie pharmaceutique,lantus solostar cancer risque,lantus effets indésirables,insuline glargine cancer,lantus efficacité insulines humaines,wiki-watch wikipédia transparence,philip rösler lobbying industrie pharmaceutique,politique de santé droite,cdu fdp industrie pharmaceutique,assurance-maladie allemagne,chris viehbacher,hommes politiques lobbying industrie pharmaceutiqueapprend qu’un homme politique de droite, Wolfgang Stock, a fait un lobbying intense pour Sanofi, manipulant Wikipédia à répétition : les articles sur le Lantus et celui sur son principal critique, le Pr Peter Sawicki (photo Die Welt) et l’institut IQWiG, de même que ceux sur Sanofi-Aventis, son PDG, etc.

Le diabétologue et ancien directeur de l’IQWiG, Pr Peter Sawicki, a été évincé sur demande du lobby pharmaceutique, dans le cadre de la politique clientéliste de la droite allemande, et surtout des libéraux de la FDP. Le Lantus fait partie des médicaments mis en cause par l’IQWiG, institut indépendant d’évaluation des médicaments. Dès 2005, il a contesté l’efficacité du Lantus par rapport aux insulines humaines. En 2009, il a été le premier à poser la question du risque accru de cancers sous Lantus.

Or Wolfgang Stock dirige un cabinet de lobbying ayant Sanofi parmi ses clients. Et c’est le même qui a fondé Wiki Watch, destiné à… améliorer la transparence dans l’usage de Wikipédia. Les détails illustrent parfaitement les méthodes auxquelles les lobbyistes et les industriels de la pharmacie sont prêts à recourir pour défendre leurs produits, ainsi que l’ampleur du réseau d’intérêts politico-médiatique et son influence sur la prise de décision.

J’évoque aussi les perquisitions et mises en examen touchant Sanofi-Aventis dans une affaire de corruption présumée en Allemagne.

Je réitère ma méfiance envers le web 2.0 sous toutes ses formes, facile à manipuler et instrumentaliser, pour faire de la publicité, désinformer, inciter à la médicamentation…

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Biais de publication, manipulation et falsification de la recherche médicale financée par l’industrie pharmaceutique. Arznei-Telegramm détaille les méthodes de l’industrie pharmaceutique

La revue allemande Arznei-Telegramm, ma principale source et référence en raison de son excellente qualité et de son indépendance, Wolfgang Becker-Brüser.jpgpubliait le 15 janvier 2010 un article incontournable qui passe en revue plusieurs méthodes utilisées par les firmes pharmaceutiques pour influencer le résultat des essais cliniques qu’elles financent, et ainsi manipuler et fausser la recherche, les recommandations de bonne pratique et l’information fondées sur ces derniers.

Le financement industriel de la recherche clinique est par ailleurs l’une des formes majeures que prennent les conflits d’intérêts. Puisque les leaders d’opinion (key opinion leaders) payés pour être des investigateurs / évaluateurs des médicaments dans la recherche seront à la fois juge et partie… Ces investigateurs ne sont pas toujours les vrais auteurs, ils peuvent n’avoir qu’un accès partiel aux données ou ne pas y avoir participé du tout, mais prêter leur nom (auteurs « honoraires » ou « invités ») moyennant finances…

Ces mêmes leaders d’opinion se retrouvent en même temps en position de consultants pour les laboratoires; membres des comités de rédaction de la presse médicale, elle aussi dépendante; experts auprès des hommes politiques et des autorités sanitaires qui autorisent les médicaments testés dans lesdits essais; membres des comités scientifiques des associations de malades (instrumentalisées pour faire de la publicité aux molécules des labos qui les financent); grands pontes dans les hôpitaux qui décident de la stratégie thérapeutique; conseillers des media grand public; conférenciers et formateurs dans la formation médicale initiale et continue… Et ainsi de suite. C’est un verrouillage complet du système, à tous les niveaux, puisque les mêmes experts payés par les firmes en occupent toutes les articulations stratégiques et peuvent donc l’influencer et l’instrumentaliser selon les intérêts des laboratoires pharmaceutiques.

C’est d’une désinformation organisée et délibérée que l’on doit parler, puisque les multiples biais et façons d’influencer et falsifier les résultats des essais cliniques, le ghostwriting et le marketing intervenant dans la rédaction des articles ainsi que la publication sélective créent une image totalement faussée de l’utilité et de l’efficacité des médicaments.

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Claude Béraud critique le ghost writing… chez les autres

Dans le numéro 14 (novembre 2007) de la « Lettre d’actualité médicale » qu’il a rédigée entre 2006 et 2008, Claude Béraud analysait l’apport de deux articles traitant des conséquences de l’externalisation de la recherche médicale et de la rédaction des articles médicaux, source majeure de biais et de conflits d’intérêts dans la recherche clinique et dans l’information médicale qui la présente. La stratégie de maximisation des profits impose une marchandisation croissante, se traduisant par la sous-traitance à des sociétés de recherche sous contrat et à des sociétés de rédaction/ communication médicale, qui n’ont que les laboratoires pharmaceutiques pour seuls clients – et donc nulle indépendance.

Ces deux articles parlent du ghost management (la gestion fantôme, invisible mais omniprésente, de toute la recherche, de la formation et de l’information médicales) dont le ghostwriting est une composante essentielle. Il s’agit de l’écriture fantôme ou de la rédaction appelée « fantôme » parce qu’elle est faite par des employés des firmes qui rédigent des articles signés à la fin par des leaders d’opinion payés pour légitimer scientifiquement cette production. Les ghostwriters sont là non pas parce que les grands pontes n’auraient pas le temps, mais pour faire en sorte que les résultats des essais cliniques apparaissent dans la lumière la plus favorable possible, depuis l’interprétation des données jusqu’à l’écriture, en fonction des exigences du service marketing du laboratoire qui paie.

Ces deux articles nous livrent – par la médiation de Claude Béraud – une aide théorique, c’est-à-dire des concepts nous permettant de développer un cadre d’analyse critique afin de mieux situer et comprendre les exemples concrets de manipulation de la recherche et de l’information médicale qui sont donnés ici ou là, et de réaliser que tant que durera cette façon de faire, la santé individuelle et publique resteront en danger.

[Mise à jour: Je retire un long fragment présentant Claude Béraud, parce qu’il était totalement trompeur. Je me suis fait avoir par le discours victimaire de quelqu’un qui sait parfaitement influencer en utilisant tous les moyens, afin d’obtenir ce qu’il veut. Preuves à l’appui. Je me suis fait avoir parce qu’un lecteur m’a contacté et me l’a présenté comme une victime, un vieillard malmené, dépressif parce que plus personne ne parle de lui et ne lit son blog, parce qu’il a des choses à dire et à transmettre, mais a besoin d’aide, etc. Je me suis employée à le sortir de la dépression, en utilisant des dithyrambes auxquels il a fini par croire. Je l’ai encouragée à écrire en discutant pendant des heures avec lui des thématiques courantes, en lui disant que j’allais relire, mais aussi faire beaucoup de communication là-dessus, l’aider à laver son honneur, etc.

Il a apprécié, il en a voulu toujours plus, au point de me faire des reproches voilés, parce qu’il n’y avait pas assez de commentaires à tel texte, par exemple, parce que les gens ne le contactaient pas, etc. Il a voulu me proposer même un travail d’esclave: taper à l’ordinateur ses anciens textes et les actualiser (actualiser les données contenues). Et ainsi de suite. Il sait très bien utiliser y compris son âge et sa déchéance, parce qu’on a du mal à dire non à une personne âgée qui se plaint et demande de l’aide. Il m’a remercié chaleureusement, mais toujours en privé. En public, il a essayé de faire de moi un ghostwriter, et il est revenu à la charge. Preuves à l’appui, puisque j’ai pris soin de documenter ses dérapages. Et après plusieurs tentatives de mise au point, après près de deux ans de silence suivi d’un dernier essai de le faire prendre conscience de son comportement, j’ai laissé tomber et retiré les textes. N’ayant jamais donné mon accord pour qu’il utilise mon travail, je demande qu’il disparaisse. Que Claude Béraud publie ce qu’il écrit tout seul, sans relecture portant même sur le langage. Et s’il est mécontent de ce qu’il peut faire tout seul, alors qu’il reconnaisse l’apport des autres ou qu’il arrête.

Je me suis fait avoir parce que, après des expériences désastreuses, j’avais besoin de croire en l’existence de médecins au-dessus de la mêlée, aux pratiques qui concrétisent l’éthique, etc. Claude Béraud s’est révélé être la parfaite négation de la morale, de l’impératif catégorique qui dit de traiter autrui toujours comme une fin en soi, comme un sujet à part entière, mis à égalité, et non pas comme un objet. Claude Béraud a construit un discours en fonction de mes attentes qu’il avait pu voir sur Pharmacritique et, une fois qu’il a bien entériné son influence, n’a eu de cesse de tenter de m’exploiter.

D’autre part, je n’avais pas lu les propos du livre qui déconstruit à juste titre « la crise de foie », mais qui parle de toute douleur abdominale chronique, non objectivée rapidement par lui, comme d’un symptôme de névrose hystérique chez les femmes. En termes très violents. Sans se dire un seul instant qu’il est possible qu’il se trompe, que la médecine a des limites, etc. Il juge en termes violents les tentatives des médecins d’aller au-delà des moyens rapides de diagnostic, car ce serait installer ces femmes dans leur névrose et les amener à un état gravissime et irréversible de névrose dépassée.

Claude Béraud et ceux qui ont travaillé dans son service, selon sa façon de faire, selon son influence, sont responsables des souffrances de milliers de femmes atteintes par exemple d’endométriose, dont les localisations digestives sont très difficiles à diagnostiquer et passent inaperçues lors d’examens radiologiques faits par des radiologues non spécialisés. Beaucoup ne seront visibles que lors de la chirurgie. J’ai évidemment essayé d’aborder ces questions avec lui, à partir d’un paragraphe dans le texte sur la surmédicalisation que j’ai soumis à une relecture approfondie. Il ne veut même pas en entendre parler. Il balaie tout ce qui risque de contredire ses certitudes. Il a une mémoire sélective quant à tout ce qu’il a fait qui ne cadre pas avec l’image qu’il veut laisser de lui à la postérité, image que j’ai contribué à façonner, mais cela sera largement rectifié, preuves à l’appui.

Claude Béraud m’a envoyé ce texte lors d’un échange mentionnant le ghostwriting, sur lequel je rassemble des matériaux en vue d’un article synthétique. Il est ironique de constater après coup qu’il critique ce genre de procédés chez les autres, mais qu’il faut beaucoup insister pour qu’il mentionne la participation de quelqu’un d’autre à la rédaction de ses écrits à lui. Mention bien cachée à la fin des notes… Fin de la mise à jour

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Des « Médecins sous influence » pharmaceutique propagent les biais et la désinformation comme jadis la fièvre puerpérale, selon Peter Mansfield

La chaîne australienne ABC a posté le 25 mai dans sa rubrique tribunes et prises de position (« Unleashed ») un texte édifiant du Dr Peter Peter Mansfield virtualcongress.jpgMansfield intitulé « Under the Influence » (Médecins sous influence). Pharmacritique vous propose une traduction.

Peter R. Mansfield est le directeur de l’association Healthy Skepticism, peu active et fortement influencée par la façon anglo-saxonne de percevoir l’ensemble du système de santé, mais dont les objectifs en matière de lutte contre la promotion pharmaceutique trompeuse sont louables.

[NdlR: J’ai retiré plusieurs fragments pour les réécrire avec plus de précisions].

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La Croix sur l’influence du marketing et des visiteurs médicaux sur les prescriptions des médecins et leur coût

Le numéro du 5 janvier du journal La Croix contient un article intitulé « Les médecins sous pression des laboratoires« . Il n’est pas inintéressant, caca_vrp.gifmais fait preuve d’une naïveté certaine quant à l’efficacité de l’interdiction de remettre des cadeaux aux médecins… Et puis un repas, autorisé, qu’est-ce que c’est ? Juste une façon de mieux faire avaler le discours publicitaire entre la poire et le fromage, sous couvert d’ »hospitalité », autre terme noble perverti pour les besoins de la banalisation de la corruption et des conflits d’intérêts…

Mais l’article rappelle au moins que 95% des médecins reçoivent toujours les visiteurs médicaux – nom impropre des VRP des laboratoires – et que ce contact exerce une forte influence, quoique souvent inconsciente et niée, sur leurs prescriptions. Et à lire les justifications – les rationalisations – invoquées par les médecins pour se défendre, on se demande s’ils ne se fichent pas du monde… Recevoir un visiteur médical pour qu’il ne se fasse pas licencier… Et pourquoi ne pas défendre la guerre, tant qu’on y est, pour que les soldats ne restent pas désoeuvrés ?

Il y a quand même quelques affirmations plus lucides : « « Le discours des visiteurs, quasi exclusivement dicté par le marketing, n’a guère d’utilité (…). Depuis plusieurs années, il n’y a pas eu de progrès majeurs sur les médicaments en médecine générale ». (…)

 

« Reste une question essentielle : quelle est l’influence des visites sur les ordonnances ? « Malgré le recul critique des médecins, la visite médicale a une influence certaine sur les prescriptions. (…) Après une phase de diffusion de l’information, elle influe sur les comportements de prescription à travers la qualité de la relation visiteur-médecin notamment, en favorisant la “mémorisation” de tel ou tel produit », affirme l’IGAS. (…) « Tous les médecins vous diront toujours qu’ils sont plus forts que le marketing des labos. Moi aussi, c’est ce que je pensais pendant les dix années où j’ai reçu des visiteurs, raconte le docteur Clary. Et puis, un jour, on m’a mis sous le nez la liste de toutes mes prescriptions. J’en suis presque tombé par terre, réalisant que je prescrivais des médicaments que je jugeais sans intérêt. C’est toute la force de la publicité, de la communication, et il faut reconnaître à l’industrie une redoutable efficacité dans ce domaine », conclut ce médecin. »

 

Rappelons la charte de la revue Prescrire, « Visite médicale : no merci! » et toutes les notes de Pharmacritique à ce sujet, réunies sous les catégories « Des visiteurs médicaux et de leur impact« , puis « Visite académique, contre-visite, DAM« .

 

Illustration : Joupy.com

 

Elena Pasca

Copyright Pharmacritique

Les firmes vont-elles s’emparer de l’enseignement de la thérapeutique et de la pharmacologie en Grande-Bretagne?

Une nouvelle publiée hier sur le site du British Medical Journal nous apprend comment les firmes pharmaceutiques investissent les facultés Loup mouton FunkyPix.jpgde médecine, non plus seulement à travers les visiteurs médicaux qui apportent des repas ou font des affaires avec les universitaires, mais carrément en dispensant des cours de pharmacologie… Cette spécialité médicale, dont l’enseignement est déjà très réduit, en France aussi, est une espèce menacée d’extinction. Triste constat, alors que l’information indépendante sur les médicaments, leur mode d’action, leurs effets secondaires, etc. devrait au contraire être une composante essentielle de la formation médicale initiale et continue. Surtout si l’on veut des praticiens dont l’exercice se conforme au principe exigeant d’abord de ne pas nuire…

On savait déjà que la formation médicale continue était dans les mains des firmes et que l’influence de celles-ci s’exerçait – par des chemins multiples et tortueux – aussi sur la formation initiale. Mais voici que l’industrie pharmaceutique est autorisée à enseigner la thérapeutique dans certaines facultés britanniques de médecine… Et demain en France ? Des économies de bouts de chandelle – puisque les firmes ne se font pas payer, du moins pas directement – qui seront payées par des dépenses ultérieures fortement augmentées, vu les mauvaises habitudes de prescription inculquées aux futurs médecins dès leur plus jeune âge… Là, les firmes n’y vont plus par quatre chemins, mais droit au but, profitant des défauts structurels du monde universitaire médical.

Pas besoin de gloser longuement… Remarquons juste que la lecture du texte donne des frissons aussi parce qu’on se rend compte que cette imposture ne date pas d’hier et qu’on se demande comment elle a pu s’implanter sans que les cercles médicaux indépendants protestent. Le pharmacologue interrogé ne semble pas non plus outré par les conflits d’intérêts évidents…

Pharmacritique vous propose une traduction rapide de l’article de Rebecca Coombes intitulé « Stepping into the therapeutics void » (Combler le vide thérapeutique, BMJ 2009;338:a3179). 

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L’industrie du cancer, modèle du business de l’endométriose chronicisée. Yellow-washing médico-industriel, psychanalytique, naturopathique, communicationnel…

Mise à jour en décembre 2010 et 2011. Actualisation en cours 

C’est d’endométriose qu’il est question, selon mes approches habituelles, que l’actualité ne fait que confirmer. Les détails viennent après avoir montré comment l’histoire se répète, puisque les trois principales composantes de l’industrie qui marchandise les femmes, leur santé et leurs maladies se mobilisent pour étendre leur marché à l’endométriose, chronicisée et marchandisée, comme elles l’ont fait autour du dépistage organisé du cancer du sein. L’analogie est très importante, parce que c’est grâce aux erreurs passées que l’on apprend. Et, 30 ans après la mise en place du dépistage organisé, les voix critiques commencent à peine à se faire entendre. Les victimes du business de l’endométriose sont et seront beaucoup plus nombreuses encore.

Évidemment, chacun de ces complexes doit être pensé avec ses satellites et sachant qu’il y a des recoupements entre les trois:

  • Complexe médico-industriel et scientifique conventionnel, sous contrôle des industriels pharmaceutiques, fabricants de dispositifs médicaux, etc. 
  • Complexe naturo-psycho-holistique (autour des deux pôles majeurs que sont les pseudo-médecines douces genre naturopathie, et la psychanalyse. Les deux tout aussi arbitraires scientifiquement) 
  • Complexe communicationnel, médiatique, publicitaire et du lobbying
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Pfizer accusé de manipulation des études sur l’efficacité du Neurontin. Qu’en est-il du Lyrica ?

En 2004, Pfizer a dû payer 430 millions de dollars d’amende pour la publicité illégale de son antiépileptique Neurontin (gabapentine), incitant les médecins à le prescrire dans des indications non autorisées (douleurs diverses, troubles bipolaires, douleurs neuropathiques, anxiété et autres troubles psychiques, etc.), ce qui a porté les chiffres de vente à plus de 3 milliards par an. Le New York Times du 8 octobre nous apprend qu’une cour fédérale des Etats-Unis est en charge d’un autre procès intenté par des usagers et des tierces parties. La cour vient de rendre publics les rapports de plusieurs experts sur les essais cliniques et la stratégie commerciale de Pfizer.

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