Claude Béraud: les prétentions éthiques qui cachent la logique comptable et le sexisme

Texte retiré le 7 janvier 2016.

Je posterai le vrai travail du Pr Claude Béraud, sans ma réécriture. D’ailleurs, l’éditeur Thierry Souccar aurait dû vérifier si Claude Béraud était le seul auteur des textes contenus dans le recueil qu’il a publié.

Sur d’autres pages, j’ai posté des réactions spontanées expliquant en grandes lignes comment je me suis fait avoir par Claude Béraud, qui a déployé une stratégie de manipulation bien calculée face à une « trop bonne trop connue ». Un comportement d’exploitation comme si tout lui était dû, comme si c’était un honneur que d’être au service du grand homme.

Vu les essais de m’exploiter pour taper à la main ses anciens articles, les refaire et mettre à jour toutes les données, pour les reprendre dans un livre de recueil, en disant que si je le faisais, il citerait mon nom, et vu d’autres comportements et propos, il n’y a plus de doute. Cela me fait penser à un patricien romain qui faisait faire le travail par les esclaves, tout en pérorant sur les principes. 

Il multipliait les remerciements en privé, mais ne disait rien publiquement. Surtout, il déployait son emprise à partir d’un discours victimaire et jouant sur sa déchéance physique comme sur tous les ressorts qui déclenchent la pitié et la propension à aider… Lâchant quelques excuses de temps à autre, juste ce qu’il faut pour continuer l’emprise. Le grand homme victime d’un système injuste et de son grand âge, qui a besoin de vous pour transmettre son discours à la postérité et vous adresse des « Chère Amie », des remerciements, des appréciations sur la qualité du travail, etc. En privé. Avant de demander, avec insistance, pourquoi il n’y a pas plus de commentaires suite aux articles et à la publicité que je lui ai faite pour le sortir de l’oubli, pourquoi on ne le contacte pas, etc. Particulièrement après l’édition de 2012 du colloque de Bobigny sur la surmédicalisation, lors duquel je l’ai longuement érigé en exemple à suivre, il voulait que j’insiste auprès des participants pour qu’ils le contactent. Me demandant carrément de servir d’intermédiaire. Gentiment, je lui ai répondu que ce n’était pas mon rôle et que, de toutes façons, je n’avais pas les coordonnées de tout le monde. Pensant clore le sujet par une esquive qui ne le blesserait pas. Il m’a dit et redit que je pouvais demander le fichier avec les données de contact des participants au colloque, puisque je faisais partie du comité d’organisation, en tant que membre du réseau Princeps. J’étais estomaquée.

Vu son âge, j’ai souvent pensé qu’il oubliait, que son âge expliquait les dérapages. Il en jouait, d’ailleurs, parlant du risque qu’il décède sans avoir pu livrer tous les messages, et surtout, sans pouvoir publier le livre auquel il travaillait. Il a insisté pour que je le relise (j’imagine qu’il aurait évoqué mon nom au fin fond d’une note pour me remercier pour des mois de travail…) et pour avoir mes coordonnées postales et me le faire envoyer en cas de décès. Que je le finisse et le sorte. Après mon refus net de resservir de ghost writer et/ou de continuer à faire de la publicité pour lui, je n’ai plus répondu pendant environ deux ans. Mais lorsque je suis allée à Bordeaux pour un colloque, je l’ai contacté, pensant qu’il aurait compris et qu’il changerait de comportement en face à face. C’est le contraire qui s’est produit. Claude Béraud a essayé d’exploiter à fond le côté humain, du vieil homme malade qui a besoin de moi pour faire passer son travail à la postérité. Toujours la même attitude du patron / chef de service qui recueille les lauriers alors que le travail est fait par des internes exploités un maximum. Et encore, ils ont plus de visibilité que moi quant à son travail, d’autant qu’il les remercie dans une préface alors qu’il n’évoque pas du tout mon travail pour lui…

Mais sa mémoire n’était pas en cause ; il retenait tout ce qui allait dans le sens qu’il voulait donner. Certes de façon obsessionnelle puisqu’il ne parlait que de lui et de comment revenir au premier plan.

Je n’ai toutefois pas dépassé les bornes et ai pris le soin de tout documenter. Ma connerie a quand même des limites. Si quiconque a des doutes, il faut savoir que j’ai tout enregistré, dès le premier dérapage. En plus des échanges écrits.

Cela dit, il m’est arrivé plusieurs fois de servir de ghostwriter sans le vouloir. Puisque je corrigeais et refaisait des textes en m’attendant à ce que l’apport soit mentionné quelque part, par exemple sous forme de remerciements, si ce n’est de deuxième auteur. Mais il est arrivé que les personnes en question aiment tellement le résultat qu’ils préfèrent se dire que qu’ils ont tout fait. D’autant plus qu’une personne handicapée sans position universitaire et sans formation médicale ne pouvait pas leur apporter une plus-value symbolique.

Certaines expériences à cause de Pharmacritique et de l’arrivisme de quelques personnes (qui voulaient se faire connaître) m’ont fait désespérer de ceux qui ont des prétentions éthiques, morales et /ou déontologiques.

Elena Pasca

6 réflexions au sujet de “Claude Béraud: les prétentions éthiques qui cachent la logique comptable et le sexisme”

  1. Merci pour cet excellent article, qui aurait aussi pu aborder la prescription habituelle d’antidépresseurs lors d’épisodes douloureux ou bien lorsqu’il devient difficile de trouver un sens à sa vie, en maison de retraite par exemple.
    Voilà une analyse de notre évolution sanitaire qui rencontre peu d’écho chez les soignants, peut-être parce qu’elle attaque directement les fondements de notre système de croyance en plus de saper le fonds de commerce..
    Donc un débat qui a peu de chance de s’ouvrir; il revient au consommateur de santé de se responsabiliser sans pour autant radicaliser sa position, ce qui ne semble pas acquis !

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  2. Bonjour,
    C’est au Pr Béraud de répondre.
    J’aurais quelques remarques, si vous permettez.
    Cath, vous avez parfaitement raison, parlant d’une « analyse… qui rencontre peu d’écho chez les soignants, peut-être parce qu’elle attaque directement les fondements de notre système de croyance en plus de saper le fonds de commerce »
    Et c’est l’un des blocages systémiques que j’évoquais dans l’introduction (et lors du colloque) comme un obstacle au changement, malgré des alertes et des critiques rationnelles et argumentées répétées.
    Cela dit, lorsque les voix critiques commencent à converger, qu’elles ne restent plus dispersées mais s’organisent, lorsqu’elles sortent de l’entre-soi – autre demande que j’ai faite lors du colloque – et amènent la discussion et les arguments dans l’espace public, sur des supports en libre accès, il peut y avoir un mouvement d’idées qui se crée. D’ailleurs, nous (organisateurs du colloque) avons rencontré beaucoup de personnes désireuses de voir la suite concrète et d’y participer, de partager avec nous des idées de mise en oeuvre, etc. Il y aura des suites; ça avance lentement, comme avec la publication, cet après-midi, du communiqué de presse, car nous voulions attendre la fin de l’élection présidentielle.
    J’espère que vous allez vous joindre à nous, pour participer à une liste de discussion réservée aux participants et contributeurs, mais sur laquelle nous pouvons introduire des personnes de notre connaissance susceptibles d’avoir des apports intéressants. Faites-moi signe si vous voulez, à travers le mail du blog :
    pharmacritique@voila.fr
    Mais peut-être pouvons-nous être plus optimistes, en l’occurrence. Raisonnablement optimistes, et non pas d’un optimisme béat.
    Si j’avais été pessimisme à mes débuts, j’aurais raté des occasions qui se sont concrétisées et n’aurais pas travaillé à un apport qui a eu son importance – avec moult autres apports d’autres personnes, mais je parle de Pharmacritique, ici – dans la prise de conscience, directement et relayé par d’autres, sous diverses formes (journalistes, autres blogueurs, Fondation Sciences Citoyennes, réseau ETAL, coalition ALTER-EU, forums, organisations et associations médicales, etc.)
    Car, vous savez, lorsque j’ai commencé, d’abord sur des listes de discussion de médecins, de parler du SUNSHINE ACT et des autres initiatives du sénateur Charles GRASSLEY pour la transparence, des DISPOSITIFS DE TRANSPARENCE existant déjà dans plusieurs Etats tels que le Minnesota, des initiatives de certaines sociétés savantes en matière de « disclosure » (déclaration publique d’intérêts), etc. etc., cela paraissait complètement inatteignable, voire même ridicule, même aux yeux des critiques les plus radicaux en France…
    J’ai dû créer Pharmacritique pour pouvoir parler librement de tout cela, la plupart des sujets ayant été refusés par les critiques, comme le Gardasil et d’autres…
    Et pourtant, peu à peu, les organisations critiques ont compris qu’il était important de porter ces idées (Sunshine Act…) et les ont disséminées à leur tour.
    J’en ai parlé ailleurs (débats, Sciences Citoyennes, media, articles écrits ailleurs…) et sur ce blog.
    Et voilà que, plusieurs années après, le Sunshine Act, la nécessité de déclarer publiquement les conflits d’intérêts puis même les paiements reçus de l’industrie pharmaceutique, etc., sont entrés dans le discours plus commun des politiques et ont été consacrés par leur prise en compte dans les déclarations de Xavier Bertrand et dans la loi de réforme de la sécurité du médicament. (Il y a beaucoup de critiques à formuler quant à cette loi, bien sûr, et je ne me suis pas privée de le faire.)
    Mais l’idée, c’est qu’un travail sans relâche de diffusion publique insistante de certaines idées fortes, justes, moralement fondées, peut aboutir à des changements, dans l’optique de l’opinion (et même des autorités sanitaires et politiques).
    Je pourrais donner d’autres exemples où j’ai été les premiers à évoquer tel sujet épineux en public en France, ce qui a eu des résultats pour diverses raisons : soit parce que d’autres (media, médecins…) se sont saisi du sujet et l’ont largement diffusé:
    (Gardasil; maladies inventées /disease mongering sous toutes ses formes, ostéoporose comme forme de façonnage de maladies et nécrose de la mâchoire comme effet indésirables du Fosamax; GRIPPE AH1N1 et inutilité de la campagne de vaccination; les inconnues des adjuvants…; le LANTUS cancérigène; RISQUES DES GLITAZONES (et surtout d’Avandia, qui a été retiré); les risques (et l’absence de preuves d’efficacité et d’un rapport bénéfices/risques favorable des ANTICORPS MONOCLONAUX); critique de la diabolisation du CHOLESTEROL et de la prescription larga manu de statines ; chronicisation et mauvaise prise en charge de l’endométriose. toutes les questions liées aux CONFLITS D’INTERET, distingués des biais, de la corruption, de la manipulation; les formes et méthodes du marketing pharmaceutique; l’inefficacité des médicaments prescrits dans l’Alzheimer… Etc.
    – soit parce que les citoyens ont pu obtenir des informations auxquelles ils n’avaient pas accès autrement et prendre leurs décisions en connaissance de cause (d’éviter tel médicament, par exemple)
    – soit parce que les critiques – en convergence avec celles venus d’ailleurs – cf. Avandia, par exemple – ont abouti à un retrait du marché
    – soit parce que des propositions et idées lancées par des citoyens lambda ont diffusé et ont laissé des traces lorsqu’on les a reprises dans des textes officiels (cf. le rapport de la mission sénatoriale sur le Médiator, par exemple, qui reprend des idées sur le financement de la recherche, sur l’AFSSAPS, etc.), dans des articles et ailleurs
    Les journalistes ont beaucoup repris – sans toujours donner leurs sources, la déontologie n’étant toujours pas leur fort – de ce que j’ai écrit sur Pharmacritique ou ailleurs. Et je n’ai pas compté mon temps pour les informer directement, comme pour Wandrille LANOS, l’un des réalisateurs des « Vendeurs de maladie » (dans l’émission « Cash » d’Elise LUCET), dont la source à propos de l’ostéoporose est ici (on trouve la même chose dans le film, point par point, même la formule de titre (vendeurs de maladies, variante de disease mongering dont j’explique les formes et les risques depuis des années), Shirley Boles et Ray Moynihan interrogés, etc. Pourtant, la source n’est jamais indiquée, même pas un merci sur le générique de fin.
    Comparez la partie sur l’ostéoporose dans le docu, puis lisez ce que j’écrivais trois ans auparavant dans l’article « Le Fosamax de Merck devant la justice américaine pour près de 900 cas d’ostéonécrose de la mâchoire » (mais il y a d’autres articles à ce sujet sur le blog, bien sûr) :
    http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2009/08/14/le-fosamax-de-merck-devant-la-justice-americaine-pour-pres-d.html

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  3. Suite de mes remarques:
    Vous voyez, l’information circule. Peu importe comment, mais elle circule.
    (Je suis un peu dégoûtée, pour ma part, mais pas assez pour baisser les bras. J’avais vécu la même chose avec une autre émission d’Elise LUCET, « Pièces à conviction » (mars 2010, consacrée à la grippe). Mais il y a eu aussi de très bonnes expériences, majoritaires). Fin de la divagation.
    Bref, l’information atteint de plus en plus de monde. Il faut continuer, profiter de ce contexte favorable, où les gens sont plus réceptifs, après plusieurs scandales, et donner de plus en plus d’informations, mais surtout des CATEGORIES EXPLICATIVES permettant aux gens de comprendre ce qui se passe, les risques qu’on leur fait courir, tout ce pour quoi ils paient – dans tous les sens du terme, leur permettant de structurer leurs perceptions et les bouts d’informations qu’ils reçoivent…
    Nous, usagers, ne sommes pas des imbéciles. Informés, nous pourrons comprendre quels sont nos intérêts, ne plus jouer le jeu, puis utiliser ces capacités juridiques décisionnaires que chaque citoyen a en République, afin que de potentielles, elles deviennent réelles, réellement exercées dans le refus de telle ou telle composante du système perverti par la surmédicalisation (par ses causes et le cercle vicieux qu’elles induisent), puis dans l’exigence d’une REFONTE GLOBALE ET RADICALE DU SYSTEME DE SANTE ET DE SOINS, incluant de défaire tout – conventions collectives, paiement à la performance, médecine libérale… – ce qui permet la reproduction d’un système qui n’est pas à l’avantage des patients et usagers.
    Un médecin me reprochait un jour de généraliser, alors qu’il y a des médecins qui n’agiraient pas de la sorte. Je veux bien, mais le problème, c’est que […] la charte de la médecine libérale date des années 20… Les intérêts des usagers et ceux des médecins libéraux divergent de plus en plus et l’immense majorité des syndicats de médecins libéraux – sauf la SMG, chapeau ! – ont signé la convention entérinant le scandaleux PAIEMENT A LA PERFORMANCE, critiqué dans ma réponse à Tiameo Tuarau (après cet article), comme j’avais critiqué le CAPI.
    http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/04/25/programme-du-colloque-surmedicalisation-surdiagnostics-surtr.html
    Je dois partir et n’ai même plus le temps de relire.
    Bref, les difficultés paraissent insurmontables au début, on se dit – et on nous dit – qu’il vaudrait mieux laisser tomber, qu’on perd notre temps, que rien ne changera, etc. Mais on n’a pas le choix, même si l’on prend des coups.
    Comme dit la devise de la Théorie critique: « PESSIMISME THEORIQUE, OPTIMISME PRATIQUE !
    Cordialement,

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  4. Bravo et merci pour cet article majeur! Il est aussi rassurant pour la minorité de ceux dont je suis qui mène ce combat. Mon impression pour comprendre cette marchandisation est qu’il faut aller jusqu’à la définition de la santé par l’OMS (1) la santé n’est plus l’absence de la maladie mais le bien-être total. Que je traduis par un sophisme: « J’existe, je ne suis pas pleinement heureux, donc je souffre. Donc, il y a une explication médicale, psychologique ou spirituelle. » ; ce qui conduit à définir toutes sortes de maladies, de mal-être et leurs causes, repose la question du normal et du pathologique , et impose de se référer en permanence à des normes biologiques, statistiques ou sociales. Nous rejoignons là la conclusion de Canguilhem : « La maladie n’est plus objet d’angoisse pour l’homme sain, elle est devenue objet d’étude pour le théoricien de la santé ». Le prix à payer est donc une marchandisation de nos maux. Or, cette fabrique rassure ! Comme si l’homme d’aujourd’hui s’interrogeant sur son mal être se devait d’être heureux en guettant toutes les maladies qu’il risque d’attraper !
    1- Sur : http://www.euro.who.int/AboutWHO/Policy/20010827_1?language=french
    Bien cordialement
    Dr Philippe Nicot, généraliste, sans lien d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique.

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  5. Bonjour Philippe Nicot,
    Le Pr Béraud vous répondra, s’il le souhaite.
    Quant à moi, quelques remarques:
    Bien d’accord avec vous, d’autant que j’ai parlé de ces aspects (marchandisation, définition de la santé de l’OMS avec la vague notion de « bien-être » ainsi que tout le registre de conséquences, aussi pour le marketing pharmaceutique, etc.) lors du colloque, dans mon introduction, puis dans ma contribution à l’atelier N° 2 (causes de la surmédicalisation)
    J’en avais parlé aussi auparavant, dans des débats et des articles consacrés à ces sujets sur Pharmacritique: voir entre autres les catégories
    -« dépression, antidépresseurs » dans la liste à gauche de la page, avec des articles sur la médicalisation des affects et émotions et leur marchandisation, surtout celle de la dépression;
    – « troubles bipolaires »;
    – « conflits d’intérêts en psychiatrie, DSM », où il est question de tout cela dénonçant l’utilisation du DSM pour créer des vagues « troubles » permettant de vendre des médicaments de confort, des lifestyle drugs, etc. puisque le marketing pharmaceutique s’est emparé de cette notion de « bien-être », tout comme les usagers qui se disent que puisque des pilules du bonheur existent et que la santé, c’est le bien-être, pourquoi ne pas en profiter, en demandant aux médecins de les leur prescrire?
    Il en est question aussi dans cet article détaillé consacré aux antidépresseurs:
    http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/01/30/antidepresseurs-nombreux-risques-pour-une-efficacite-controv.html
    – dans les catégories d’articles consacrés au « disease mongering » et au DSM, à la culture psy, à la normalisation et uniformisation à travers une médecine dont la fonction sociale est dévoyée et qu’elle devient « médecine préventive », « médecine prescriptive » (au sens éthique de ce terme que j’ai forgé pour décrire certains de ces phénomènes), sans oublier la « médecine prédictive »…
    C’est-à-dire des domaines et formes d’action où la médecine est illégitime, qui lui permettent d’étendre sa juridiction, de devenir un outil de contrôle social et d’ingénierie sociale, au point que les normes qu’elle édicte (politiques hygiénistes, normes de comportement, uniformisation des états (psychiques, etc.) socialement admis ou valorisés… Ces normes au départ médicales deviennent des normes sociales, parce qu’elles servent les intérêts d’un système socio-économique dont la surmédicalisation est une traduction parfaite.
    Comme je l’ai dit lors du colloque comme ailleurs, il ne s’agit pas d’un dysfonctionnement du système, mais au contraire, d’un fonctionnement parfait de la logique mercantile néolibérale appliquée au domaine de la médecine et de la santé.
    Si l’on veut lutter contre, on ne peut pas se borner à critiquer et éventuellement agir contre les épiphénomènes, mais il faut identifier précisément toutes les causes – quelle qu’en soit la nature: économique, sociale, idéologique… -, toutes les formes, toutes les intrications systémiques, toutes les structures du phénomène, tous les acteurs et le rôle précis de chacun dans la reproduction de notre pseudo-système de santé, de même que les enjeux et les conséquences.
    Bref, il faut décortiquer tout, décomposer l’ensemble dans ses éléments et suivre ces éléments en diachronie, pour déterminer la façon dont ils se sont agrégés ainsi et pas autrement, les raisons, les déterminations et les mécanismes de cette agrégation, etc. Cette agrégation du système – qui nous donne le complexe médico-industriel actuel et la surmédicalisation – est historique, elle n’est pas logique, ni inscrite dans je ne sais quel ordre des choses; elle n’est nullement « nécessaire », ni naturelle.
    L’historicité de la surmédicalisation et du système dont elle est la traduction en médecine est très importante, car elle nous dit aussi que ce qui s’est produit d’une façon historiquement arbitraire, donc nullement nécessaire, peut aussi être déconstruit, défait, changé radicalement.
    Au plaisir de vous lire.

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