Surmédicalisation, sous-médicalisation, surdiagnostics, surtraitements: programme du 3ème colloque de Bobigny (25 et 26 avril 2014)

Quelques remarques avant de poster le programme

J’ai été absente au moment de la répartition des ateliers et des premières discussions, y compris sur le choix des personnalités invitées à donner des conférences introductives. Tout le monde connaît mes positions quant à l’existence même des ordres professionnels, donc de l’ordre des médecins et du conseil d l’ordre (CNOM), qui prétend auto-réguler la médecine. Aussi, je n’aurais pas invité le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. Et encore moins le président de la Haute Autorité de Santé, le Pr Jean-Luc Harousseau, au vu de mon article sur ses conflits d’intérêt, et plus particulièrement les plus de 200.000 euros perçus à titre d’honoraires personnels dans les trois ans précédant sa nomination (et non déclarés dans sa première déclaration d’intérêts). J’essaierai d’évoquer cet aspect lors du colloque.

Inviter les piliers du pseudo-système actuel me semble être une façon d’être récupéré, en tous cas, c’est faire un grand écart entre la théorie et la pratique.  

Cette année je ne (co)animerai pas d’atelier, d’une part parce que j’ai été absente et ne veux pas me greffer tardivement sur le travail de quelqu’un d’autre, ni créer des complications en cas de divergences d’opinion, d’autre part parce que je n’assume pas tous les aspects organisationnels. Mon absence lors de l’édition 2013 était aussi une façon de marquer une distance. Je m’y suis investie, malgré certains problèmes. Mais au final, pourquoi faire l’effort d’y aller alors que mes collègues du groupe Princeps ont invité une plagiaire à faire une contribution, malgré les objections que j’ai soulevées dès que son nom a été prononcé ? J’ai dit alors que ce serait elle ou moi, ce qu’ils n’ont pas pris au sérieux, et j’ai agi en conformité avec mes principes.

Il y a trop de différences entre la théorie et la pratique dans ce groupe, trop de désaccords, d’où ma distance progressive. J’envisage de partir et continuer à travailler sur ces questions comme je le faisais auparavant, en toute liberté. 

J’irai au colloque pour faire deux communications, en particulier celle sur la maltraitance, sujet majeur sur lequel je voudrais sensibiliser. Le titre est « La « maltraitance ordinaire »: tare systémique en santé, source de sous-médicalisation et de surmédicalisation », dans le cadre de l’atelier sur la sous-médicalisation. J’aurais voulu faire l’autre communication sur l’approche et le traitement de l’endométriose, qui illustrent toutes les tares du système de santé français, y compris la surmédicalisation (et aussi la sous-médicalisation, du fait du diagnostic très tardif, etc.). Mais les autres membres du groupe Princeps ont refusé. Alors l’autre communication sera faite dans l’atelier sur « la surmédicalisation hier et ailleurs »: Causes et formes de surmédicalisation et de sous-médicalisation dans le système allemand de santé. Un exemple à suivre, vraiment ?

La « maltraitance ordinaire » par les professionnels de santé est l’un des sujets sur lesquels j’ai travaillé pendant tous ces mois de silence, accumulant des faits, des preuves et des témoignages qui seront exposés dans des articles à venir. Il fallait lancer le sujet aussi dans le contexte de la discussion sur la surmédicalisation et la sous-médicalisation, d’autant que je m’intéresse depuis longtemps aux causes de ces phénomènes (cf. par exemple ma contribution à l’édition 2012 du colloque sur la surmédicalisation). La maltraitance en fait partie, et elle dépasse très largement la relation soignant-soigné à laquelle on la cantonne, ce qui est l’une des façons de la minimiser.

Lire la suite »

Surmédicalisation, sous-médicalisation, surdiagnostics et surtraitements – programme du colloque 3 et 4 mai à Bobigny

Le groupe Princeps organise, en coopération (pour la logistique) avec le Département de Médecine Générale de la Faculté de médecine de Bobigny et la Société de Formation Thérapeutique du Généraliste

Le 2ème colloque de Bobigny: « Sur- et sous-médicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui aura lieu le vendredi 3 mai de 9h à 17h et le samedi 4 mai de 9h à 13h, à la Faculté de Médecine de Bobigny, UFR Santé Médecine Biologie Humaine, 74 rue Marcel Cachin 93000 Bobigny. (Entrée du parking-et des piétons- avenue de la Convention)

PROGRAMME

Vendredi 3 mai 8h30 – 9h

Accueil café

Vendredi 3 mai – 9 heures

  • Introduction par le Doyen de la faculté de médecine de Bobigny (ou son représentant)
  • Présentation introductive du Pr Didier Sicard : « Autour du dépistage »

========================

 

Vendredi 3 mai – 9h30 – 11h30

Atelier N° 1 (modérateurs Jean-Claude Salomon et Omar Brixi):

Approche théorique : Comment se construit la médicalisation, ses excès, ses carences.

Intervenants:

  • E. Galam : Surmédicalisation, croyances et transmission
  • Florence Amrouche : La progression de la pauvreté et ses effets sur la santé
  • Marc Jamoulle : La prévention quaternaire
  • Michèle Le Barzic : Obésité : surmédicalisation ou médicalisation abusive ?

 

Atelier N° 2 (modérateurs François Pesty et A. Siary):

Surmédicalisation: État des réflexions et des actions dans différents pays.

Intervenants par vidéo :

  • S. Woolf : The US disadvantage: Shorter lives, poorer health
  • M. Kale : Trends in overuse, underuse and misuse
  • A. Elshaug : The Value of Low-value lists
  • Ch. Cassel : The Choosing Wisely campaign
  • H. Krumholz : Shared decision making
  • T. Quill & J. Temel : Early Palliative Care
  • J. Avorn : Academic detailing
  • S. Svensson : Surrogate End Points in clinical trials
  • L. Bero : Management of conflicts of interest

 

Vendredi 3 mai – 11h30 – 11h45

Pause café

Vendredi 3 mai – 11h45 – 12h 45

Séance plénière, Modérateur : M. Doré

Vendredi 3 mai – 12h45 – 14h

Déjeuner de travail sur place

 

Vendredi 3 mai – 14h – 16h

Atelier N° 3 (modérateurs Elena Pasca et Michel Thomas):

Le disease mongering (façonnage de maladies): formes méthodes et conséquences

  • Elena Pasca: Méthodes de disease mongering et leurs conséquences concrètes
  • Jean-Claude St Onge: Médicalisation de la détresse psychologique. Surdiagnostic et surtraitement
  • A. Giami: La médicalisation de la sexualité: un exemple paradigmatique
  • Xavier Briffault : Le rôle de l’évaluation par les échelles dans la sur-prescription des psychotropes
  • Rachel Campergue : Comment les techniques classiques de marketing sont utilisées dans la campagne de dépistage du cancer du sein

 

Atelier N° 4 (modérateurs Omar Brixi et Michel Doré):

Le dépistage en cause ? La prévention : une cause.

  • C. Vassy : Le dépistage de la trisomie 21 en France : une surmédicalisation ?
  • A. Siary : Cancer du sein et iatrogénèse
  •  E. Pasca : Le dépistage du cancer du sein : une construction sociale érigée en science
  • G. Delépine : Dépistage des cancers de la prostate par le PSA : scandale financier, gâchis humain
  • M. Yver : Surdiagnostic du cancer de la prostate : rôle de l’anapath

Vendredi 3 mai – 16h – 17h

Séance plénière, Modérateur : J.C. Salomon

=======================

Samedi 4 mai  8h 30 :

Accueil café

Samedi 4 mai 9h – 11h

Atelier N° 5 (modérateurs A. Siary et Maïlys Michot-Casbas):

Pour une meilleure efficience: Actions et évaluations

  •  Sylvain Duval : Meilleure efficience dans la prescription de 2 anti-cholestérol
  •  François Pesty : Efficience des médicaments de l’hypertension
  •  E. Foisset : Influence de la visite médicale
  •  (…)

 

Atelier N° 6 (modérateurs M. Doré et M. Thomas):

Pour une meilleure efficience: Les médicaments essentiels

  •  J.C. Salomon : Médicaments essentiels : pourquoi une liste courte
  •  J. Doucet, E Boisdin, O. Nicol et coll : Etude des déterminants de la dé-prescription des médicaments en médecine générale
  • Cam Anh Khau, H. Vaillant, M. Doré : Génèse d’une liste de 100 médicaments essentiels des généralistes
  • Michel Thomas : Les 151 médicaments essentiels

 

Samedi 4 mai – 11h – 11h 15 :

Pause café

Samedi 4 mai 11h 15-12h 15

Séance plénière, Modérateur : O. Brixi

Samedi 4 mai 12h-12h15

Conclusions générales

Samedi 4 mai 12h15

Fin du colloque

==============

2ème colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements ». Ateliers et appel à contributions (3 et 4 mai 2013 à Bobigny)

Le groupe Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas) organise les 3 et 4 mai 2013 le deuxième colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », à la Faculté de Médecine de Bobigny. Pour la logistique, le groupe Princeps collabore avec le Département de Médecine générale de la Faculté de Médecine de Bobigny et avec la SFTG.

A partir de cette page, vous pouvez accéder aux actes du colloque – textes complets, powerpoints, comptes-rendus, graphiques… – et à toutes les informations concernant le premier colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui a eu lieu les 27 et 28 avril 2012 à Bobigny, avec les mêmes organisateurs. Les introductions détaillées que j’ai faites sur plusieurs pages, portant sur la médicalisation et la surmédicalisation, restent toujours d’actualité, tout comme le communiqué de presse et les autres documents collectifs. 

Les thèmes proposés pour la deuxième édition – 3 et 4 mai 2013 – sont exposés en détail après mes remarques préliminaires, dans des textes introductifs faits par les modérateurs de chaque atelier. Ces textes présentent le cadre de référence thématique ; ils ne sont pas exhaustifs. Le programme final sera établi par le comité d’organisation en fonction des contributions proposées et acceptées.

Lire la suite »

A qui appartient la santé des Français ? Scandales sanitaires, recherche en panne… Débat le 28 mars à Tours (Sciences en Bobines)

Le festival Sciences en bobines, organisé chaque année par la Fondation Sciences Citoyennes, en est à sa 8ème édition, qui a lieu dans 13 villes. La dernière séance aura lieu le 28 mars à Tours ; elle s’inscrit dans les « jeudis du CNP », puisqu’elle est co-organisé par Sciences Citoyennes et le Cinéma National Populaire. Le CNP est une associatiation (voir son site) qui se veut « un lieu de remise en question citoyenne, d’explication et de décryptage d’une société aux enjeux multiples » ; les événements qu’il organise visent à « mettre à jour l’idéologie qui sous-tend les discours et les actes politiques, économiques, sociaux, culturels du pouvoir ».

Date et lieu : 28 mars à 20 h 00 au cinéma Les Studios, situé au 2, rue des Ursulines à Tours. colloque surmédicalisation,individualisme néolibéral médecine,marché santé pharmaceutique,sciences en bobines tours,fondation sciences citoyennes,elena pasca,surmédicalisation,disease mongering,conflits d'intérêts médecine,cinéma national populaire,marketing vs recherche et développement,lois répression corruption étranger,influence pharmaceutique,stéphane horel,les médicamenteurs,médecine uniformisation différence,médecine normalité,médecine contrôle social,néolibéralisme santé,marketing pharmaceutique,capitalisme médecine,médicalisation de l'existence,médicalisation des émotions

  • 20 h00 : projection du documentaire de Stéphane HOREL, « Les Médicamenteurs »
  • 21 h 00 : débat avec Elena PASCA, philosophe, membre du CA de Sciences Citoyennes, administratrice du blog Pharmacritique.

Elena Pasca fera d’abord une introduction complétant et actualisant les thématiques abordées dans le documentaire « Les Médicamenteurs ». Cette introduction sera suivie d’un débat avec la salle, au cours duquel Elena Pasca répondra aux questions et développera certains points. 

Sur cette page, vous trouverez des informations pratiques (plan d’accès au cinéma Les Studios…). Une participation aux frais de 4 euros est demandée par le co-organisateur, Le Cinéma National Populaire.

**

Voici un court texte introductif que j’ai fait en reprenant certains leitmotivs de mes articles et interventions lors de débats et auditions ainsi que dans les media.

Je poserai les jalons de la discussion avec le public en identifiant les problèmes majeurs du système de santé et de soins, à commencer par la médicalisation (des émotions, des états physiologiques, des étapes de la vie), surmédicalisation, conflits d’intérêts, disease mongering/façonnage de maladies, rhétorique de la prévention…).

Puis je parlerai des spécificités de l’oligopole que forment les multinationales pharmaceutiques et esquisserai le contexte socio-historique et idéologique (surtout le néolibéralisme…) qui a rendu possible l’avènement d’un système déformé de part en part par la surmédicalisation. S’agissant plus spécifiquement de l’influence de l’industrie pharmaceutique – qui a atteint un degré tel que l’on parle désormais de « ghost management » (gestion invisible, mais omniprésente) du système de formation, de recherche et d’information médicale -, je reviendrai sur les changements structurels induits par l’évolution du marché: la panne de l’innovation et l’absence de progrès thérapeutique (exemples à l’appui pour ces dernières années), expiration des brevets de nombreux blockbusters, nécessité de s’adapter à l’explosion du nombre de maladies chroniques et de maladies neurodégénératives, nécessité de trouver d’autres façons de garantir les profits, d’où la prédominance du marketing et l’inversion entre marketing et recherche et développement.

D’où aussi la publicité faite pour des médicaments et des actes médicaux sans utilité médicale, mais désormais acceptés socialement (médicaments de confort / lifestyle drugs), interventions de confort, médecine et chirurgie esthétique, interventions visant à booster/renforcer la performance, voire le corps tout entier, alors que la société est de plus en plus perméable à des thèses telles que celles des transhumanistes…

Nous sommes tous co-responsables de laisser se reproduire – au prix d’actualisations minimes, de colloque surmédicalisation,individualisme néolibéral médecine,marché santé pharmaceutique,sciences en bobines tours,fondation sciences citoyennes,elena pasca,surmédicalisation,disease mongering,conflits d'intérêts médecine,cinéma national populaire,marketing vs recherche et développement,lois répression corruption étranger,influence pharmaceutique,stéphane horel,les médicamenteurs,médecine uniformisation différence,médecine normalité,médecine contrôle social,néolibéralisme santé,marketing pharmaceutique,capitalisme médecine,médicalisation de l'existence,médicalisation des émotionssurface, ce système qui traduit la logique mercantile et les dogmes de l’individualisme néolibéral, y compris dans ce segment de marché qu’est la santé marchandisée. Nous sommes tous responsables de nous conformer en acceptant la médicalisation de notre existence, en acceptant la « correction médico-pharmaceutique » qui nous uniformise, nous met au pas, nous normalise et extirpe la différence.

Passés par l’interventionnisme médical omniprésent, les individus – qui pensent, qui plus est, que la médicalisation est l’expression d’un droit et de la démocratisation de l’accès égalitaire aux soins, finissent potentiellement interchangeables; ils sont uniformisés en tant que force de travail dont la maintenance est assurée par la médecine, comme ils sont uniformisés par d’autres segments du marché néolibéral, qui les gardent et entretient leur force de travail (entertainment, Unterhaltung…) dans l’enclos de l’industrie des loisirs, elle aussi passive et ne demandant que de s’y conformer sans penser, sans exercer l’esprit critique qui pourrait permettre une distance critique par rapport au système. De fausses solutions sont créées par le système lui-même, comme les médecines alternatives (médecines douces, etc.), qui donnent l’impression d’être hors système, voire contre le système, alors qu’elles reposent sur la même logique de médicalisation (tout problème relève de la médecine (ou d’un substitut) et a donc une solution médicale (ou homéopathique, etc.).

Je donnerai quelques pistes pour indiquer des solutions possibles.

J’insisterai particulièrement sur les dispositifs étrangers peu connus, voire inconnus en France (lois, réglementations et dispositifs permettant de réprimer et de dissuader la fraude, la corruption, les conflits d’intérêts, mais aussi d’autres lois protégeant les lanceurs d’alerte et servant de garde-fous pour garantir un minimum d’indépendance de l’expertise en médecine et en santé publique).

Puis je parlerai des médicaments essentiels et donnerai des exemples de campagnes telles que Choosing wisely, Essential Health Benefits, Selling Sickness…), qui tentent de résoudre certaines dimensions de la surmédicalisation et du mésusage (underuse, overuse, misuse…) des médicaments, bref, de tout ce qui s’oppose à un usage rationnel des médicaments et des actes médicaux dans le cadre d’une médecine raisonnée.

Tous ces thèmes sont abordés en détail dans les centaines d’articles que j’ai publiés sur le blog Pharmacritique et ailleurs. Le colloque qui a eu lieu les 27 et 28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny, « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », a été consacré à certaines de ces thématiques. La deuxième édiction aura lieu les 3 et 4 mai sous le même titre, organisé toujours par le groupe Princeps, dont je fais partie. J’aurai le plaisir d’animer un atelier sur le disease mongering/façonnage de maladies et d’y faire un exposé. Retenez la date. Je donnerai plus de détails sur les ateliers dans l’appel à contribution, posté bientôt.

Elena Pasca

Trente ans de dépistage du cancer du sein : bonne intention et obstination dans l’erreur pour un résultat monstrueux

Par le Dr Bernard DUPERRAY 2ème colloque de bobigny surmédicalisation

(DPI / présentation de l’auteur en fin d’article)

 

Le cancer du sein fait l’objet depuis plus de vingt ans d’un dépistage mammographique individuel ou de masse organisé, associé à une énorme propagande purement démagogique, qui vante ses effets bénéfiques et occulte ses effets délétères.

Le cancer du sein reste encore en 2012 un problème majeur de santé publique, le cancer le plus meurtrier chez les femmes.

Il n’a pas été observé de baisse significative de la mortalité par cancer du sein. Là où cette baisse s’amorce, elle est retrouvée de façon identique chez les femmes dépistées et non dépistées. (1)

La France, où l’on fait proportionnellement 4 fois plus de mammographies qu’en Angleterre, obtient un résultat sur la baisse de mortalité par cancer du sein bien moins bon et l’un des plus mauvais avec la Suède en Europe occidentale.

Le recul de la mortalité par cancer du sein est beaucoup moins marqué que le recul global de mortalité toutes causes confondues dans la population générale, en dépit du fait qu’on en a fait une priorité avec le dépistage et qu’on lui a consacré plus de moyens qu’à d’autres pathologies. (2)

Il est par ailleurs remarquable que, même dans les pays où le dépistage est réalisé depuis longtemps, on n’observe pas de recul des formes avancées de cancer du sein. (3) Contrairement à ce qui est souvent affirmé, le nombre de mastectomies totales continue d’augmenter, et plus encore chez les femmes dépistées. (4-6)

Un bref rappel historique montre que l’on n’a pas tiré les leçons des erreurs pourtant patentes :

Lire la suite »

Endométriose chronicisée et dépistage du cancer du sein par mammographie: constructions sociales érigées en science. Business par yellow-washing et pink-washing

En 2008, lorsque j’ai posté quelques petits articles critiques sur les dépistages réguliers du cancer surmédicalisation,surdiagnostic cancer du sein,dépistage cancer du sein,mammographie dépistage critique,peter gotzsche,h gilbert welch,gilbert welch dépistage cancer,mammographie faux positif,cancer du sein surtraitement,surmédicalisation surdiagnostic surtraitement,octobre rose conflits d'intérêt,ruban rose désinformation,désinformation cancer du sein,nordic cochrane centre cancer du sein,paternalisme cancer du sein,misogynie médecine cancer,médicalisation femmes,que choisir cancer du seinde la prostate par dosage du PSA et du cancer du sein par mammographies régulières, il n’y avait pas grand monde à en parler en public, références à l’appui, à l’intention de tout le monde, et d’abord des femmes et des hommes concernés.

(Je ne compte pas les quelques exposés faits lors de colloques scientifiques, ma bonne dame, dans l’entre-soi de quelques professionnels convaincus, qui allaient définir ce qu’il fallait dire et demander aux femmes de faire. Comme si tout ce qu’on attendait d’elles, c’est qu’elles s’adaptent encore et toujours, en substituant les anciens maîtres à penser par des nouveaux, qu’elles changent de nuances de rose, sans chercher à comprendre des choses qui dépassent les bécassines, par définition. D’ailleurs, n’est-ce pas ce qu’on attend des patient(e)s en général, en France?).

Les notions de médicalisation des (corps des) femmes, avec tout l’éventail du disease mongering, les notions de surmédicalisation, surdépistage, surdiagnostic, surtraitement… n’étaient pas encore à la mode dans le débat public, et personne ne parlait des effets indésirables graves des hormonothérapies de type analogues agonistes GnRH (Enantone/Lupron, Décapeptyl, Zoladex…) dans les cancers de la prostate et les cancers du sein hormondépendants.

Lire la suite »

Médicaments : 10 milliards d’euros d’économies réalisables. Conférence de presse

Lundi 24 septembre 2012, de 11 h à 12h30, aura lieu à la Représentation du Parlement européen en France (288 Boulevard Saint Germain, 75007 Paris) une conférence de presse sous le titre « Médicaments : 10 milliards d’euros d’économies réalisables ». Voici l’annonce :

En présence de :

  • Michèle RIVASI, membre de la Commission Santé et Environnement au Parlement Européen 
  • Elena PASCA, rédactrice du blog Pharmacritique, membre du CA de Sciences citoyennes 
  • Serge RADER, Pharmacien

Les Français dépensaient 5 milliards d’euros en 1980 pour leurs médicaments. Aujourd’hui ce chiffre s’élève à 37 milliards. Non seulement ils en consomment trop (champions d’Europe), sans amélioration clinique tangible, mais ils payent les médicaments génériques beaucoup plus chers que leurs voisins européens. Ils sont également les premiers utilisateurs de molécules récentes qui n’apportent aucun progrès thérapeutique (1).      

En effet, en l’absence d’une analyse coût/efficacité et efficience, en l’absence d’une évaluation de la pertinence des prescriptions et d’une autorisation de mise sur le marché exigeant la supériorité thérapeutique des nouveaux médicaments, l’on peut compter sur les doigts d’une main les médicaments vraiment novateurs, parmi les centaines autorisés et admis au remboursement chaque année en France.  

Pendant ce temps, les profits pharmaceutiques augmentent, au détriment de la Sécurité sociale, qui voit son déficit se creuser de plus en plus, au risque de mettre en danger notre système solidaire de protection sociale et l’accès aux soins. La qualité de la prise en charge des patients stagne, de même que la recherche fondamentale porteuse d’innovations, alors même que le reste à charge et la part des contribuables dans le financement des recherches augmentent. 

Comment en sommes-nous arrivés là? Quel rôle jouent aujourd’hui les industries pharmaceutiques, leur marketing, leur lobbying et leurs stratégies? Pourquoi les citoyens sont-ils les premières victimes de cette politique opaque? Comment réaliser des économies dans ce secteur? Réponse le 24 septembre prochain.

(1) Selon la Fédération hospitalière de France un « petit tiers d’actes médicaux » sont inutiles. C’est pourquoi il faut réduire la consommation de médicaments inutiles, qui n’apportent rien, si ce n’est des risques.

Lieu : Représentation du Parlement européen en France, 288 Boulevard Saint Germain, 75007 Paris

**

J’avais fait des commentaires en marge d’une conférence de presse à laquelle je devais participer, avec Michèle Rivasi, Eva Joly et Sophie Archimbaud, qui a été organisée mais n’a pas pu avoir lieu (tous les candidats ont suspendu leur campagne présidentielle au lendemain de la tuerie de Toulouse). Certains sujets restent les mêmes; les commentaires sur le complexe médico-industriel et l’expertise citoyenne aussi… Ils sont sur cette page: « Moraliser la politique du médicament« .

Evidemment, le sujet central est la surmédicalisation (et la surmédicamentation qu’elle induit), donc les dépenses inutiles. Il faudrait une critique de toutes les dimensions du système actuel de santé et de soins, parce qu’elles sont toutes déformées par la surmédicalisation, que l’on en ait conscience ou non… Une critique radicale aboutirait à des propositions radicales de refonte de l’ensemble du système – et on ne penserait même pas en termes d’économies à faire, puisque beaucoup de coûts inutiles seraient évités.

Pour des détails sur les causes, les formes et les conséquences de la surmédicalisation, voir les articles à ce sujet (et au sujet de l’abus de prévention, du marketing pharmaceutique, etc.), en particulier les actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » (27 et 28 avril 2012 à Bobigny). Lors de ce colloque, je suis intervenue sur les causes de la surmédicalisation; celle-ci est une conséquence d’un phénomène plus global, à analyser dans toutes ses composantes: le dévoiement de la fonction sociale de la médecine. (EP)

« Selling sickness. People Before profits » : conférence internationale sur le disease mongering (février 2013)

Merci à Leonore Tiefer, co-organisatrice de cet événement, de m’en avoir parlé. 

disease mongering,conférence internationale selling sickness,maladies inventées,façonnage de maladies,leonore tiefer,ray moynihan,surmédicalisation méthodes,médicalisation de la vie,vendeurs de maladies,dr knock médicalisation,disease mongering auteurs,dépistage cancers prévention

Du 20 au 22 février 2013 aura lieu à Washington la conférence internationale « Selling sickness : People before profits » (Vendre des maladies. Pour que la santé l’emporte sur les profits). Le site décrit l’historique, les objectifs, les grands thèmes, les organisateurs… Il y a aussi un appel à contributions (à envoyer avant le 1er octobre 2012).

Elle s’inscrit dans la série qui a débuté en avril 2006 par la conférence « Selling Sickness » à Newcastle (Australie). Les actes sont accessibles dans la collection « Disease mongering » de la revue indépendante PLoS Medicine.

Lire la suite »

Résumé des interventions lors du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » (hors contributions)

Pour compléter les actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » (27-28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny), dont la publication commence sur cette page, voici le résumé des principales interventions faites pendant les ateliers (lors de la discussion succédant aux contributions) et pendant les trois assemblées plénières.

Merci à François PESTY d’avoir pris des notes et de les avoir transcrites. J’ai rajouté quelques paragraphes. Une version moins complète de ce texte a été diffusée sous le titre « Verbatim des interventions ». Si d’autres intervenants souhaitent compléter ce texte, merci de m’adresser le résumé de leurs interventions lors des débats et plénières à pharmacritique@voila.fr.

Lire la suite »

De la médecine préventive à l’abus de prévention: « L’acharnement préventif » par Pierre Biron

L’ACHARNEMENT PRÉVENTIF bilan régulier utilité,prévention abus de prévention,preventive hounding,pierre biron,dépistage cancer,génétique thérapie médecine,profilage génétique,médecine générale clinique,déshumanisation médecine technique,médicalisation états physiologiques,disease mongering,surmédicalisation exemples,médecine préventive conflits d'intérêt,pharmacologie sociale,surdépistage cancers,bilans sanguins systématiques critique,examen clinique,exercice de la médecine vs technique

Par le Pr Pierre BIRON*

(Photo: site de l’Université de Montréal)

 

Message public : attention au bilan médical périodique, au santéisme biologique et au profilage génétique!

La période de la médecine à visage humain que pratiquaient les généralistes est une espèce menacée. Les médecins observaient jadis le malade dans son cadre de vie; au moins ils le regardaient marcher entre la salle d’attente et celle de l’examen; que de choses un œil averti peut déceler dans une démarche chez une personne qui consulte.

Une seconde période a vu l’essor d’une médecine technologique centrée sur les systèmes, les organes, les cellules et pratiquée par de véritables ingénieurs du corps humain, ces spécialistes de 2e et 3e ligne bien mieux payés qu’un généraliste dévoué et au bon jugement, même dans les régimes publics de soins. Le progrès médical devint assimilé à celui des spécialisations médicales en milieu hospitalier, nécessitant de couteux appareillages, de couteux médicaments, de couteux entrainements pour savoir s’en servir.

Lire la suite »

Actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements ». Ateliers 4, 5 et 6

Le colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » qui a eu lieu le 27 et le 28 avril à la surdépistage cancer,surmédicalisation surtraitement,médicalisation anticipation maladie,anne vega,anne pellissier fall,sous-médicalisation accès aux soins,pauvreté santé inégalités,surmédicalisation marché néolibéralisme,médicaments essentiels,maurice rapin médicaments essentiels,liste médicaments essentiels,mucoviscidose dépistage,evidence-based medicine surmédicalisationFaculté de médecine de Bobigny a été présenté plusieurs fois, en particulier dans les notes contenant l’introduction détaillée et le programme. Les enjeux et les possibles suites à donner – j’imaginais un mouvement citoyen d’idées – ont été évoqués dans le communiqué de presse des organisateurs.

Quant aux actes (powerpoint et textes transmis par les intervenants et les modérateurs) : sur Pharmacritique ont déjà été publiés les actes de l’atelier N° 1 (Surmédicalisation, mythe ou réalité), de l’atelier N° 2 (Causes et sources de surmédicalisation), de l’atelier N° 3 (Surdiagnostics sources de surtraitements), de même que les comptes-rendus des ateliers faits par les modérateurs respectifs. Des liens insérés au début de chaque page permettent d’accéder à tout ce qui a été publié là-dessus sur ce blog.

Voici les contributions aux ateliers N° 4, 5 et 6 (et quelques liens et fichiers complémentaires, envoyés par les contributeurs).

Lire la suite »

Atelier N° 3 : « Surdiagnostics sources de surtraitements » (suite des actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » 2012)

Pour la continuité et une vue d’ensemble, vous pouvez lire les principaux documents déjà postés sur Pharmacritique à propos du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui a eu lieu les 27 et 28 avril 2012 à la Faculté de médecine de Bobigny.

  • Le programme et l’introduction détaillée;
  • Le communiqué de presse des organisateurs (« La surmédicalisation, un dysfonctionnement majeur et systémique, à haut risque pour la santé publique comme pour notre système de soins »);
  • Les comptes-rendus des six ateliers, faits par leurs modérateurs respectifs ;
  • Les interventions lors de l’atelier N°1 (Surmédicalisation, mythe ou réalité) ;
  • Les interventions lors de l’atelier N°2 (Causes et sources de surmédicalisation).

Et voici l’introduction et les interventions – powerpoint ou texte, selon ce que les auteurs m’ont envoyé – lors de l’atelier N°3. Merci à tous ! J’ajoute trois liens reçus d’Alain Braillon, vers des textes critiques du surdépistage et surdiagnostic du cancer de la prostate.

Lire la suite »

Actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » 2012. Atelier N° 2: Causes et sources de surmédicalisation

La publication des actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics et surtraitementses » (27 et surmédicalisation,actes colloque surmédicalisation surdiagnostics surtraitements,surdiagnostics,surtraitement,médicalisation critique,disease mongering,femmes médicalisation psychiatrie,elena pasca,surmédicalisation causes,néolibéralisme médecine,médecine contrôle social,médecine normalité,biodiversité psychodiversité,différence uniformité,médecine fonction sociale,théorie critique médicalisation28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny) a commencé par les comptes-rendus des six ateliers du colloque, faits par leurs modérateurs respectifs. Ont suivi les contributions (textes et fichiers powerpoint tels qu’envoyés par les contributeurs) à l’Atelier N° 1 (« Surmédicalisation, mythe ou réalité »). Je rappelle que le programme complet du colloque est sur cette page ; celle-ci contient une introduction générale, qui tente de placer la surmédicalisation dans un contexte plus global et d’en rappeler quelques enjeux pour l’ensemble des citoyens. Enfin, le communiqué de presse est sur cette page. (L’image accompagne un éditorial du British Medical Journal du 28.08.2008 sur la formation médicale continue financée par les laboratoires pharmaceutiques). 

Outre les contributions à l’atelier N° 2, ce texte contient aussi deux documents fort bien faits et édifiants, réalisés par le Dr Monique Debauche, psychiatre à la Free Clinic de Bruxelles, membre du GRAS (Groupe de Recherche et d’Action pour la Santé). Il s’agit d’une suite de publicités et autres images qui illustrent l’évolution de la médicalisation et surmédicalisation des femmes, en particulier sous l’angle psychologique et psychiatrique. Le document se regarde pratiquement comme un film, car les images parlent d’elles-mêmes ; les quelques annotations en marge donnent des éléments supplémentaires facilitant la compréhension. Ce document a été présenté par Monique Debauche lors de la 12ème Rencontre Internationale Femmes et Santé (RIFS). Il a été projeté en boucle le matin du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements ».

Le deuxième document reçu du Dr Monique Debauche, que je remercie, est lui aussi construit de la même façon : « Médicaments psychiatriques : modes et tendances ». Dans le programme initial du colloque, c’est ce qui figure comme titre de la contribution, mais elle aurait été trop longue, donc le Dr Debauche est intervenue sur ce modèle de signalement collaboratif et efficace des effets indésirables qu’est le site Riskx.org, mis en place par David Healy.

Mon introduction et ma contribution sont à la fin du texte, avant le compte-rendu ; il s’agit du powerpoint complet (au colloque, je n’avais retrouvé que celui introductif et ai improvisé en fonction de mes notes, pour aborder les aspects évoqués plus bas).

Lire la suite »

Actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements ». L’atelier N° 1 : « La surmédicalisation, mythe ou réalité »

Le programme du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui a eu lieu les 27 et 28 avril 2012 à la Faculté de médecine de Bobigny, est sur cette page. La présentation détaillée est sur celle-ci, avec une introduction globale sur les enjeux et l’urgence d’une prise de conscience par l’ensemble des citoyens, car la critique de la surmédicalisation n’est pas l’apanage des professionnels de santé.

Traduction pratique de la logique mercantile néolibérale dans le domaine d’une santé marchandisée, rendue possible par le dévoiement de la fonction sociale de la médecine, la (médicalisation et) surmédicalisation déforme toutes les pratiques et tous les actes médicaux, comme nous (les organisateurs) l’avons dit dans le communiqué de presse. Tous les citoyens sont concernés, et ils doivent en être conscients et contrecarrer ce phénomène, à titre individuel comme collectif, car ce sont eux qui paient, dans tous les sens du terme. Espérons que des alertes répétées mèneront enfin à la création d’un mouvement d’idées citoyen que j’ai appelé de mes vœux. Ce qui veut dire que l’on sortirait de l’entre-soi de quelques convaincus prêchant aux convaincus, de ce cercle restreint de « sachants ». Et que ce mouvement ne risquerait pas d’être orienté, dirigé et/ou limité par des professionnels de santé selon leurs intérêts plus ou moins directs, plus ou moins conscients, et selon leur degré de prise de conscience. Ce degré est limité parce qu’ils participent de ce système, en vivent, contribuent à le reproduire et à fournir les justifications et légitimations. Sans oublier qu’ils ont généralement du mal à reconnaître leur propre rôle dans la surmédicalisation, les surdiagnostics et les surtraitements.

La publication des actes du colloque a commencé par les comptes-rendus des ateliers du colloque, faits par leurs modérateurs. Voici les interventions composant l’atelier N° 1 (présentations powerpoint ou textes complets, selon ce que les auteurs ont transmis), suivies par le compte-rendu. 

Mise à jour: Sont accessibles les actes de l’atelier N° 2 (Causes et sources de la surmédicalisation), de l’atelier N° 3 (Surdiagnostics sources de surtraitements) et des ateliers N° 4, 5 et 6.

Lire la suite »

Actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements »: les comptes-rendus des ateliers (causes, formes, enjeux, médicaments essentiels…)

Les 27 et 28 avril 2012 a eu lieu à la Faculté de médecine de Bobigny le colloque surmédicalisation,colloque surmédicalisation surdiagnostics surtraitements,disease mongering surmédicalisation,surconsommation médicaments médicalisation,cancer surdiagnostic dépistage,médicalisation surmédicalisation,sécurité sociale impact surmédicalisation,sous-médicalisation accès aux soins,psychiatrie médicalisation dsm,groupe princeps,elena pasca,surmédicalisation causes formes risque,néolibéralisme médecine contrôle social,biopolitique biopouvoir médecine,médicaments essentiels,médicalisation sciences sociales« Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », co-organisé par le Groupe Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas), le Département de Médecine générale de la Faculté de Bobigny et la SFTG (voir le programme).

Conceptualiser pour faire comprendre les enjeux pour tous les citoyens

A ceux qui n’en ont pas encore eu connaissance, je conseille de commencer par cette page de présentation du colloque et des ateliers, avec mon introduction détaillée sur les enjeux et l’importance d’une prise de conscience globale, par l’ensemble des citoyens, de l’omniprésence de la surmédicalisation, de ses causes, formes et conséquences, de ses risques pour notre santé individuelle et publique, tout comme pour le système public solidaire de santé et de soins. Cette compréhension est d’autant plus urgente que nous n’en avons pas conscience, parce que la surmédicalisation n’est pas un bloc ; son aspect systémique résulte d’une convergence de pratiques et d’intérêts d’acteurs divers, dans tous les champs du soin, acteurs qui lui donnent des justifications de santé publique (prévention…) et même des légitimations d’apparence éthique. Tous ces dérapages sont rendus possibles par le dévoiement de la fonction sociale de la médecine – thème de mon intervention -, et ils sont non seulement socialement acceptés, mais socialement valorisés… Parmi les distinctions que j’ai faites pour mieux expliquer le phénomène et ses justifications – car la conceptualisation et catégorisation est indispensable si l’on veut comprendre, expliquer et inciter à agir – figure celle entre médecine préventive, médecine prédictive et médecine prescriptive (au sens éthique du terme, illégitime).

Notre communiqué de presse, « La surmédicalisation : un dysfonctionnement majeur et systémique, à haut risque pour la santé publique comme pour notre système de soins », contient certaines formulations concises de nature à éveiller l’esprit critique sur l’étendue quantitative et les dégâts qualitatifs de la surmédicalisation et sur le fait que la médicalisation inutile (et les cercles vicieux qu’elle induit) ont pour contraire dialectique la sous-médicalisation. La tendance est à l’augmentation des deux, si cette thématique ne fait pas son chemin dans l’espace public, dans un débat public mené par l’ensemble des citoyens, car il concerne les choix de principe et les décisions à prendre sur nos modes de vie et sur le type de société dans laquelle nous imaginons notre avenir.

Sortir de l’entre-soi corporatiste pour un débat et des décisions citoyennes

Ce débat doit impérativement être soustrait aux corporatismes, et ce d’autant plus que les professionnels de santé se sont toujours trompés ou ont échoué, parce qu’ils n’ont pas su (ou voulu) sortir de l’entre-soi, ni aborder lucidement leur propre rôle et celui de leurs organisations (ordre des médecins, syndicats, associations, sociétés savantes…) dans la légitimation, la reproduction et même l’aggravation des structures systémiques qui ont pour résultat quasi automatique la surmédicalisation.

J’ai essayé de porter, parmi les organisateurs du colloque, ces idées et surtout la nécessaire sortie de l’entre-soi corporatiste, comme la sortie du petit cercle des convaincus. J’ai exprimé cela aussi lors du colloque et après, appelant à faire sauter les barrières (et les querelles de clocher) entre spécialités et entre professionnels de santé et usagers, à renoncer aux habitudes de décision et d’action exclusivement de médecins à médecins (et organisations médicales), à ne pas prendre des décisions autoritaires à la place des usagers, ni dans un sens ni dans l’autre, mais à leur apporter des catégories explicatives, des concepts et des exemples utiles et facilitant leur compréhension, les aidant à construire et exprimer leur esprit critique, leur subjectivité réflexive et délibérative, à faire un usage public de la raison, notamment dans les décisions qui leur reviennent de droit, de par les capacités juridiques qui sont leur apanage en République.

Ce danger d’entraver la création et l’essaimage d’un mouvement d’idées à cause des vieux réflexes corporatistes et de l’entre-soi médical est toujours présent. Je n’ai jamais agi dans un esprit opportuniste et cela ne changera pas. Je ne me limiterai pas à un rôle de perroquet et de panneau publicitaire et ne cautionnerai aucun acte qui risquerait d’entraver le mouvement citoyen et de limiter l’information et la possibilité d’appropriation de ces sujets par l’ensemble des citoyens. Eux seuls – et non pas quelques médecins et organisations bienveillants mais illégitimes s’ils veulent parler au nom de la majorité – peuvent mettre un terme à des pratiques aussi répandues et aussi fortement enracinées ; eux seuls peuvent y voir plus clair, car l’immense majorité n’a aucun intérêt à la reproduction de ce système et n’en vit pas. 

Les lecteurs de Pharmacritique ne seront pas dépaysés, puisqu’il s’agit de thèmes et d’éléments déjà abordés largement sur ce blog, dans les articles des catégories « surmédicalisation », « prévention, abus de prévention », « disease mongering » et ailleurs. Car toutes les structures de notre pseudo-système de santé, et même la moindre forme de désinformation médicale, le moindre biais et le moindre conflit d’intérêt – tout cela a pour conséquence l’augmentation du nombre de bien-portants devenus malades consommateurs de médicaments, sous prétexte de prévention, dépistages, bilans réguliers…

Un mot sur l’atelier N° 2

J’ai parlé plus longuement que les autres contributeurs, car outre l’introduction à l’atelier (la catégorisation des causes exposées lors de la présentation du colloque) et la modération, j’ai aussi fait une contribution (comme les autres contributeurs).

C’est après lecture des résumés qui nous ont été envoyés que j’ai décidé d’en faire une, afin que des causes majeures de la surmédicalisation (thème de cet atelier) soient évoquées au moins une fois : des explications prenant en compte le contexte global, des hypothèses plus osées, très critiques, donc risquant la controverse, mais argumentées. Plusieurs personnes m’ont dit avoir eu un véritable « déclic », avoir compris comment tout s’est mis en place aussi du point de vue socio-économique, historique et idéologique, et avec quelles conséquences essentielles pour la santé, mais aussi pour le modèle actuel de société, avec la médecine comme outil de contrôle social exerçant une correction en vue de la mise au pas et de l’extirpation de la différence. Alors je me dis que le risque – me voir reprocher moult fois la longueur – valait la peine. Selon les retours que j’ai eus, cette interprétation fait sens et contribue à la construction d’une explication théorique plus globale, un cadre logique de pensée dans lequel viennent s’inscrire les informations et les exemples concrets. 

Elena Pasca

=======================================

COMPTES-RENDUS DES SIX ATELIERS (par leurs modérateurs)

Atelier N°1: 27 avril matin : SURMEDICALISATION, MYTHE OU REALITE

Animation et compte-rendu par Jean-Claude SALOMON

Introduction – Jean-Claude SALOMON

Quelles hypothèses peuvent être explorées :

  • – La surmédicalisation est une tendance lourde associée au mouvement médical.
  • – La surmédicalisation fait progressivement obstacle au progrès médical et entrave le fonctionnement de l’action sanitaire et médicale.
  • – La surmédicalisation résulte de l’obligation de moyens plutôt que de l’obligation de résultats . Elle détourne les moyens de leurs fins.
  • – La surmédicalisation coexiste avec la sous-médicalisation et avec les inégalités de santé, sans parvenir à les réduire.

Quelles questions peuvent avoir des réponses :

  • – Quel rapport y a-t-il entre la surmédicalisation et la marchandisation de la santé?
  • – La démarcation entre le normal et le pathologique s’est-elle déplacée?
  • – La médicalisation des problèmes sociaux est-elle extensive ?
  • – Comment la surmédicalisation est-elle ressentie par les citoyens (bien portants ou malades), par les institutions, par les professionnels ?
  • – Quels dysfonctionnements provoque-t-elle ?
  • – Que peut-on mesurer avec méthode et rigueur?
  • – Quelles catégories professionnelles sont concernées : épidémiologistes, économistes, démographes, géographes etc. (IRDES, DRESS) ?
  • – Situation comparée entre pays et entre régions.
  • – La surmédicalisation est-elle un dysfonctionnement du système de santé ? Dans l’affirmative est-ce un dysfonctionnement systémique ?
  • – La surmédicalisation, les surdiagnostics et les surtraitements sont-ils seulement l’expression du consumérisme ordinaire commun à tous les pays industrialisés?
  • – Surmédicalisation et sous médicalisation : 2 faces de la même médaille ou expression des inégalités de santé ?

 

Sylvie FAINZANG – La surmédicalisation, entre médecins et malades : en mettant la surmédicalisation en perspective avec les réactions de résistance qu’elle engendre chez les patients et les diagnostics auxquels ces derniers se livrent dans le cadre de l’automédication, on montre que les individus ne sont pas les simples objets, passifs, de la surmédicalisation puisqu’ils peuvent y être réfractaires, ou au contraire en être les auteurs. Dans ces deux cas, la surmédicalisation va de pair avec une sous-médicalisation, par un effet de sélection des symptômes médicalisés.

Jacques BIRGE – La non prescription en médecine générale : enquête de pratiques chez les maîtres de stage et stagiaires Stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée (SASPAS) lorrains

Hypothèse : Il existe une dispersion de pratiques en terme de prescription ou de non-prescription. Un nombre non négligeable de médecins s’abstienne de prescrire, quand cela ne met pas en cause la qualité des soins.

Méthode : Enquête de pratiques, prospective.

Résultats : Dispersion de non-prescription : 0 à 34 %.

Conclusion : Hypothèse validée, La non-prescription est une pratique réalisable et acceptée que l’ont peut promouvoir en France. Ceci vaut aussi bien pour les médicaments que pour les examens complémentaires.

Bernard DUPERRAY et Bernard JUNOD – Dépistage du cancer : le modèle de prévention contredit par les faits

La justification du dépistage procède d’un mythe : le modèle linéaire de l’histoire naturelle du cancer. La confiance des médecins dans la valeur pronostique de l’examen au microscope d’un prélèvement de lésions suspectes a renforcé la perception d’efficacité de la destruction des cancers diagnostiqués tôt. Morbidité et mortalité consécutives au dépistage de masse prouvent aujourd’hui que le surdiagnostic – confusion entre maladie cancéreuse et « cancer » qui n’aurait pas eu de conséquence sur la santé – a illusionné soignants et patients. Contrairement aux espoirs suscités par l’extension du dépistage organisé, l’incidence des cancers avancés ne recule pas. La frontière entre le normal et le pathologique est un thème de recherche beaucoup trop négligé en cancérologie mammaire.

Etienne ANTOINE – Surmédicalisation ou contre-productivité : un regard contemporain sur Ivan Illich

Ivan Illich commençait Némésis médicale, l’expropriation de la santé, par ces mots: «L’entreprise médicale menace la santé.»

Il analysait l’effet paradoxal de cette médecine en plein essor, qu’il divisait en trois formes de iatrogénèse: clinique, structurelle et sociale.

Nous nous demanderons si ce livre polémique publié en 1976 reste d’actualité. La surmédicalisation n’étant actuellement envisagée que sous son aspect de iatrogénèse clinique, il nous faudra donc nous interroger sur ses aspects structuraux et sociaux.

 Débat et synthèse de l’atelier

Il est clair que les hypothèses et les questions formulées en introduction n’ont pas de réponse après la présentation des communications. Elles ne pouvaient en avoir, sinon de façon partielle. En partant des expériences et des observations rapportées, il n’est possible par induction de parvenir à la vision générale de la surmédicalisation que de façon progressive, par accumulation de résultats. Cet atelier ne pouvait prétendre à plus. Toutefois il est important que l’exploration de ce phénomène ait été amorcée. En ce sens le but recherché a été atteint. Il semble vain de dénoncer le consumérisme des patients ou les prescriptions abusives des médecins si on n’est pas capable de mesurer ce que l’on explore. L’économie et la politique de santé ne peuvent être évacuées ou être fondées sur des affirmations ou sur de simples intuitions. Alors que la médecine tente de se rebâtir sur des preuves scientifiques (Evidence Based Medicine – EBM), l’économie et la politique de santé doivent se construire sur des preuves d’une autre nature, mais aussi rigoureuses, pour enlever la conviction et aider à prendre des décisions (Evidence Based Policy – EBP).

On conçoit que cette démarche soit entourée d’un bruit de fond qu’il faut méthodiquement atténué.

Bien d’autres questions devront être l’objet des études pour les années à venir.

  • – La surmédicalisation peut elle être une réponse adaptative ?
  • – La prévention quaternaire permet-elle de réduire la surmédicalisation ?
  • – L’orientation vers les actes, les examens et les produits essentiels est-elle illusoire ?
  • – quels sont les avantages et les inconvénients des normes de médicalisation et de bonnes pratiques
  • – La «règle ou la norme» doivent-elles résulter de démarches simultanées  du terrain vers la conceptualisation (bottom up) et l’inverse (top down).
  • – Si la surmédicalisation est bien réelle; ses déterminants peuvent-ils être mieux analysés ?
  • – Dans l’affirmative sont-ils accessibles à l’action sanitaire et sociale?

======================================

Atelier 2 : CAUSES ET SOURCES DE SURMEDICALISATION, vendredi 27 avril 2012, (9H30- 12H00), avec une cinquantaine de participants

Modération et compte-rendu: Elena Pasca

Contributions (par ordre de prise de parole) :

  • Elena PASCA : La surmédicalisation, conséquence du dévoiement de la fonction sociale de la médecine
  • Pierre-Guillaume PARIS: La santé, catégorie normative qui façonne les subjectivités
  • Luc PERINO : Surmédicalisation : un dysfonctionnement systémique habilement exploité
  • Laurent LETRILLIART, Denis POUCHAIN: Troubles cognitifs légers: une zone grise à risque de surmédicalisation
  • Monique DEBAUCHE: Les médicaments psychiatriques : modes et tendances
  • Edwige LE MOUEL, Olivier DECAUX, Antoinette PERLAT, Patrick JEGO, Bernard  GROSBOIS: Incidentalomes biologiques : étude prospective en consultation de médecine interne

Dans l’introduction, Elena PASCA (philosophe) a insisté sur la nécessité d’une catégorisation et d’une analyse globale du contexte, des causes, des formes et des conséquences de la surmédicalisation. Elle a exposé et exemplifié quelques catégories.

Dans son intervention sur le dévoiement de la fonction sociale de la médecine, elle a évoqué certains apports des sciences sociales permettant de comprendre les changements à tous les niveaux – droit, idéologie, économie, psychologie sociale et mentalités… – qui sont soit les prémisses, soit les conséquences de la surmédicalisation.

Ces changements systémiques ou ponctuels ont permis la reproduction du complexe médico-industriel au prix d’adaptations minimes ; ils ont rendu possible l’instrumentalisation de la médecine, puis le dévoiement de sa fonction sociale vers des rôles illégitimes où elle transforme des bien-portants en malades pour élargir le marché de l’industrie pharmaceutique, à l’aide de techniques de persuasion, de marketing et de disease mongering, sous des prétextes paraissant scientifiquement fondés tels que la prévention, réduite à la médicamentation. Cette médecine préventive se double d’une médecine prédictive aux fondements douteux (le tout génétique…) et d’une médecine prescriptive (au sens prétendument éthique : le médecin édicte des préceptes comportementaux pour des individus et des populations, à travers des politiques hygiénistes et des normes médicales qui deviennent des normes sociales de mise au pas).

Il y a danger d’une dérive irréversible vers une médecine outil de contrôle social imperceptible mais omniprésent, une médecine gardienne de l’ordre établi (voir la réforme de la psychiatrie…) et instrument d’ingénierie sociale aux mains d’une biopolitique qui uniformise les individus, les normalise selon des standards arbitraires et extirpe la différence. Les auteurs de l’Ecole de Francfort – largement cités – ont mis en garde contre ce nivellement et contre l’exclusion des différents (ceux qui n’acceptent pas la « correction » par le « traitement » médico-pharmacologique). Il est socialement valorisé de se dire malade – dépressif, bipolaire, hyperactif… -, mais disqualification et stigmatisation sociales guettent si l’on ne s’ajuste pas aux rôles socio-économiques, si l’on est différent, critique, marginal, inadapté au système et à son marché du travail. C’est soit l’identification à une case selon les normes néolibérales, soit un diagnostic de « trouble » selon le DSM (Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux). La diversité humaine (psychodiversité…) risque de disparaître au profit d’individus devenus permutables, interchangeables, façonnés selon les mêmes standards biologiques, morphologiques et psychiques.

Sous l’influence d’un marketing pharmaceutique décuplé depuis l’avènement de la psychopharmacologie et de l’individualisme néolibéral qui accentue les droits subjectifs et défensifs, les individus revendiquent un droit à la santé conçue comme un vague bien-être (cf. définition de l’OMS). La « correction » médico-pharmaceutique qu’ils reçoivent annihile le potentiel de subjectivité réflexive et délibérative qui nous sortirait du cercle vicieux entre notre consumérisme et l’offre médicale qui crée la demande.

Il faut rendre cela conscient à l’aide de concepts critiques et porter le débat dans l’espace public politique, afin qu’un mouvement citoyen empêche le complexe médico-industriel d’achever la mutation anthropologique (K. Applbaum) et l’état de biopouvoir quasi-totalitaire anticipé par Foucault et d’autres.

Si la médecine peut jouer un tel rôle, c’est que la santé est une catégorie normative en fonction de laquelle se construit la subjectivité et le rapport à soi. Pierre-Guillaume PARIS, philosophe de la santé, l’a montré par des exemples tirés du domaine des cancers – publicités et préceptes édictés à diverses époques -, qui illustrent l’évolution des représentations de la relation médecin/patient et des façons de concevoir la médecine. L’on comprend comment se forment historiquement les attentes des médecins, et notamment l’homo medicus : un patient idéal, qui serait capable d’objectivation et surtout de compliance, donc d’observance non critique des prescriptions. L’on comprend aussi comment se construisent les représentations de soi des usagers en tant que patients et au-delà, dans leur subjectivité, puisque le savoir médical joue un rôle de médiation dans cette construction. Le corps du patient tend à devenir un objet de la médecine, son autocompréhension et ses conduites étant en rapport avec les attentes des médecins et les médiations de ce type.

Cette construction est déterminée par le contexte économique et historique : celui d’une gouvernementalité et d’une rationalité libérales, avec toutes les conséquences sociales, sociétales et idéologiques. La médecine, qui paraît être transparente et dire la réalité telle qu’elle est, est un outil parfait. Ces dehors scientifiques appuient la demande implicite faite aux patients : entrer dans le monde tel qu’il est circonscrit par la médecine, regarder leurs corps comme des objets cliniques, se battre et « positiver », agir en « entrepreneur de soi », bref, se soumettre aux exigences et aux outils d’une médecine entrée en hybridation avec le management, la psychologie, la publicité, comme on peut le voir avec la psycho-neuro-immunologie, par exemple…

Lire la suite »

« Santé, jusqu’où irons-nous? » Entretien virtuel avec Oscar Grosjean

NdlR : Pierre BIRON est professeur honoraire de pharmacologie à l’Université de Oscar Grosjean,pierre biron,surmédicalisation disease mongering,dépistage cancer surmédicalisation,prévention abus de prévention dépistage,sécurité sociale danger privatisation,disease mongering cholestérol ostéoporose hypertension,médecine générale rémunération qualité,elena pasca surmédicalisation,aide à l'observance,influence pharmaceutique médicalisation,surmédicalisation soins inutiles,sous-médicalisation pauvreté accès aux soins,acharnement thérapeutique,procréation médicalement assistée risquesMontréal, auteur et co-auteur de nombreux articles et d’un Alterdictionnaire médico-pharmaceutique anglais-français, critique et évolutif. J’ai fait une présentation détaillée de l’auteur, qui a publié plusieurs articles sur Pharmacritique, à la fin de son texte sur la « complicité médico-pharmaceutique [qui] dévoie le savoir médical ».

Ici, Pierre Biron nous présente le livre d’Oscar GROSJEAN, Santé, jusqu’où irons-nous? Fabriquer des patients pour tuer la Sécu. Charleroi, Couleur livres, 2005, 120 pages, 13 euros.

Selon la présentation de l’éditeur, Oscar Grosjean est « chirurgien, maître de stage et diplômé en criminologie. Collaborateur de l’Université de Liège, il a poursuivi des travaux de recherche particulièrement en transplantation. Responsable du service de chirurgie à la Faculté de médecine du Rwanda de 68 à 71, il a aussi effectué une dizaine de missions chirurgicales en Afrique et au Proche-Orient ». L’introduction au livre, faite par l’éditeur, est sur cette page du site qui contient aussi les illustrations. [Elena Pasca]

 

« Santé, jusqu’où irons-nous? » Entrevue virtuelle avec Oscar Grosjean 

Par le Pr Pierre BIRON

Un ouvrage décapant qui décrit les choses telles qu’elles sont devenues en matière de santé et de médecine. Un ouvrage sur la médecine d’aujourd’hui, « débordant de constatations surprenantes et de questions impertinentes », comme de savoir si les examens et soins proposés aujourd’hui, de plus en plus nombreux et coûteux, sont utiles à notre santé. Son regard critique nous rappelle celui des Américains Nortin Hadler (Malades d’inquiétude ?) et Gilbert Welch (Dois-je me faire tester pour le cancer ?), tous deux traduits par Fernand Turcotte, aux Presses de l’Université Laval (Québec, CA).

Lire la suite »

La surmédicalisation : un dysfonctionnement majeur et systémique, à haut risque pour la santé publique comme pour notre système de soins. Communiqué de presse

Voici le communiqué de presse des organisateurs du colloque « Surmédicalisation, colloque surmédicalisation logo.jpgsurdiagnostics, surtraitements » (présentation et programme détaillé sur cette page), à savoir

  • le groupe d’études Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas),
  • la SFTG (Société de Formation Thérapeutique du Généraliste) et
  • le Département de Médecine générale de la Faculté de médecine de Bobigny

Nous avons préféré envoyer ce communiqué après l’élection présidentielle qui a focalisé toute l’attention.

Evidemment, la richesse des échanges durant ces deux journées et les nombreuses idées pour les suites à donner ne sauraient être évoquées dans une forme aussi succincte… Nous restons à la disposition de tous ceux qui souhaitent en savoir plus et de tous ceux, que nous espérons de plus en plus nombreux, qui souhaitent se joindre au « mouvement d’idées » qui résulte de ce colloque. Mouvement auquel nous allons donner une traduction pratique dans les semaines et les mois à venir, afin de contribuer à une prise de conscience des professionnels de santé, des media, ainsi que de l’ensemble des citoyens quant aux causes, aux formes et aux conséquences d’une surmédicalisation omniprésente et la plupart du temps inconsciente; surtout les risques ne sont pas perçus comme tels, puisqu’elle se présente sous les dehors respectables de la prévention, comme le reflet d’une politique de santé publique mise en place – pensent les citoyens – selon des critères rigoureux et évalués…

Les citoyens doivent avoir les outils théoriques nécessaires pour comprendre ce qu’ils risquent – car toute prescription inutile induit un risque inutile -, ce pour quoi ils paient, dans tous les sens du terme, pour savoir qu’ils n’ont pas toute l’information ou sont désinformés sur l’intérêt pour leur santé de ces bilans annuels – qui trouvent des anomalies (incidentalomes) sans aucune signification pathologique – et de ces dépistages organisés de tel ou tel cancer… 

Les citoyens doivent comprendre quels sont les rouages systémiques qui empêchent le changement et assurent la reproduction d’un système qui ne profite pas à la santé individuelle et publique, mais aux intérêts de ceux qui vivent de cette surmédicalisation, de la mise en place des dépistages qui, tels des loteries, mènent aux cercles vicieux de surdiagnostics et de surtraitements, où les rares « gagnants » ne doivent pas faire oublier que l’immense majorité perd au change. Combien de centaines et de milliers de « dégâts collatéraux » (pensons au number needed to harm…) sont « acceptables » pour qu’une seule femme en tire un bénéfice? Une seule sur les 2.000 subissant des mammographies régulières de dépistage pendant 10 ans…

Lire la suite »

Claude Béraud ou la négation de la morale en médecine

« La médicalisation de la santé et du mal-être » (III): « Les malades sans maladie »

Texte retiré le 7 janvier 2016.

Je posterai le vrai travail de Claude Béraud, sans ma réécriture.

**

Ajout posté le 29 octobre 2016. C’est une réaction spontanée, une première façon de faire ma mea culpa, parce que mon besoin de croire à l’existence de médecins qui seraient au-dessus de la mêlée, capables de mettre en oeuvre des principes moraux, m’a menée à croire le discours victimisant de Claude Béraud et à chercher des excuses à ses dérapages. De plus, lorsque j’ai mené la campagne de communication – allant jusqu’à demander à des gens de poster des commentaires à ses textes, parce qu’il se plaignait de ne pas susciter de réactions -, je n’avais pas lu ce qu’il avait écrit auparavant, ce qui relève d’un sexisme de la pire espèce, caché sous des dehors de sollicitude. La logique comptable le poussait à limiter les examens au strict minimum et à déclarer qu’il s’agissait de névrose dès qu’il y avait des symptômes digestifs qui n’étaient pas immédiatement diagnosticables par lui, ce qui implique aussi un total manque d’humilité quant aux limites de ses connaissances et quant aux limites de la médecine en général. 

J’ai retiré les autres textes et posté quelques autres réactions spontanées à leur place. J’ai d’autres impératifs pour les mois à venir, mais viendra le moment où l’image de Claude Béraud collera non pas à ce qu’il veut que l’on pense, mais à ce qu’il a vraiment fait et dit. Tout est documenté, ce qui permet de s’en tenir aux faits.

*

Je n’ai jamais donné à Claude Béraud l’accord d’utiliser mon travail sur ses textes en dehors de Pharmacritique et lui demande donc de faire disparaître toute trace de ce travail. Qu’il poste ce qu’il veut de ce qu’il a écrit lui, mais rien venant de moi.

J’ai eu tort de sortir Claude Béraud de l’oubli et de sa dépression (puisque plus personne ne le lisait et qu’il n’avait plus le pouvoir de semer la zizanie, comme il l’avait fait avec les médecins et dans ses livres qui psychologisent à outrance). J’ai eu tort de redorer son blason, de l’aider à se remettre à écrire, de réécrire ses textes et, surtout, de faire une telle campagne de communication parlant de lui comme d’un modèle, d’une référence, surtout en termes d’éthique et de morale. Par son comportement répété, mais aussi par ce qu’il a écrit avant le dernier livre très consensuel et dont les textes ont été retravaillés par d’autres personnes – et près d’un tiers du livre se compose du texte sur la surmédicalisation réécrit par moi -, Claude Béraud est l’exacte négation de la morale. Preuves à l’appui, ce qui me permettra de transcrire ses propres dires, montrant le vrai visage d’un homme qui pense en comptable, qui calcule comment exploiter encore plus quelqu’un qui peut encore lui servir. Lâchant quelques excuses de temps à autre, pour mieux renforcer la manipulation.

Le comportement de Claude Béraud me donne envie de vomir. Aussi au sens propre du terme, lorsqu’il a décrit très longuement sa déchéance, de façon répétitive et jusque dans des détails scabreux totalement indécents, pour se servir même de cela dans sa tentative de m’asservir à nouveau pour un livre dont apparemment personne ne veut sans une réécriture et une refonte des plus de 900 notes pour plus de 400 pages (en octobre 2015, car depuis, j’ai laissé tomber mon idée de lui donner une énième occasion de s’excuser, de rectifier le tir, de corriger au moins ce qui m’a été directement préjudiciable. La nausée est trop forte. Mais je dois en parler – et le ferai en détail, malgré la nausée – parce que j’ai induit les lecteurs en erreur et, en redorant son blason, j’ai permis à Claude Béraud de revenir sur le devant de la scène. Il en voulait plus, toujours plus, et j’aurais dû comprendre que quelqu’un d’aussi calculateur n’allait pas s’arrêter de lui-même alors qu’il avait à sa disposition quelqu’un comme moi, qui, en plus d’un altruisme versant dans la connerie par manque de limites, s’est laissé manipuler par le discours de victime, par l’âge et l’invocation de la déchéance, par cette image d’une oeuvre à transmettre.

*

Claude Béraud, retirez tout ce qui vient de moi, tout apport à vos textes. Affichez-vous avec ce que vous êtes, ce dont vous êtes capable tout seul. Et si vous n’êtes pas capable tout seul, alors appliquez-vous ce que vous avez dit des autres. J’ai assez donné.

Votre comportement et votre opportunisme me donnent envie de vomir. 

Claude Béraud ou la négation de l’éthique médicale

Texte retiré le 7 janvier 2016.

Je posterai le vrai travail du Pr Claude Béraud, sans ma réécriture. 

Je me suis fait avoir. Retirer les textes est la première étape de la rectification.

Quelques réactions spontanées sont postées sur d’autres pages, à la place des textes. Je n’ai jamais donné l’autorisation à Claude Béraud de se servir de mon travail et demande qu’il fasse en sorte de ne publier que les versions non retravaillées par moi. Qu’il transmette à la postérité ce dont il est capable tout seul.

Claude Béraud: les prétentions éthiques qui cachent la logique comptable et le sexisme

Texte retiré le 7 janvier 2016.

Je posterai le vrai travail du Pr Claude Béraud, sans ma réécriture.

Sur d’autres pages, j’ai posté des réactions spontanées expliquant en grandes lignes comment je me suis fait avoir par Claude Béraud, qui a déployé une stratégie de manipulation bien calculée. Un comportement d’exploitation comme si tout lui était dû, comme si c’était un honneur que d’être au service du grand homme.

Cela me fait penser à un patricien romain qui faisait faire le travail par les esclaves, tout en pérorant sur les principes. Avec des adaptations, certes. Il multipliait les remerciements en privé, mais ne disait rien publiquement. Surtout, il déployait son emprise à partir d’un discours victimaire et jouant sur sa déchéance physique comme sur tous les ressorts qui déclenchent la pitié et la propension à aider… Lâchant quelques excuses de temps à autre, juste ce qu’il faut pour continuer l’emprise. Le grand homme victime d’un système injuste et de son grand âge, qui a besoin de vous pour transmettre son discours à la postérité et vous adresse des « Chère Amie », des remerciements, des appréciations sur la qualité du travail, etc. Avant de demander, avec insistance, pourquoi il n’y a pas plus de commentaires, pourquoi on ne le contacte pas, etc. Vu son âge, j’ai souvent pensé qu’il oubliait, que son âge expliquait les dérapages. Il en jouait, d’ailleurs. Mais il retenait tout ce qui allait dans le sens qu’il voulait donner. 

Je n’ai toutefois pas dépassé les bornes et ai pris le soin de tout documenter. Ma connerie a quand même des limites…