Choice : visite académique et financement réinventé pour stopper l’influence des pharmas, la désinformation et le marketing débridé

Dans un dossier paru en mai 2008, l’association australienne de défense des consommateurs Surmédicamentation.jpgCHOICE a publié un rapport intitulé « Pushing Pills » (Un marketing des médicaments qui dépasse les bornes). Les anglophiles y trouveront un bon argumentaire sur les conséquences néfastes de la publicité des firmes pharmaceutiques. L’introduction générale est suivie de l’analyse des stratégies promotionnelles utilisées pour désinformer les médecins généralistes, à l’exemple des médicaments contre l’hypertension artérielle, puis d’une considération lucide de l’impact de ces méthodes publicitaires à visée commerciale. Enfin, l’association fait des propositions concrètes et exige la mise en pratique de la seule solution raisonnable à cette désinformation risquée pour les patients : une information indépendante des médecins, au moyen de la visite académique et d’un financement complètement revu. J’ai fait quelques analogies avec la situation française.

 

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Marketing illégal du Deroxat/Seroxat par GSK et occultation du risque suicidaire: 40 millions de dollars d’amende

Nous parlions dans la note précédente du suicide comme effet secondaire de plusieurs antidépresseurs et autres Deroxat suicide final.jpgmédicaments. Cela colle parfaitement avec l’actualité…

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Peter Mansfield: « Influence de l’industrie pharmaceutique sur l’exercice de la médecine »

J’ai cité dans cette note des extraits d’un exposé fait en 2006 à Berlin par Peter R. Mansfield, fondateur de Healthy Skepticism, dans le cadre 808753811.jpgd’un colloque co-organisé par les revues allemandes indépendantes et l’ordre berlinois des médecins. En mai 2008, Peter R. Mansfield est allé de nouveau à Berlin, à l’invitation des mêmes organisateurs ainsi que de MEZIS, association anti-corruption du réseau No Free Lunch. Et il a repris certains arguments sous une forme actualisée et fort bien illustrée, dans un texte intitulé “Influence of the Pharmaceutical Industry on the Practice of Medicine”.

Une recherche par le titre ne donne rien ; je suis tombée là-dessus sur le site de… l’ordre berlinois des médecins ( !) et m’empresse de donner le lien. Il y a moins de texte et plus d’images que dans la conférence de 2006. Le tout donne un excellent aperçu des ressorts de la désinformation médicale, ainsi que de certains mécanismes psychosociaux de l’influence – très souvent inconsciente – qu’exercent les firmes pharmaceutiques sur les médecins et leurs prescriptions.

La photo figure dans le texte : il faut se boucher les oreilles pour ne plus entendre ce que disent les firmes pharmaceutiques et leurs VRP. (« Bullshit » signifie « foutaises »).

Mise à jour:

Voir aussi la traduction intégrale d’un autre texte du fondateur de Healthy Skepticism, qui explique en termes très clairs comment s’exercent et se disséminent les influences, les biais cognitifs multiples face auxquels personne n’est immunisé. Il faut faire de la prévention, en évitant de s’exposer aux moyens d’influence des firmes, parce qu’on ne peut qu’être contaminé à leur contact, et qu’il n’y a pas de traitement: « Des « médecins sous influence » pharmaceutique propagent la désinformation et les biais comme jadis la fièvre puerpérale« , nous dit Peter R. Mansfield ».

 

Elena Pasca

L’ordre des médecins et l’industrie pharmaceutique: frères siamois et relations incestueuses…

Qui disait que le mariage par intérêt ne donne pas d’union solide ? Et une progéniture qui fait bloc. Ou monopole. Ou encore cartel, selon les reproches que l’Office allemand antitrust fait à l’ordre des médecins pour avoir promu les intérêts de son frère siamois (l’industrie pharmaceutique), en bourrant le crâne des médecins de publicités en guise de formation médicale continue. Et l’ordre médico-pharmaceutique de France et de Navarre? Il se porte comment, lui, dont aucun office antitrust et aucune loi ne viennent troubler la quiétude ?

Le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) et co-responsable de la situation actuelle de corruption, de conflits d’intérêts généralisés. C’est lui qui a permis le contrôle total de l’industrie pharmaceutique et des fabricants de dispositifs médicaux sur l’ensemble de notre pseudo-système de santé, sur toute la recherche médicale, sans oublier la formation médicale initiale et continue et les moyens d’information (de désinformation) des professionnels de santé comme des usagers. Les victimes d’effets indésirables de médicaments devraient porter plainte systématiquement contre les médecins prescripteurs, mais aussi contre le CNOM.

Car c’est l’Ordre des médecins qui gère les relations des médecins avec l’industrie pharmaceutique; chaque médecin qui signe un contrat doit le soumettre à l’Ordre départemental des médecins, qui le valide selon un barème tenu secret. Or on aimerait bien savoir quel est le prix de l’intégrité et de l’indépendance d’un médecin, selon le CNOM et pour quelles activités…

L’existence même d’un ordre des médecins est contraire à l’esprit et à la loi de la République, puisque la Révolution était censée mettre un terme aux ordres et aux privilèges qui vont avec, afin qu’aucun corps professionnel intermédiaire ne s’interpose entre les citoyens et la loi et que tous les citoyens soient égaux devant la loi commune. Or les velléités d’autorégulation (sic) et d’autodiscipline (sic) de l’ordre des médecins font que les assujettis à cet organisme qui rassemble les positions les plus réactionnaires échappent à la loi commune, échappent au Code pénal. Il faut dissoudre tous les ordres professionnels, il faut appliquer la loi Le Chapelier de 1791 et garantir la généralité de la loi. Interdire les intérêts corporatistes que l’on voit fleurir partout, se traduisant dans des sous-systèmes de vassalité quasi-féodale autour des firmes et des leaders d’opinion qui verrouillent le système pour le profit des industriels qui les paient et leur permettent de faire carrière (l’argent industriel finance des essais cliniques et les moyens d’en parler, finance aussi les grandes campagnes de communication dans la presse médicale et les sociétés savantes (elles-mêmes financées) ainsi que dans les media généralistes, qui font que la cote des leaders d’opinion augmente, qu’ils sont promus experts auprès des instances de régulation car ayant écrit sur le sujet (grâce aux industriels…). Et ainsi de suite, dans un cercle vicieux infini. 

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Un organisme public britannique pousse un dirgieant de GSK à la démission

Quand les media font leur travail…1530613941.jpg

En Grande-Bretagne, la firme GSK a obtenu un contrat faramineux pour son Cervarix (vaccin anti HPV supposé protéger contre deux souches de papillomavirus à haut risque cancérigène, impliquées dans le cancer du col de l’utérus: HPV 16 et HPV 18). Peu après, l’un des dirigeants de cette firme a été nommé conseiller d’un organisme public appelé OFSTED, chargé de l’inspection scolaire (!). Or certains media critiques ont souligné à juste titre les conflits d’intérêts inhérents dans ce genre de mélange privé – public et rappelé des épisodes peu glorieux de l’histoire de GSK.

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« Médicaments dangereux : les Européens tenus dans l’ignorance », rappelle Donald Light dans la revue Prescrire

Donald W. Light, professeur à l’université du New Jersey, signe un article intéressant dans la revue Prescrire du 15 juillet : Médicaments dangereux : 1511975573.jpgles Européens tenus dans l’ignorance. En voici le texte, qui se passe de commentaires : 

« Les journaux et les programmes d’information télévisée en Europe abordent très peu ce sujet pourtant vital. Ayant été invité en Europe à faire une recherche sur les médicaments, je me suis demandé pourquoi la presse européenne parlait si peu des dangers qu’ils présentent. Les lecteurs européens ne souhaitent-ils donc pas être informés de leurs risques ? Les rédacteurs de la presse écrite et de la télévision pensent-ils que ces informations ne sont pas importantes ? Chaque mois une nouvelle affaire est révélée, il serait facile d’en faire un article. 

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Jerome Kassirer: il faut éliminer les conflits d’intérêts, pas les légitimer par une déclaration d’intérêts

Jerome Kassirer est professeur à la faculté de médecine de la Tufts University et auteur de plusieurs livres et de nombreux articles critiquant 624857823.jpgles méthodes de l’industrie pharmaceutique et la corruption de la médecine par l’argent des firmes. Il a aussi été rédacteur en chef du New England Journal of Medicine, d’où il a été évincé pour ses vues trop critiques.

Le 8 avril 2008, Kassirer publiait dans le Los Angeles Times un article intitulé Tainted Medicine (« Une médecine corrompue. Des conflits d’intérêts financiers amènent à poser quelques questions fâcheuses sur la confiance qu’on peut encore avoir dans la recherche médicale »). Le texte synthétise les propos tenus un an auparavant lors d’une présentation appelée Financial Conflicts : Consequences, Proposals et dans une courte vidéo.

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Transparence et information: l’industrie pharmaceutique a beaucoup plus d’obligations aux Etats-Unis qu’en Europe (enquête)

La division Marketing Overdose du chien de garde Consumers International est à l’origine d’une enquête auprès de 12 firmes pharmaceutiques 1767351289.jpgpour savoir quelles sont leurs obligations européennes de déclaration publique (disclosure) des financements, par rapport à celles américaines. Les résultats confirment ce qu’on n’arrête pas de dire dans ces pages. Alors que les Etats-Unis ont déjà certaines dispositions légales contraignantes en matière de gestion des conflits d’intérêts et que les législateurs, les institutions et les sociétés médicales font des efforts, les pays européens laissent les firmes faire pratiquement ce qu’elles veulent.

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La « campagne d’information » de Sanofi sur les caillots sanguins: le BMJ dénonce le rôle des agences de communication dans la production de l’information médicale

Où l’on apprend l’importance des agences de com’munication, de publicité et de PR dans le devenir d’un médicament, à l’exemple du Lovenox°. Ce sont des commerciaux 901709542.jpgqui nous informent et rédigent ce qui passe pour de l’information médicale… Des rédacteurs fantôme (ghostwriters) et des médecins comme hommes de paille sont des éléments décisifs dans la stratégie des firmes: ce ghost management omniprésent (gestion fantôme). La photo est tirée de Drug Rep Toys: un badge design de marque Lovenox°… Absolument vital pour les médecins et pour l’avenir de la médecine, tout le monde en conviendra.

L’Australie a vu tout d’un coup un autre danger de santé publique lui tomber sur la tête : les caillots sanguins, qu’une campagne d’information orchestrée par Sanofi-Aventis présente comme plus mortels que le HIV ( !) Des articles en viennent à recommander de rendre les piqûres obligatoires chez toute personne qui pourrait être à risque… Il y a un véritable matraquage publicitaire – déguisé en information scientifique – au point où des hôpitaux envisagent d’appliquer les schémas proposés à la lettre, et de médicamenter tous les patients hospitalisés… Et au point où, de financement en financement, les laboratoires pharmaceutiques arrivent à ce que des recommandations officielles (guidelines) entérinent cela et mettent les produits des firmes les plus généreuses au top de la liste des médicaments anticoagulants…

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La Commission européenne sous influence des labos quant à l’information médicale (Collectif Europe et médicament)

J’ai parlé en traduisant l’éditorial du Lancet 180887811.gifdes propositions de la Commission européenne d’autoriser les firmes pharmaceutiques à apporter des « informations » directes aux patients. Pour mieux comprendre comment le profit des multinationales pharmaceutiques l’emporterait sur la santé publique en cas d’adoption du projet de directive, voici la lettre de 18 organisations adressée aux ministres européens de la santé, aux représentants permanents des Etats membres, aux agences de sécurité sanitaire et à d’autres instances chargées de questions de santé. Merci au Collectif Europe et médicament, cosignataire, de nous l’avoir envoyée.

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La formation médicale continue doit se libérer de l’emprise de l’industrie pharmaceutique. Un éditorial du CMAJ (mars 2008)

 Paul Hébert publie dans le numéro du 25 mars du CMAJ (Journal de l’Association médicale canadienne) un éditorial intitulé Le besoin d’un 1383653799.jpgInstitut de l’éducation continue en santé, dont le texte complet est en libre accès. Il insiste sur la nécessite d’une « refonte majeure » du système actuel de formation médicale continue (FMC), et on ne peut qu’être d’accord en France aussi, lorsqu’on voit que la FMC actuelle prend la forme du congrès du Medec, foire industrielle débouchant sur des prix pour les firmes qui investissent le plus dans la promotion de leurs produits auprès des médecins… (Nous en avons parlé dans cette note).

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« L’art de faire passer la pilule » : Un dossier bien fait sur l’influence de l’industrie pharmaceutique, son marketing, ses méthodes…

Un dossier de 8 pages paru en avril dans Le journal du SIDA, édité par ARCAT : L’art de faire passer la pilule. 871069189.jpg

Il y est question du façonnage de maladies, de la visite médicale et autres méthodes de publicité auprès des médecins, de la bataille européenne autour de la publicité directe aux patients, des rapports de l’IGAS, des études de l’UFC Que choisir, des programmes d’accompagnement/ d’observance, des conflits d’intérêts, des cobayes humains dans les pays pauvres… Ainsi que de l’alliance objective entre autorités sanitaires et firmes quant aux effets secondaires et à l’information donnée au public, autrement dit, dans les dimensions essentielles… Agences du médicament et autres « autorités » font système avec les firmes: un « système où la balance des pouvoirs penche en faveur des laboratoires pharmaceutiques au détriment de la santé publique. » 

La désinformation organisée commence lors de la conception et du financement des essais cliniques, qui devraient évaluer aussi les risques. « [C]ette évaluation, essentielle pour le bien commun, est soumise à un fort conflit d’intérêt. Comment peut-on évaluer objectivement un produit de santé si l’on est en même temps chargé de le vendre et qu’on en espère des bénéfices ? (…) Or, face au contexte défavorable actuel, la pression des laboratoires pharmaceutiques se fait de plus en plus forte pour étendre leur emprise sur le système de surveillance. Ils ont d’abord tenté, au niveau européen, de réduire le temps imparti aux agences pour évaluer une demande d’AMM [autorisation de mise sur le marché]. Cette demande est, pour l’instant, rejetée. Ils essayent désormais de faire basculer une partie de l’évaluation du bénéfice/risque après l’obtention de l’AMM. « C’est tout à fait logique, du point de vue des firmes, puisqu’avant AMM, le médicament ne rapporte rien et qu’il rapporte, en revanche, après AMM, analyse Bruno Toussaint. C’est un pari : celui que le médicament est bon. Mais dans ce système qui paye les pots cassés ? Les patients ». »

C’est ce que nous disait Shahram Ahari, qui a vendu du Zyprexa° pour Eli Lilly: le cynisme de firmes qui espèrent vendre un maximum avant que tel médicament qu’elles savent problématique ne soit retiré du marché. Si jamais quelqu’un réussit à prouver le lien de causalité…  Ce qui est loin d’être facile, surtout pour des victimes qui n’ont aucune voix au chapitre et aucune défense juridique. Et dans un pays qui manque complètement de cadre législatif et juridique qui rendrait possible la répression des dérapages des firmes pharmaceutiques et ceux des médecins inféodés. Dommage que le dossier n’en parle pas et n’explore pas les causes… Et qu’il atténue certaines affirmations critiques. On pourrait penser que donner systématiquement la parole aux représentants des firmes pour qu’ils répondent à ces critiques est un gage d' »objectivité ». Mais il n’est pas sûr qu’on puisse justifier moralement une telle prétention à la neutralité… Parce que le combat ne se fait pas à armes égales et que le souci moral et éthique doit être justement d’essayer de compenser un peu ce déséquilibre. L’industrie pharmaceutique a des tas de journaux pour s’exprimer. Et il ne me semble pas qu’ils donnent la parole aux critiques…

L’image que nous avons choisi illustre la meilleure méthode pour « faire passer la pilule ». Au moyen du solvant universel: l’argent qui « graisse les patins » (selon l’expression de Pharmalot) comme les pattes. Et au moyen de la chaîne de dépendances qu’il crée.

Industrie pharmaceutique: du profit à tout prix. Le marketing des me-too cache l’absence d’innovation thérapeutique

Marc-André Gagnon est l’un des auteurs de la toute récente étude sur le marketing de l’industrie pharmaceutique, dont Bourse Pharmalot.jpgnous rendions compte dans la note précédente.

Et voici un article publié hier où Gagnon se départit de la neutralité des chiffres et dénonce ! Preuve que tous les économistes ne sont pas (encore ?) adeptes des théories ultralibérales du profit à tout prix. Il y en a encore qui pensent en termes de raison. Ouf ! Tout n’est peut-être pas perdu ! Gagnon ne mâche pas ses mots sur les conséquences de la prédominance du marketing sur la production, qu’il mettait en évidence dans son étude.

Pour utiliser les termes de Marx, parfaitement appropriés en l’occurrence, l’industrie pharmaceutique est le parfait exemple de la tendance économique qui fait passer la valeur d’échange avant celle d’usage. Ce n’est pas l’utilité d’un médicament qui compte, mais ce qui vient se surimposer. Les firmes vendent une marque, un logo, une illusion, en jouant sur la tendance sociale au conformisme, y compris dans la consommation médicale. Elles vendent une promesse. Presque jamais tenue, puisque la valeur d’usage se révèle être nulle ou presque (médicament sans bénéfice thérapeutique ou qui n’apporte rien par rapport à ceux déjà existants). L’antidépresseur Zoloft et les anticholestérol (surtout Ezétrol et Inegy) sont pris pour exemple par Gagnon.

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Données sur les effets indésirables mortels aux Etats-Unis. Iatrogénie et erreurs médicales : le tabou français

Voici un article qui donne de quoi réfléchir sur les risques qu’il y a à faire mauvais usage de la iatrogénie médicaments victimes,chiffres victimes effets indésirables,erreur médicale chiffres,victimes accident médicament,responsabilité médicale erreur médicale prescription,surprescription surmédicalisation surconsommation médicament con,mort effets indésirables médicaments,omerta risques médicamentsmédecine et de tous ses instruments et outils. Il s’appelle Death by Medicine. Je viens de trouver une traduction française, pas extraordinaire, mais ce ne sont pas ses qualités littéraires qui comptent… Elle complète les notes de la catégorie « Désinformation médicale » et les autres, accessibles à partir de la liste alphabétique des sujets dans la colonne de gauche du blog.

Le titre en anglais suggère à la fois la mort causée par la médecine et par les médicaments. Mort sur ordonnance, en gros, pour désigner les conséquences les plus graves de la « iatrogénie ». La surmédicalisation a pour conséquence la surconsommation de médicaments, qui peuvent tuer par leurs effets indésirables, les réactions entre eux et avec des produits phytothérapeutiques et autres remèdes naturels, le non respect des contre-indications, la non prise en compte par les médecins des plaintes des patients, la sous-notification des effets indésirables, la désinformation par l’industrie pharmaceutique et par des instances de pharmacovigilance qui ne font pas leur travail correctement, etc.

Le terme « iatrogénie » désigne « l’ensemble des évènements indésirables consécutifs à l’action médicale ; cette action pouvant être effectuée par des médecins, le personnel para-médical et tout personnel de santé habilité. La iatrogénie regroupe, selon le vocable utilisé dans la Loi du 4 mars 2002, les accidents médicaux, les affections iatrogènes et les infections nosocomiales ».

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EZETROL et INEGY: pas de bénéfice sur l’athérosclérose. Les politiques obligent les firmes à dévoiler certains résultats

Il y a quelques années, il y avait eu une campagne de publicité de l’industrie pharmaceutique sur le cholestérol, ennemi public numéro un… 1348822792.jpgEn fait, les firmes voulaient plus de débouchés pour toute une série de médicaments contre le cholestérol, et pas seulement celui en excès… Puisque la prévention est le mot à la mode… Ce qui nous a donné entre autres le scandale Baycol, statine retirée en catastrophe du marché…

Cette fois-ci, il s’agit d’un médicament anti-cholestérol d’une famille autre que les statines, censé réduire le LDL (le « mauvais ») cholestérol en bloquant « l’absorption intestinale du cholestérol total et des phytostérols ». Il s’appelle EZETROL (nom générique : ézétimibe; nom américain: Zetia), autorisé sur une base de connaissance très maigre. Les firmes Merck et Schering Plough se sont associées aux Etats-Unis, soi-disant afin de produire ensemble de nouvelles molécules hypolipémiantes (qui baissent le taux de graisses dans le sang : cholestérol et triglycérides).  Mais créer un médicament novateur, ça coûte, ça prend du temps, puis les idées manquent cruellement, puisque les firmes investissent bien plus dans le marketing que dans la recherche… La recette miracle était d’associer deux molécules déjà existantes : Ezétrol + Zocor = INEGY, censé bloquer la formation d’athérosclérose sur les artères des patients souffrant d’hypercholestérolémie familiale hétérozygote, chez lesquels Zocor (simvastatine) pris seul ne serait pas suffisant.

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L’industrie pharmaceutique: maître du système de soins au moyen des conflits d’intérêts

Un article paru aujourd’hui sur le site du journal Les Echos mérite d’être signalé, tant les analyses de ce type sont rares en Argent Zoll.de.jpgFrance…

Il rappelle le contrôle de l’industrie pharmaceutique sur toute la filière du médicament, y compris sur l’information des médecins – et des usagers, forcément…, puisque ces derniers sont les cobayes et les victimes par excellence d’un système de soins orienté tout entier vers le profit, vers la satisfaction d’intérêts financiers privés, des firmes comme de bon nombre de médecins et pharmaciens. Et ce au mépris des seuls intérêts qui devraient compter : celui collectif de la santé publique et celui individuel de la santé de chaque patient. Les deux étant deux facettes du même intérêt général, principe républicain qui n’aura bientôt plus aucune traduction pratique, ni en médecine ni ailleurs…

Le verrouillage de toutes les articulations du système de soins par l’industrie pharmaceutique et par ceux qu’elle paie donne cette désinformation organisée que nous avons dénoncée  en reprenant deux déclarations de l’ISDB (International Society of Drug Bulletins): celle sur l’absence de progrès thérapeutique et celle sur la minimisation des effets secondaires des médicaments.

L’ISDB est représentée en France par la seule revue Prescrire et en Allemagne par quatre revues dont l’excellente Arznei-Telegramm (« Télégramme du Médicament »), qui fêtera ses 40 ans en 2009. L’article en question :

« Pour une autre politique du médicament« 

par Jean-Pierre DAVANT, président de la Mutualité Française

Un extrait : « Aujourd’hui, les laboratoires pharmaceutiques maîtrisent l’information des médecins. Il y a trente-cinq fois plus de visiteurs médicaux que de délégués de l’assurance-maladie. Selon l’Inspection générale des affaires sociales, les médecins généralistes reçoivent en moyenne 330 visites médicales par an. Chaque année, ces visites coûtent à la collectivité 25.000 euros par médecin généraliste. Ajoutons à cela que l’industrie pharmaceutique invente régulièrement de nouvelles pathologies à des fins de marketing pour lancer de nouveaux médicaments : phobie sociale, côlon irritable, jambes sans repos… Enfin, les laboratoires pharmaceutiques rémunèrent des experts et des spécialistes du lobbying pour porter un discours publicitaire. Y compris dans la presse scientifique. La déclaration par les experts de leurs conflits d’intérêts avant toute expression publique sur un médicament était prévue par la loi Kouchner. Mais cette disposition [l’article 26] n’est toujours pas appliquée.

La promotion du bon usage du médicament ainsi que l’élaboration et la mise en oeuvre des programmes d’observance devraient relever des autorités sanitaires, et non pas d’intérêts commerciaux. En aucune manière, l’industrie pharmaceutique ne devrait pouvoir s’ingérer dans la formation initiale et continue des professionnels de santé. Cette mainmise sur l’information des médecins est une des caractéristiques françaises, qui explique pour partie le haut niveau qu’atteignent les prescriptions médicamenteuses dans notre pays. Ce sont là des liaisons dangereuses qui entachent singulièrement la liberté du choix de prescrire à laquelle nos médecins nous disent être attachés.

Priorité à la recherche et à l’innovation, baisse et transparence des prix, modernisation des circuits de distribution, valorisation du métier de pharmacien, indépendance de l’information : une autre politique du médicament est possible. Le médicament est utile. Ne gâchons pas nos ressources en entretenant des pratiques plus mercantiles que sanitaires, car au bout du compte elles freinent les innovations qui sauveront demain des vies. »

Commentaires de Pharmacritique:

On peut critiquer certains des exemples donnés, et je pense notamment au côlon irritable et au syndrome des jambes sans repos. Il faut se garder de stigmatiser les patients qui en souffrent, sachant que la médecine a fait beaucoup d’erreurs de ce type par le passé. Il est fort possible que la recherche découvre à l’avenir une ou plusieurs causes qui peuvent provoquer de tels syndromes.

Photo: Zoll.de

Elena Pasca

Progrès thérapeutique? Ou inflation marketing et occultation des effets indésirables des médicaments? Déclaration de l’ISDB

Voici un texte édifiant sur les méthodes et de l’industrie pharmaceutique et des agences sanitaires lorsqu’il s’agit d’imposer ou de maintenir  des médicaments sur le marché. En occultant, en minimisant et/ou en refusant de communqieur sur leurs effets secondaires. Ce texte complète la Déclaration de pharmacovigilance (note suivante). C’est la « Déclaration de l’ »International Society of Drug Bulletins » sur le progrès thérapeutique dans le domaine des médicaments », 2001. A se demander s’il y a un progrès thérapeutique, et s’il ne s’agit pas uniquement du succès – confirmé encore et toujours – des stratégies promotionnelles des laboratoires… On ne peut pas parler d’un progrès marketing, puisque les techniques et tactiques publicitaires sont toujours les mêmes, présentées, il est vrai, selon le dernier cri en matière de communication…

ISDB est une union de revues médicales indépendantes, dont font partie la revue française Prescrire et la revue allemande Arznei-Telegramm. Voici un résumé des aspects qui nous intéressent le plus dans ce contexte:

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