Le livre de Anne Steiger « Une araignée dans le ventre » reprend de façon erronée mon travail sur l’endométriose. Deux parcours et combats différents, voire opposés

Ce texte est un copier / coller (par transfert automatique) de celui publié le 9 mars 2018 sur l’ancien blog Pharmacritique, hébergé par 20 minutes jusqu’au 31 décembre 2019.

La justice aura à se prononcer sur la façon dont Anne Steiger s’est servie de mon travail écrit, la plupart du temps sans me citer, ainsi de tout ce que je lui ai expliqué de vive voix, évoquant tous les sujets qu’elle a ensuite transposés, avec un résultat stupéfiant d’erreurs partout, dans le livre « Une araignée dans le ventre. Mon combat contre l’endométriose ». Livre relu par Marie-Rose Galès et Amandine Magnard et publié, sans relecture scientifique ni vérification des sources, par Émilie Barian des Éditions Autrement. Malgré mes mises en garde.

A part les témoignages, le livre de Anne Steiger est une sorte de version vulgarisée de mon travail, mais erronée au point qu’il soit difficile de trouver des paragraphes corrects.

Anne Steiger utilise, la plupart du temps oubliant de me citer comme source, mes analyses originales, mes choix, l’ordre logique des dimensions à aborder d’une façon qui m’est propre, beaucoup de mes références (telles que revues par moi)… C’est à l’opposé de tout ce qu’elle croyait et affirmait auparavant.

Lors du deuxième RV, en juin 2017, elle reconnaissait à nouveau son ignorance en matière de santé : « de toutes façons, je ne comprends rien à tout ça »; ce qui était évident dans ses remarques et questions.

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Le Dr Knock après neuf décennies. Le prophétisme de Jules Romain

Par le Pr Pierre Biron

(présentation à la fin de l’article)

La petite histoire de la pièce

L’écrivain et dramaturge Jules Romains n’avait pas convaincu la Comédie française, mais quand le comédien Louis Jouvet lut la pièce, il en fut enthousiasmé, lui qui avait été pharmacien avant d’embrasser la scène. Au fil des répétitions, Romains le convainquit d’être lui-même, courtois, sarcastique et sûr de lui. Lors de la création à la Comédie des Champs-Élysées, l’auditoire est si enthousiasmé que le célèbre André Gide s’empresse d’aller féliciter Jouvet dans sa loge. Jouvet s’est investi dans le rôle au point que cette pièce remplira sa carrière comme acteur et scénariste : plus de 1440 représentations et finalement, deux films dont le second lancé en 1951.

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Opérer l’endométriose sous médicaments: échec garanti. Contre-productif, néfaste pour les ovaires et la fertilité, avec des effets indésirables systémiques…

NdR: l’industrie de l’endométriose est une opportunité pour beaucoup… Ce texte a été publié le 17 mars 2017, puis retiré pendant une semaine parce que la naturopathe Chris Martin (« Nana -turopathe ») a tenté d’obtenir la censure de ce texte et de mon livre en libre accès; en plus d’une campagne d’injures, dénigrement, attaques personnelles, calomnies, etc. Les avocats de Anne Steiger ont utilisé menaces (y compris de me traîner en justice), agressivité, insinuations… pour que j’efface tous les textes. Or ils sont toujours là. J’expliquerai tout un jour.

Ce texte devrait être lu par tout le monde, de même que mon livre en libre accès, car il réfute bon nombre de dogmes et idées reçues sur l’endométriose et ses traitements ; il explique la chirurgie d’exérèse, l’intérêt et l’efficacité de diverses techniques et instruments de chirurgie de l’endométriose; l’utilité, l’efficacité et les effets indésirables des diverses classes de médicaments utilisées, expliquant aussi l’impact des conflits d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique et les fabricants de dispositifs médicaux (produits anti-adhérences, etc.); j’y évoque les pratiques, les biais et les conflits d’intérêt des naturopathes, coachs et autres praticiens du complexe naturo-psycho-holistique. Je donne des exemples de désinformation venue d’associations, de stars et d’influenceurs, etc. Et il y a aussi des conseils pratiques et des outils pour apprendre à résister à la manipulation et à la persuasion, donc à déjouer les stratégies de désinformation et de communication d’influence, quelle que soit la source.

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Pétition et lettre exigeant une expertise européenne indépendante sur les agents cancérigènes. Liens dénonçant les conflits d’intérêts des experts et l’industrie du cancer

Le 24 février, la journaliste et documentariste Stéphane Horel – auteure du documentaire et du annie thébaud mony,cancers professionnels,conflits d'intérêts comits d'experts,indépendance de l'expertise,commission européenne conflits d'intérêts,pétition agents cancérigènes,conflits d'intérêts industrie chimique,maladies professionnelles,andré cicolella cancer du sein,dohad,maladie cause environnement,exposition professionnelle cancers,substances chimiques mutagènes,cancers hormonodépendants,endométriose toxiques environnement,puberté précoce perturbateurs endocriniens,cancer perturbateurs endocriniens,perturbateurs endocriniens risques,décapeptyl effets indésirables,maladies hormonodépendantes toxiques,cancer du sein causes,seuil d'exposition substances cancérigènes,santé au travail,médecine du travail,protection santé au travail,lobbying union européenne,cancérigènes mutagènes,toxicité reproductivelivre Les Médicamenteurs ainsi que d’autres documentaires et articles sur les toxiques environnementaux – a publié dans Le Monde une enquête sur les conflits d’intérêts des comités d’experts chargés de l’évaluation des substances cancérogènes en vue de la révision de la réglementation européenne.

A la suite de cet article, une pétition vient d’être lancée par Annie Thébaud Mony (photo), sociologue de la santé, directrice de recherche honoraire à l’INSERM et porte-parole de l’association Ban Asbestos France (Interdire l’amiante). Annie Thébaud Mony a dirigé le Groupement d’Intérêt Scientifique sur les Cancers d’Origine Professionnelle à l’INSERM. Elle a consacré la plupart de son travail à la mise en évidence des risques pour la santé encourus au travail, soulignant le déni par les employeurs comme par les autorités publiques. En 2012, elle a refusé la Légion d’honneur pour « dénoncer l’indifférence qui touche la santé au travail et l’impunité des crimes industriels », protester contre le manque de financements et attirer l’attention sur le sort des victimes de l’amiante et de toutes les maladies professionnelles.

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« Les Médicamenteurs »: vérités et mensonges 6 ans après. Projection et débat à Grenoble

Le documentaire « Les Médicamenteurs », réalisé par Stéphane Horel et commenté dans cette note sur Pharmacritique, a été diffusé pour la première fois en juin 2009. Beaucoup d’annonces ont été faites depuis, surtout en marge de scandales, dont le plus médiatisé a été celui autour du Médiator. Une loi a été adoptée en décembre 2011, des comités et commissions de déontologie et de transparence ont été mis en place, tout comme des initiatives de déclaration des liens d’intérêt, notamment pour les experts auprès des autorités sanitaires.

Alors qu’en est-il six ans après ? Notre système de formation, d’information et de recherche médicales, dont j’ai toujours dit qu’il était fondamentalement et structurellement pharma-amical, a-t-il vraiment changé ? Le journalisme d’investigation mérite-t-il enfin son nom ou ne fait-il que reprendre des sujets qui circulent depuis des années, enfonçant les portes ouvertes par des lanceurs d’alerte qui ne sont pas mentionnés – même pas en petites lettres sur le générique de fin –, alors qu’ils se sont pris plein la figure quand ils ont fait le travail… Cash Investigation – mais aussi Pièces à conviction du temps où Elise Lucet était rédactrice en chef – et Pharmacritique, c’est toute une histoire, avec des sources qui, une fois exploitées, restent invisibles sur les génériques, dans les remerciements, etc., comme ça, le public pense vraiment que c’est l’équipe de journalistes qui a fait de l’investigation poussée (pas celle qui s’arrête aux premiers résultats dans une recherche sur google, prend tout ce qui est dit sur un blog, demande de longues explications à l’auteur, puis oublie de le mentionner…) J’ai beaucoup d’exemples, aussi avec d’autres journalistes, avec des auteurs de livres (médecins compris), de sites, de blogs, etc., et en parlerai le moment venu.

Les pratiques médicales ont-elles changé depuis « Les Médicamenteurs », de façon à prendre en compte les effets indésirables, de les signaler, d’en informer les patients ? La médicalisation – surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements, … – a-t-elle diminué ? Quid des méthodes des « médicamenteurs » qui ne jurent que par les remèdes naturels, dont on n’aurait même pas le droit de demander des preuves d’efficacité, sous peine de passer pour un suppôt de l’industrie pharmaceutique qui s’attaquerait aux faibles défenseurs désargentés de la nature ? Quid du sensationnalisme des journalistes se livrant à des surenchères, cherchant un scandale à dénoncer ?  Quid de la démonétisation de l’alerte, parce que tout et n’importe quoi peut être mis en cause, sur des réseaux sociaux où celui qui gueule le plus fort l’importe, n’en déplaise à ceux qui rêvent d’une « intelligence collective » qui surgirait du web 2.0.

J’ai toujours dit que la transparence sur les conflits d’intérêts n’est qu’une étape dans la lutte visant à éliminer lesdits conflits d’intérêts, et que s’arrêter là-dessus serait illusoire, voire contre-productif. Qu’il s’agissait d’un système de désinformation organisée, dominé par le marketing qui cache l’absence de progrès thérapeutique et l’absence d’innovation, marketing dont il fallait décortiquer les méthodes – méthodes d’influence, de persuasion, tirées des méthodes classiques de lobbying et de communication utilisées partout. Et j’ai donné moult exemples, y compris dans la construction sociale du dépistage organisé du cancer du sein, que je mentionne au vu de la nouvelle campagne de communication qui commence avec « octobre rose » et la « concertation citoyenne et scientifique » annoncée comme une forme de cette « démocratie sanitaire » qu’on nous annonce comme une berceuse pour mieux nous endormir sur le fait que rien n’est fait pour que le système change, structurellement, de façon à profiter à l’intérêt général, à l’intérêt de la santé individuelle et publique, et non pas aux affaires des industriels et de professionnels de santé. Dans la concertation citoyenne sur le dépistage du cancer du sein, autorités sanitaires et autres intéressés dans le maintien du système emploieront à fond ces mêmes méthodes d’influence pour aboutir au résultat voulu – un meilleur taux de participation au dépistage qui ne dépend en rien de la décision citoyenne.

Ai-je eu tort ou raison?  La liste de questions est longue…

La projection des « Médicamenteurs » permet de faire une comparaison sur les points évoqués dans le documentaire, et aussi d’aborder des points qui ne l’ont pas été, compte tenu des limites inhérentes. Ainsi tout ce qui relève de la santé environnementale, des causes et co-facteurs environnementaux, mais aussi de la surprescription – autre facette de la surmédicalisation -, et de l’expertise citoyenne, de l’indépendance des usagers, qui ne doivent pas juste changer de « maîtres », passant de la dépendance à l’égard des médecins ayant des conflits d’intérêts au suivisme et à un rôle de perroquet des médecins indépendants… Etc.

La projection aura lieu le 7 octobre; elle commencera à 20:00, suivie du débat à 21:10. Débat auquel je participerai aux côtés de Philippe Perrin, éco-infirmier, fondateur de Santé Environnement Rhône-Alpes (SERA).

L’annonce détaillée du programme de Sciences en Bobines à Grenoble est sur cette page. L’adresse : Maison des Associations, 6 rue Berthe de Boissieux, Grenoble. (J’apprends au dernier moment que le débat aura lieu 150 mètres plus loin, au Pavillon de Bonne, situé au 50 Bd Gambetta).

Lobbying et conflits d’intérêts: formation organisée par Sciences Citoyennes

Le mardi 21 avril 2015, j’aurai le plaisir de co-animer une session du cycle de formations organisé par conflits d'intérêts formation,cycle formations sciences citoyennes,martin pigeon,efsa lobbying,corporate europe observatory lobbying,elena pasca,conflits d'intérêt typologie,plaidoyer citoyen vs lobbying,transparence conclits d'intérêt,biais conflits d'intérêt,fraude conflits d'intérêt,corruption conflits d'intérêt,conflits d'intérêt santé médecine,méthodes de manipulation,méthodes d'influence,fabrique de l'opinion,manipulation opinion mediaSciences Citoyennes (dont la description et le programme complet sont sur cette page).

[Mes excuses aux lecteurs pour les silences, les absences, l’absence d’articles et de réponses aux commentaires; j’en donnerai bientôt les raisons dans une note à part. Désolée d’annoncer tardivement – ou de ne pas annoncer du tout… – de telles activités pour Sciences citoyennes ou des interventions dans d’autres contextes. Je n’ai jamais été performante en matière de communication. Je n’ai que très peu de temps, alors autant le fructifier dans l’agir et les interventions en tant que telles, et laisser la communication de côté. Il y a une sorte d’auto-publicité qui m’a toujours gênée, comme l’idée de faire une revue de presse, suggérée par des lecteurs. J’invite les lecteurs à s’inscrire à la lettre d’actualités de Sciences Citoyennes et à regarder régulièrement son site. Et puis, les lecteurs s’informent habituellement sur les sites des associations qui organisent les débats, colloques, etc. auxquels je participe. Ces deux dernières années, j’ai travaillé sur d’autres sujets et accumulé des matériaux qui seront utilisés dans des articles à venir.]

Voici la présentation de la formation sur le lobbying et les conflits d’intérêts, que j’aurai le plaisir de co-animer conflits d'intérêts formation,cycle formations sciences citoyennes,martin pigeon,efsa lobbying,corporate europe observatory lobbying,elena pasca,conflits d'intérêt typologie,plaidoyer citoyen vs lobbying,transparence conclits d'intérêt,biais conflits d'intérêt,fraude conflits d'intérêt,corruption conflits d'intérêt,conflits d'intérêt santé médecine,méthodes de manipulation,méthodes d'influence,fabrique de l'opinion,manipulation opinion mediaavec Martin Pigeon du Corporate Europe Observatory (CEO), dont j’apprécie le travail. Le CEO est l’un des membres fondateurs du réseau européen ALTER-EU (Alliance for Lobbying Transparency and Ethics Regulation), dont Sciences Citoyennes fait aussi partie, tout en gardant des différences spécifiques importantes, y compris sur des notions fondamentales telles que le lobbying. Sciences Citoyennes ne se définira jamais comme un lobbyiste et ne s’inscrira jamais dans le registre des lobbyistes, contrairement à bon nombre d’ONG et associations qui jouent un jeu dont les règles sont définies par les lobbyistes, qui mènent ainsi la danse… A Sciences Citoyennes, nous faisons du plaidoyer citoyen, qui se distingue en tous points du lobbying, que ce soit par les objectifs, les méthodes, les moyens, l’absence de concessions, la poursuite de l’intérêt général et non pas d’intérêts particularistes, l’absence de conflits d’intérêts, etc.

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Appel pour une opération Mains Propres sur la santé, présenté lors d’une conférence de presse le lundi 5 janvier 2015 à 11h

Le lundi 5 janvier 2015 à 11 heures aura lieu à la Représentation du Parlement européen à appel opération mains propres sur la santé,michèle rivasi,conflits d'intérêts médecine,prix des médicaments régulation,transparence lobbying conflits d'intérêts,elena pasca,conflits d'intérêts autorités sanitaires,experts conflits d'intérêts,industrie pharmaceutique conflits d'intérêts,prix recherche et développement médicament,réforme visite médicale,surmédicalisation actes inutiles,surconsommation de médicaments,optimisation prescription médicaleParis (288, Bd Saint-Germain) une conférence de presse lors de laquelle sera présenté l’ « Appel pour une opération Mains Propres sur la santé », à l’instar de ce qui s’est fait en Italie à l’orée des années 90.

Une centaine de personnes font partie des premiers signataires de l’Appel : parlementaires de divers horizons, professeurs de médecine, chercheurs, représentants associatifs luttant contre la corruption et pour un égal accès aux soins…
Nous présenterons à cette occasion : l’étude comparative réalisée sur le prix du médicament en France et en Italie ; les situations de conflits d’intérêts patentes des anciens ministres, conseillers ministériels, hauts fonctionnaires, associations du secteur de la santé… et nos propositions de réforme de la politique du médicament en France et en Europe.

En présence de:

  • Michèle RIVASI (députée européenne EELV),
  • Serge RADER (pharmacien, lanceur d’alerte),
  • Philippe EVEN (ancien doyen de la faculté de médecine de Paris et président de l’Institut Necker),
  • Jean-Sébastien BORDE (médecin néphrologue, président du Formindep)
  • Roger LENGLET (philosophe, journaliste, Anticor)
  • Dominique BOURG (philosophe)
  • Elena PASCA (philosophe, Sciences Citoyennes, Pharmacritique)
  • Aline ARCHIMBAUD (sénatrice EELV, vice-présidente de la Commission des Affaires sociales)

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APPEL  POUR  UNE  OPERATION  MAINS  PROPRES  SUR  LA  SANTE

  • Pour en finir avec les conflits d’intérêts
  • Pour réaliser 10 milliards d’euros d’économies en révisant la politique du médicament

Notre République est victime d’une profonde crise démocratique et est sapée par la généralisation de la corruption qui met en péril notre Etat de droit. Ce phénomène se nourrit notamment de la banalisation des conflits d’intérêts, du lobbying institutionnel des multinationales et de la faiblesse des moyens de contrôle démocratique dans l’exécution des politiques publiques.

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Colloque « Alerte, expertise et démocratie », le 17 décembre au Sénat

J’aurai le plaisir d’intervenir lors de ce colloque dont voici l’annonce et le programme détaillé. Mon exposé portera sur les législations et réglementations étrangères (dispositifs juridiques et lois, mais aussi les débats en vue de les changer) en matière d’encadrement de l’expertise, autrement dit, sur les réglementations qui servent de garde-fous, permettent de réprimer les abus et de dissuader les dérapages, qu’il s’agisse de fraudes manifestes, de conflits d’intérêts et leurs conséquences, de corruption sous ses divers aspects, etc.

Il y a beaucoup de modèles juridiques et administratifs dont la France pourrait s’inspirer pour faire évoluer sa législation, sa réglementation et les mentalités archaïques qui perdurent dans notre pays toujours « gouverné » par les corporations (ordres professionnels, syndicats et autres organisations professionnelles, …) et leurs multiples réseaux de lobbying, d’influence et de manipulation. Une manipulation qui vise tout autant les décideurs politiques et administratifs que les citoyens, notamment à travers les techniques communicationnelles, de marketing, de désinformation, de persuasion, de manipulation, bref, toutes les techniques qui fabriquent l’opinion et assurent ainsi le maintien du statu quo.

L’absence de législation, la désinformation, l’instrumentalisation d’un système sclérosé et verrouillé permettent la reproduction du système établi, au prix de quelques ajustements de surface, qui ne sont que des trompe l’oeil. Comme la loi de décembre 2011 sur la sécurité de la chaîne du médicament, comme les accords sur les dépassements d’honoraires et toutes les pseudo-avancées en matière de santé individuelle et publique, etc. Par exemple, rien n’a changé sur l’auto-régulation (sic) des professions de santé (l’ordre des médecins, l’ordre des pharmaciens, etc.) qui fournissent l’expertise d’apparence neutre, car traduite en langage scientifique (cf. cet article pour l’explication), sur laquelle se basent les décisions de santé publique. Dans les faits, cette expertise n’est toujours pas encadrée, elle est toujours aussi arbitraire, régie par des conflits d’intérêts, par des idéologies, et non pas par des cadres scientifiques éprouvés. Ces ordres professionnels échappent toujours à la loi républicaine, alors que leurs activités et exigences sont de plus en plus anachroniques, car contradictoires avec les besoins des citoyens, avec les exigences de raison d’une économie de santé publique. Et les citoyens sont toujours exclus de la décision, toujours condamnés à être les objets passifs des soins – et à payer pour toutes les conséquences pratiques des désordres professionnels et de notre propre inertie. Le changement ne viendra pas des corporations et des ordres qui vivent du système de surmédicalisation sans frein juridique efficace, ni de leurs satellites qui en profitent eux aussi.

Voici l’annonce, le programme et les informations pratiques.

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A qui appartient la santé des Français ? Scandales sanitaires, recherche en panne… Débat le 28 mars à Tours (Sciences en Bobines)

Le festival Sciences en bobines, organisé chaque année par la Fondation Sciences Citoyennes, en est à sa 8ème édition, qui a lieu dans 13 villes. La dernière séance aura lieu le 28 mars à Tours ; elle s’inscrit dans les « jeudis du CNP », puisqu’elle est co-organisé par Sciences Citoyennes et le Cinéma National Populaire. Le CNP est une associatiation (voir son site) qui se veut « un lieu de remise en question citoyenne, d’explication et de décryptage d’une société aux enjeux multiples » ; les événements qu’il organise visent à « mettre à jour l’idéologie qui sous-tend les discours et les actes politiques, économiques, sociaux, culturels du pouvoir ».

Date et lieu : 28 mars à 20 h 00 au cinéma Les Studios, situé au 2, rue des Ursulines à Tours. colloque surmédicalisation,individualisme néolibéral médecine,marché santé pharmaceutique,sciences en bobines tours,fondation sciences citoyennes,elena pasca,surmédicalisation,disease mongering,conflits d'intérêts médecine,cinéma national populaire,marketing vs recherche et développement,lois répression corruption étranger,influence pharmaceutique,stéphane horel,les médicamenteurs,médecine uniformisation différence,médecine normalité,médecine contrôle social,néolibéralisme santé,marketing pharmaceutique,capitalisme médecine,médicalisation de l'existence,médicalisation des émotions

  • 20 h00 : projection du documentaire de Stéphane HOREL, « Les Médicamenteurs »
  • 21 h 00 : débat avec Elena PASCA, philosophe, membre du CA de Sciences Citoyennes, administratrice du blog Pharmacritique.

Elena Pasca fera d’abord une introduction complétant et actualisant les thématiques abordées dans le documentaire « Les Médicamenteurs ». Cette introduction sera suivie d’un débat avec la salle, au cours duquel Elena Pasca répondra aux questions et développera certains points. 

Sur cette page, vous trouverez des informations pratiques (plan d’accès au cinéma Les Studios…). Une participation aux frais de 4 euros est demandée par le co-organisateur, Le Cinéma National Populaire.

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Voici un court texte introductif que j’ai fait en reprenant certains leitmotivs de mes articles et interventions lors de débats et auditions ainsi que dans les media.

Je poserai les jalons de la discussion avec le public en identifiant les problèmes majeurs du système de santé et de soins, à commencer par la médicalisation (des émotions, des états physiologiques, des étapes de la vie), surmédicalisation, conflits d’intérêts, disease mongering/façonnage de maladies, rhétorique de la prévention…).

Puis je parlerai des spécificités de l’oligopole que forment les multinationales pharmaceutiques et esquisserai le contexte socio-historique et idéologique (surtout le néolibéralisme…) qui a rendu possible l’avènement d’un système déformé de part en part par la surmédicalisation. S’agissant plus spécifiquement de l’influence de l’industrie pharmaceutique – qui a atteint un degré tel que l’on parle désormais de « ghost management » (gestion invisible, mais omniprésente) du système de formation, de recherche et d’information médicale -, je reviendrai sur les changements structurels induits par l’évolution du marché: la panne de l’innovation et l’absence de progrès thérapeutique (exemples à l’appui pour ces dernières années), expiration des brevets de nombreux blockbusters, nécessité de s’adapter à l’explosion du nombre de maladies chroniques et de maladies neurodégénératives, nécessité de trouver d’autres façons de garantir les profits, d’où la prédominance du marketing et l’inversion entre marketing et recherche et développement.

D’où aussi la publicité faite pour des médicaments et des actes médicaux sans utilité médicale, mais désormais acceptés socialement (médicaments de confort / lifestyle drugs), interventions de confort, médecine et chirurgie esthétique, interventions visant à booster/renforcer la performance, voire le corps tout entier, alors que la société est de plus en plus perméable à des thèses telles que celles des transhumanistes…

Nous sommes tous co-responsables de laisser se reproduire – au prix d’actualisations minimes, de colloque surmédicalisation,individualisme néolibéral médecine,marché santé pharmaceutique,sciences en bobines tours,fondation sciences citoyennes,elena pasca,surmédicalisation,disease mongering,conflits d'intérêts médecine,cinéma national populaire,marketing vs recherche et développement,lois répression corruption étranger,influence pharmaceutique,stéphane horel,les médicamenteurs,médecine uniformisation différence,médecine normalité,médecine contrôle social,néolibéralisme santé,marketing pharmaceutique,capitalisme médecine,médicalisation de l'existence,médicalisation des émotionssurface, ce système qui traduit la logique mercantile et les dogmes de l’individualisme néolibéral, y compris dans ce segment de marché qu’est la santé marchandisée. Nous sommes tous responsables de nous conformer en acceptant la médicalisation de notre existence, en acceptant la « correction médico-pharmaceutique » qui nous uniformise, nous met au pas, nous normalise et extirpe la différence.

Passés par l’interventionnisme médical omniprésent, les individus – qui pensent, qui plus est, que la médicalisation est l’expression d’un droit et de la démocratisation de l’accès égalitaire aux soins, finissent potentiellement interchangeables; ils sont uniformisés en tant que force de travail dont la maintenance est assurée par la médecine, comme ils sont uniformisés par d’autres segments du marché néolibéral, qui les gardent et entretient leur force de travail (entertainment, Unterhaltung…) dans l’enclos de l’industrie des loisirs, elle aussi passive et ne demandant que de s’y conformer sans penser, sans exercer l’esprit critique qui pourrait permettre une distance critique par rapport au système. De fausses solutions sont créées par le système lui-même, comme les médecines alternatives (médecines douces, etc.), qui donnent l’impression d’être hors système, voire contre le système, alors qu’elles reposent sur la même logique de médicalisation (tout problème relève de la médecine (ou d’un substitut) et a donc une solution médicale (ou homéopathique, etc.).

Je donnerai quelques pistes pour indiquer des solutions possibles.

J’insisterai particulièrement sur les dispositifs étrangers peu connus, voire inconnus en France (lois, réglementations et dispositifs permettant de réprimer et de dissuader la fraude, la corruption, les conflits d’intérêts, mais aussi d’autres lois protégeant les lanceurs d’alerte et servant de garde-fous pour garantir un minimum d’indépendance de l’expertise en médecine et en santé publique).

Puis je parlerai des médicaments essentiels et donnerai des exemples de campagnes telles que Choosing wisely, Essential Health Benefits, Selling Sickness…), qui tentent de résoudre certaines dimensions de la surmédicalisation et du mésusage (underuse, overuse, misuse…) des médicaments, bref, de tout ce qui s’oppose à un usage rationnel des médicaments et des actes médicaux dans le cadre d’une médecine raisonnée.

Tous ces thèmes sont abordés en détail dans les centaines d’articles que j’ai publiés sur le blog Pharmacritique et ailleurs. Le colloque qui a eu lieu les 27 et 28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny, « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », a été consacré à certaines de ces thématiques. La deuxième édiction aura lieu les 3 et 4 mai sous le même titre, organisé toujours par le groupe Princeps, dont je fais partie. J’aurai le plaisir d’animer un atelier sur le disease mongering/façonnage de maladies et d’y faire un exposé. Retenez la date. Je donnerai plus de détails sur les ateliers dans l’appel à contribution, posté bientôt.

Elena Pasca

Expertise et conflits d’intérêts: les deux bouts de la même lorgnette? (Débat le 4 février)

Dans le programme de l’Association des Amis du Monde diplomatique (voir son site): prochaine amis_md_LOGO.jpgconférence à la scène nationale de la Rose des Vents (Boulevard Van Gogh à Villeneuve d’Ascq, métro Hôtel de ville)

Lundi 4 février à 20h:
Expertise et Conflits d’intérêts : les deux bouts de la même lorgnette ?

Avec

  • Elena PASCA, philosophe, administratrice à la Fondation Sciences Citoyennes, animatrice du blog « Pharmacritique »
  • Renaud LAMBERT, journaliste, rédacteur en chef adjoint au Monde diplomatique, membre de l’observatoire des médias ACRIMED

« La presse se targue d’inviter les meilleurs experts pour parler de l’actualité. Nos élus font de même avant d’imposer une décision forcément éclairée. C’est aussi le cas de nos grands entrepreneurs pour ouvrir de nouveaux marchés. Ces experts occupent aujourd’hui des positions stratégiques. Les conflits d’intérêts ne sont pas loin lorsque qu’un économiste universitaire, membre d’un conseil d’administration d’une institution financière, peut servir la même soupe aux trois secteurs précédents. Que dire aussi de médecins affiliés à de grandes entreprises pharmaceutiques, qui se trouvent en même temps dans des organismes de veille sanitaire ou du médicament. Parfois, le réseau d’influences est tellement étendu qu’on parle de « ghost management » : une gestion invisible mais omniprésente. Ce réseau s’exerce de la conception à la réalisation de recherches, jusqu’aux applications techniques et à l’information du public comme des professionnels.
Pour avoir des expertises indépendantes, et donc une réduction des risques, ne faut-il pas mettre en œuvre une déontologie de l’expertise ? Les citoyens ne doivent-ils pas exiger un cadre législatif et juridique qui protège leurs intérêts et leur assure une information transparente et complète sur les conflits d’intérêts ? »

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Merci à Bertrand Bocquet et à toute l’équipe Lille et Nord de l’Association des Amis du Monde Diplomatique chargée de l’organisation, de l’accueil, du programme de débats, etc. 

Lois et moyens de répression et de prévention des conflits d’intérêts : audition par le comité de déontologie de l’Anses

Le 23 mai et le 20 juin, j’ai été auditionnée, au nom de Sciences Citoyennes et pour mes autres comité de déontologie anses,anses conflits d'intérêt,conflits d'intérêts lois,lois etats-unis industrie pharmaceutique,false claims act,elena pasca,corruption médecine lois,procès états-unis industrie pharmaceutique,lanceurs d'alerte lois,poursuite bâillon slapp,biais médecine,experts indépendants,expertise santé conflits d'intérêt,audition conflits d'intérêt,expertise citoyenne médecine,loi sécurité médicamentactivités, par le Comité de déontologie et de prévention des conflits d’intérêts de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Le Comité est présidé par le philosophe Pierre Le Coz, par ailleurs vice-président du Conseil national consultatif d’éthique ; parmi ses membres, détaillés sur cette page, figure l’excellente juriste Marie-Angèle Hermitte, co-auteure de la proposition de loi sur la déontologie de l’expertise et la protection des lanceurs d’alerte (sur cette page du site de Sciences Citoyennes). Je salue l’ouverture de l’Anses au dialogue avec la société civile et à l’expertise citoyenne.

Au total, il y a eu à peu près quatre heures et demi d’audition : exposés suivis de réponses aux questions et de débats avec les membres du comité. Le sujet que j’ai abordé in extenso concerne les dispositifs législatifs et administratifs en vigueur à l’étranger – en particulier aux Etats-Unis, mais aussi en Grande-Bretagne et les débats en Allemagne -, qui permettent de réprimer les abus de l’industrie pharmaceutique et les conséquences des conflits d’intérêts, de la désinformation, etc. Base juridique des divers types de procès intentés aux Etats-Unis – grâce auxquels nous obtenons des informations jusque-là confidentielles -, ils servent aussi de moyens de dissuasion.

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Proposition de loi Ecolo Groen : dispositifs de régulation des conflits d’intérêts et déontologie de l’expertise (registre national de l’expertise, Conseil supérieur de l’expertise…)

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Le 20 janvier 2012, j’ai participé, au nom de la Fondation Sciences Citoyennes (FSC) à une journée de débats sur les moyens de renforcer l’expertise indépendante, organisée au Parlement fédéral belge par les députés Thérèse SNOY (voir son site) et Jacques MOREL. (Le programme est accessible sur cette page, avec la liste des intervenants de la matinée. L’introduction et les diaporamas des intervenants sont sur le site d’Ecolo Groen).

Après les interventions du matin, l’après-midi a eu lieu une table ronde avec des représentants des institutions belges intervenant en santé publique, avec une responsable d’une fédération belge de consommateurs et avec Leo NEELS, le patron du syndicat patronal de l’industrie pharmaceutique belge Pharma.be (homologue de Christian Lajoux, du LEEM français). 

Les discussions ont porté surtout sur les conflits d’intérêts et les procédures institutionnelles de leur « gestion » – terme qui ne veut rien dire -, dans un esprit d’autocongratulation que l’on connaît en France aussi: dès qu’il y a un embryon de déclaration des liens d’intérêts, les représentants des institutions interrogées considèrent que le système fonctionne très bien, que le problème des conséquences des conflits d’intérêts a été réglé… Or, comme je l’ai dit souvent, lors de divers débats, sur Pharmacritique, mais aussi à travers des communiqués de Sciences Citoyennes sur le double tranchant de la transparence, celle-ci ne résout rien, mais contribue au contraire à légitimer et banaliser les conflits d’intérêts et les jeux d’influences et groupes de pression, comme s’ils étaient une composante inéluctable et indépassable du jeu démocratique et des pratiques scientifiques… Bref, « la déontologie de l’expertise ne se limite pas à la déclaration des conflits d’intérêts » (communiqué de presse de la FSC du 5.01.2010).

Rappelons que, à l’aide d’un groupe d’experts multidisciplinaires, Sciences Citoyennes a rédigé une proposition FSC logo.jpgde loi sur la déontologie de l’expertise et la protection de l’alerte, prévoyant la création d’une Haute autorité de l’expertise et de l’alerte, aux prérogatives décrites dans le texte. Ces prérogatives recoupent en partie celles que les députés écologistes belges (Ecolo Groen) attribuent au Conseil supérieur de l’expertise dont ils demandent la création.

Leurs propositions sur la déontologie de l’expertise vont dans le même sens que celles de Sciences Citoyennes. Espérons qu’en France aussi, des hommes politiques donneront plus de place à l’expression non tronquée de l’« expertise citoyenne », créeront des formes de démocratie participative telles que les conventions de citoyens – autre proposition phare de la FSC – pour permettre une décision citoyenne éclairée, en connaissance de cause, sur tous les enjeux scientifiques et technologiques. 

Voici le communiqué de presse très détaillé des députés Ecolo Groen à l’origine de la proposition de loi :


« Ecolo-Groen dépose une proposition pour veiller à l’indépendance de l’expertise scientifique dans les matières de santé publique et d’environnement »

L’objectif : Rendre de la légitimité à nos institutions de santé publique en évitant les conflits d’intérêts de nos scientifiques 


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« Quand la complicité médico-pharmaceutique dévoie le savoir médical », par Pierre Biron

Quand la complicité médico-pharmaceutique dévoie [1] le savoir médical Pierre Biron,conflits d'intérêts médecine pharmaceutique,corruption médecine pharmaceutique,surmédicalisation surmédicamentation,industrie pharmaceutique influence critiques,expertise médicale indépendance influence,leader d'opinion médecine industrie pharmaceutique,Pierre Biron conflits d'intérêt médecine,pierre biron pharmas-co-dépendance,façonnage de maladies disease mongering,maladies inventées vendeurs de maladies

 

Par le Pr Pierre BIRON *

 

À l’époque de Louis XIV, le roi prenait comme maîtresses et honorait des faveurs de la cour les filles de grandes familles puissantes qui auraient pu faire ombrage à son pouvoir quasi absolu ou le contester; ainsi, toute cette famille était pour ainsi dire neutralisée[2].

Aujourd’hui, l’industrie des produits médicaux accorde ses faveurs et appuie l’ambition professionnelle d’une poignée de leaders d’opinion de spécialités médicales au grand pouvoir de prescrire; ainsi, toute la spécialité est pour ainsi dire neutralisée. De la cardiologie à l’oncologie et la diabétologie en passant par la psychiatrie, la pédiatrie, la gériatrie et la médecine générale, tout dépend des profits escomptés. Ainsi, les infectiologues sont peu courtisés, car l’industrie délaisse la recherche en antibiothérapie; ce n’est pas assez payant, les patients guérissent souvent et après quelques années de commercialisation, la résistance bactérienne s’installe.

Les experts qui cèdent à la tentation de devenir des leaders d’opinion – de méchantes langues les surnomment dealers d’opinion – peuvent acquérir une grande renommée, exercer beaucoup d’influence sur leurs pairs, siéger sur des comités qui rédigent les recommandations cliniques (clinical guidelines) aux prescripteurs, arrondir leurs fins de mois, conseiller les assureurs publics, paraître comme auteurs d’articles pas toujours écrits par eux-mêmes. Et mener à des dépenses inutiles sans pour autant améliorer tangiblement la santé.

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« Santé: moraliser la politique du médicament ». Conférence de presse d’Eva Joly. Commentaires sur le complexe médico-industriel, politique et médiatique

En raison des dramatiques événements de Toulouse (et Montauban), la conférence de presse est reportée. Je vous informerai le moment venu.


J’ai été sollicitée par trois femmes, Eva JOLY, Michèle RIVASI et Aline ARCHIMBAUD, dont j’admire eva joly santé médicament,michèle rivasi santé médicament pharmaceutique,europe écologie les verts santé médicament,elena pasca,conflits d'intérêts médecine médicament loi,prix médicaments france europe,progrès thérapeutique autorisation de mise sur le marché,lobbying politique industrie pharmaceutique les verts,accès aux soins programme politique,coûtefficacité médicament,médecine prédictive médecine préventive,prévention dépistages cancer critique,media lobbying influence,experts conflits d'intérêt biais médecine,leo neels,écologie politique santé médecine médicament,prix médicament coût recherche développementl’intégrité et l’engagement, pour apporter une dimension d’ « expertise citoyenne » et de voix de la société civile lors d’une conférence de presse le mercredi 21 mars (détails à la fin) sur les moyens de « moraliser la politique du médicament », c’est-à-dire dans un domaine où la société civile et le débat citoyen sont marginalisés, voire exclus.

Habituellement, les professionnels de santé considèrent la santé – et surtout le médicament – comme une chasse gardée, réservée aux « techniciens » et aux « industries » de la santé. (Le terme même, appliqué à la santé, devrait choquer et interpeller…) Et les hommes politiques basent leurs décisions sur des expertises exclusivement techniciennes… Il faut ajouter à cela les agences de communication et les media. Ceux-ci n’ont pas fait leur travail d’investigation sur les médicaments et les abus des industriels et des leaders d’opinion (professionnels ou associatifs), mais ont toujours excellé dans la présentation des « découvertes » scientifiques et médicales, divinisées comme si toute nouveauté technoscientifique était un progrès thérapeutique et un progrès humain. Maintenant, ces mêmes media chassent le scoop, faisant la une dès qu’on parle d’un effet secondaire, comme si c’était une découverte qu’un médicament – le tramadol ou un autre – était à prescrire avec prudence, par exemple… Ces mêmes media n’ont pas changé dans leur rôle de courroie de transmission au service des intérêts productivistes des lobbies qui les possèdent en majorité…

Prenez les hommes politiques avec leurs conflits d’intérêts (sur tous ces sujets, voir les articles à partir de la liste alphabétique à gauche), les chercheurs et médecins avec les leurs, les media oscillant entre ignorance et vulgarisation toujours irréfléchies, et placez-les dans un système structurellement construit de façon à profiter aux industriels, où l’industrie pharmaceutique exerce un ghost management sans faille (voir cet article et celui-ci), c’est-à-dire une gestion invisible, mais omniprésente de tous les aspects et à tous les niveaux du système de recherche, de formation et d’information médicales – et vous aurez les principaux acteurs du microcosme de marionnettes de l’industrie qui est responsable du marasme actuel des choses. C’est un état dont on commence à peine à deviner l’étendue (des dégâts), que j’essaie d’esquisser et de dénoncer depuis que Pharmacritique existe.

Cette sollicitation d’une expertise citoyenne de l’extérieur d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), sans instrumentalisation politique ou autre, car totalement désintéressée, rompt avec les « traditions » du petit cercle exclusif des décideurs politico-sanitaires, avec leurs communicants et leurs conseillers plus ou moins intéressés, qui se fréquentent, fomentent des plans de carrière et forment des chapelles. C’est pour cela que j’ai accepté, alors que je ne fais pas partie d’Europe Ecologie les Verts (et d’aucun parti politique, d’ailleurs).

 

Au fil des ans et de mes participations régulières à des débats et colloques – cinq ces mois-ci, que je n’ai pas eu le temps d’annoncer -, et sans parler des discussions sous une autre forme et des sollicitations auxquelles je n’ai pas pu donner suite, j’ai remarqué toutefois que les écologistes sont plus ouverts au débat. Je pense surtout à la dimension de démocratie participative, avec le débat citoyen, avec cette ouverture à l’« expertise citoyenne » et à une « science citoyenne » qui irritent les professionnels, prompts à les déclarer illégitimes…

Pourtant, je ne cesse de rappeler, dans une terminologie qui paraît surannée, qu’en République, c’est le débat citoyen dans l’espace public politique qui permet, par abstraction successives des particularismes (de type appartenance à un parti politique, etc.) de dégager des intérêts universalisables, donc des intérêts qui dépassent tout corporatisme. Aucun corps intermédiaire – de type « ordre » (des médecins, etc.) ou corporation… – ne doit confisquer ce débat et la décision, ni ne peut prétendre représenter les citoyens. Je l’ai dit et redit dans ces pages.

Certes, on ne fera pas les prescriptions à la place des médecins, ni les recherches à la place des chercheurs. L’expertise citoyenne, ce n’est pas cela, n’en déplaise à ceux qui sèment la confusion pour la discréditer et tenter de s’en débarrasser pour garder l’exclusivité des cercles « sachants » traditionnels, sans droit de regard des citoyens, réduits au rôle de cobayes pour les produits des éprouvettes des divers industriels, fabriqués selon les cahier de charges de ces derniers: brevets et profits immédiats, avec l’impératif de soigner la santé financière des multinationales.

Ce type de discours rejetant l’expertise citoyenne revient régulièrement, et je l’ai entendu, avec des arguments qui paraissent solides à première vue, aussi dans l’exposé de Denis ZMIROU-NAVIER, professeur de santé publique à la Haute Ecole de Santé publique de Nancy. Nous étions les deux seuls Français participant au colloque sur les moyens de renforcer l’indépendance de l’expertise en santé publique, organisé par les députés écologistes belges Thérèse SNOY et Jacques MOREL le 20 janvier au Parlement fédéral belge (voir le programme détaillé). J’y reviendrai en détail, car il est révélateur de voir comment son raisonnement arrive, de proche en proche, à banaliser les conflits d’intérêts, définis de façon très large, ce qui lui permet de dire que nous aurions tous des liens, des dépendances, des intérêts, des conflits d’intérêts, y compris par la simple adhésion à une association… On voit que le rejet de l’expertise citoyenne a des raisons autres que celles qui paraissent évidentes, ainsi que des conséquences. Lorsqu’on assimile et qu’on met sur le même niveau l’engagement bénévole et désintéressé, sans conflit d’intérêts, d’un citoyen au sein d’une association indépendante et le « lien » d’un expert payé par des industriels pour faire passer leurs intérêts avant ceux de la santé publique, cela revient à neutraliser le danger et les conséquences des conflits d’intérêts, à les banaliser et les légitimer, à assimiler lobbying et plaidoyer citoyen…

J’ai répondu à cela, non pas par des discours théoriques, mais par des faits et des arguments chiffrés. Je pense avoir montré qu’un citoyen de base peut parler médicament. Une fois dans mon exposé de la matinée, portant sur des lois étrangères – surtout aux Etats-Unis, mais aussi en Grande-Bretagne et en Allemagne – permettant de réprimer et de dissuader les abus des industriels en matière de corruption, de conflits d’intérêts et de leurs conséquences, en matière de produits défectueux, mais aussi à d’autres niveaux tels que l’accès à l’information, le recours des victimes, etc. L’exposé portait aussi sur certains dispositifs juridiques et institutionnels pouvant servir d’exemple pour améliorer plusieurs niveaux dans la chaîne du médicament. Puis en répondant à des questions, mais surtout dans mon intervention de l’après-midi, lorsque j’ai interpellé de façon argumentée Leo NEELS, dirigeant du syndicat patronal de l’industrie pharmaceutique belge (Pharma.be), l’homologue de Christian LAJOUX, patron du LEEM français (Les Entreprises du médicament) et PDG de Sanofi France. Je raconterai les détails, ils sont édifiants.

 

L’expertise citoyenne sur les médicaments ne consiste pas à vouloir en prescrire, ni mélanger les éprouvettes et se substituer aux experts, comme dans les cauchemars des scientifiques et des médecins grevés de conflits d’intérêts et craignant qu’on vienne leur demander des comptes, ou même dans les cauchemars de ceux qui n’ont pas de conflits d’intérêts, mais ont besoin d’invariants, d’un ordre bien défini, d’une hiérarchie et de cases que le « forum hybride citoyen » viendrait bouleverser comme l’entropie en thermodynamique…

Le citoyen de base peut – et doit – débattre et décider s’agissant du rôle du médicament et des industries de santé, s’agissant de tout ce qui biaise la chaîne du médicament (discours marketing sur le médicament, entre autres, qui pousse à la surmédicalisation et à la surconsommation), s’agissant de tout ce qui induit des conflits d’intérêts, des biais et des influences sur le comportement des prescripteurs et des patients…

Les sujets ne manquent pas, et nous ne devons pas rester dans le rôle de cobayes, subissant ce que d’autres ont décidé de nous faire consommer. Nous pouvons agir déjà par un bulletin de vote, par le soutien aux sources d’information indépendantes, par une autoréflexion et en développant notre esprit critique – ce qui nous sera utile au-delà de la préservation de notre santé face à toute cette « prévention » médicamenteuse et à une médecine dévoyée de son rôle et devenue de plus en plus, avec notre complicité tacite :

– prescriptive : au sens prétendument éthique, comme lorsqu’elle normalise les être humains, uniformise et standardise, extirpe la différence dans les comportements (la psychodiversité…), devient un moyen de contrôle social et un gardien de l’ordre, en utilisant divers moyens qui vont des camisoles chimiques aux préceptes comportementaux déplacés ;

– préventive : en particulier par la prévention réduite au médicament (donc dans l’intérêt des industriels), ainsi qu’à des dépistages réguliers dont bon nombre n’ont pas lieu d’être (cancer du sein, cancer de la prostate…) et font plus de mal que de bien. La médecine devrait soigner lorsqu’il y a maladie, pas imposer la consommation de médicaments au cas où, sait-on jamais, il y aurait maladie à l’avenir… Et la prévention devrait être limité au seul domaine où elle est efficace : éducation, information sur les comportements à risque, sur les modes de vie et les modifications à apporter en cas de problème, sur les expositions professionnelles ou autres à des produits dangereux, etc. Mais ici, on touche aussi aux inégalités socio-économiques en santé, car la vraie prévention devrait passer par là : l’amélioration des conditions de vie, d’habitat, d’alimentation, de travail… Et même l’accès égalitaire aux soins ne réglera pas ces problèmes-là. Et il est plus facile – et en plus rentable pour les industriels et moins coûteux pour l’Etat, mais seulement à première vue – de prescrire des médicaments que de résoudre les problèmes induits par la pauvreté…

– prédictive (au moyen du « tout génétique », par exemple, comme au moyen de divers marqueurs pour dépister des maladies de plus en plus tôt, même s’il n’y a pas de thérapeutique. Comme dans la maladie d’Alzheimer, où savoir à 20 ans que l’on souffrira (peut-être) plus tard de cette maladie ne peut qu’induire une énorme souffrance psychologique, voire détruire une vie… Bonne élève du marketing pharmaceutique et intéressée à l’être, la médecine a développé beaucoup de moyens de médicaliser des bien-portants et pousser à la consommation de médicaments aussi en jouant à Madame Soleil (puisque les moyens utilisés sont tout aussi scientifiquement fondés que le tarot de cette dernière, qui avait de plus l’avantage d’être plus poétique…).

 

Et lorsque ni la génétique ni les marqueurs ne permettent de transformer une personne en bonne santé en malade consommateur de médicaments, il y a toujours le disease mongering (façonnage de maladies, invention et redéfinition de maladies, voir les articles) : les médecins en inventent pour tous les goûts, pour tous les modes de vie (lifestyle drugs…, médicaments et actes médicaux de confort…), pour toutes les étapes de la vie (ménopause, baisse de la fonction érectile, vieillissement en général…), pour toutes les demandes sociales (dresser les enfants en les déclarant hyperactifs ou les adolescents en « trouble de désobéissance », camoufler le mal-être socio-économique en le psychologisant en dépression ou d’autres « troubles » mentaux. Le nombre de ces derniers est passé de 106 en 1952, lors de la première édition du DSM, à plus de 350 dans la quatrième édition du DSM (Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux)…

La description de David SACKETT de la médecine préventive s’applique parfaitement aussi à son dévoiement en médecine prédictive et prescriptive. Son article paru en 2002 dans le CMAJ (Canadian Medical Association Journal) sous le titre The Arrogance or Preventive Medicine est une lecture fort instructive pour comprendre comment le système pousse structurellement la médecine vers des rôles qui ne sont pas les siens – et que nous ne devons pas accepter. Nous ne devons pas accepter son arrogance, son agir présomptueux et impérieux, les préceptes qu’elle n’a aucune légitimité à formuler, son incapacité à reconnaître ses limites et à accepter la critique, son rôle de rouage dans la machinerie du profit industriel, avec les médecins comme exécutants et victimes consentantes.

Or notre passivité rend possible la reproduction de ce système, avec des adaptations minimes et des mesurettes cosmétiques lorsque cela déborde : ainsi, la loi de Xavier BERTRAND sur le sécurité de la chaîne du médicament apporte quelques mesures dues de longue date, mais sans rien changer à la nature structurellement pharma-amicale de notre système de santé et de soins. Une excellente communication autour de cette loi l’a fait paraître révolutionnaire, alors que seules les apparences changent, comme je l’ai dit dans un communiqué détaillé de la Fondation Sciences Citoyennes, et dans un autre article détaillant les mesures et les sanctions prévues, ainsi que la position ambiguë l’Ordre des médecins. Paul JANIAUD a lui aussi souligné d’autres « oublis inquiétants » dans la loi.

 

Nul besoin d’être professionnel de santé pour parler de cela. Et le citoyen lambda a même l’avantage de ne pas vivre de ce système, de ne pas y contribuer, de n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Elena Pasca

***

Voici l’annonce de la conférence de presse, qui aura lieu le mercredi 21 mars de 15 h à 16 h à cette adresse : IREMMO, 5, rue Basse des Carmes, 75005 Paris

 

SANTE : IL FAUT MORALISER LA POLITIQUE DU MEDICAMENT

En présence de :

  • Eva JOLY, candidate Europe Ecologie Les Verts à l’élection présidentielle
  • Michèle RIVASI, députée européenne EELV  
  • Aline ARCHIMBAUD, sénatrice EELV de la Seine-Saint-Denis
  • Elena PASCA, philosophe, créatrice du blog Pharmacritique, membre du CA de Sciences Citoyennes

 

« Les coûts en santé ont explosé ces dernières années. Aujourd’hui, entre 25 et 35% de la population renonce à se soigner, faute de moyens. En cause : dépassement d’honoraires, franchises, tarifications à l’acte… Mais également médicaments de plus en plus chers. Les français dépensent en effet entre 4 et 8 fois plus qu’il y a 25 ans pour leurs médicaments, alors que ces derniers ne sont pas plus efficaces. En effet, le progrès thérapeutique stagne depuis une quinzaine d’années. En l’absence d’une analyse coût/efficacité et d’une autorisation de mise sur le marché exigeant la supériorité des nouveaux médicaments, l’on peut compter sur les doigts d’une main les médicaments vraiment novateurs, parmi les centaines autorisés chaque année en France. Et pourtant, les profits pharmaceutiques augmentent, et les restes à charge des patients, aussi…

Comment en sommes-nous arrivés là? Quel rôle jouent aujourd’hui les industries pharmaceutiques, leur marketing, leur lobbying et leurs stratégies? Pourquoi les citoyens sont-ils les premières victimes de cette politique opaque? Comment réaliser des économies dans ce secteur? En quoi le programme de la candidate écologiste pourra répondre à ces questions?

Réponses le 21 mars prochain. »

Conflits d’intérêts, marasme éthique, influence pharmaceutique… Menaces sur la médecine (Roy Poses et Health Care Renewal)

Par ses activités, prises de positions et analyses, le Dr Roy Poses est l’une des principales Roy Poses,health Care renewal,conflits d'intérêts médecine industrie pharmaceutique,éthique médicale déontologie professionalisme,médecine conflits d'intérêts profit commerce,leaders d'opinion médecine,recherche médicale manipulation,formation médicale continue influence pharmaceutique,médecine universitaire influence pharmaceutique,facultés de médecine management gestion commerciale,lanceurs d'alerte médecine risques,ghostwriting information médicalefigures de la résistance aux influences et manipulations de l’industrie pharmaceutique. Depuis 1994, il est professeur associé de médecine à l’Université de Brown (Etats-Unis), l’une des plus réputées du pays. Depuis 1999, il est aussi professeur associé de médecine interne à la Virginia Commonwealth University.

Il a fondé et préside la Foundation for Integrity and Responsibility in Medicine (FIRM).

Roy Poses est le fondateur et principal auteur du meilleur blog / site sur le complexe médico-industriel : Health Care Renewal. Parmi les thèmes abordés sur ce blog très documenté figurent : le marasme éthique et moral en médecine ; la perte du professionnalisme (au sens anglo-saxon, qui met l’accent sur la déontologie et sur les modalités d’application d’un savoir technique, dont la simple maîtrise théorique n’est que le degré zéro) ; la dévalorisation des valeurs éthiques en médecine au profit d’un appât du gain croissant ; la dégringolade morale de la médecine universitaire (et pas seulement…); les diverses formes de corruption, conflits d’intérêts et lobbying et leurs conséquences ; les leaders d’opinion et autres formes d’asservissement à l’industrie pharmaceutique ; les influences, manipulations et biais plus ou moins directs de l’industrie pharmaceutique à tous les niveaux (formation initiale et formation médicale continue, presse et information médicale en général, recherche clinique…).

Le blog Health Care Renewal s’est imposé comme LA meilleure référence internationale sur ces sujets, sans aucun équivalent français comparable. Au lieu d’une longue introduction, j’ai choisi de traduire un texte qui illustre le registre très large de sujets abordés sur Health Care Renewal, principalement par Roy Poses.

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Un système de santé pourri par les conflits d’intérêts et un lobby médico-industriel omniprésent

J’ai évoqué plusieurs fois l’excellent blog Health Care Renewal et aimerais remercier son fondateur et principal auteur, le Dr Roy Poses, d’avoir publié le 14 septembre mon texte « Mediator, symptom of a broken French system » (Médiator, symptôme d’un système français cassé / en faillite/ en ruines…).

Le scandale du Médiator est juste un point de départ, un épiphénomène de défaillances structurelles à tous les niveaux. Quelques jours après l’annonce du projet de loi d u ministre Xavier Bertrand, qui n’apporte aucune réponse structurelle, juridique et législative, donc ne changera rien à un système intégralement pharma-amical, j’ai voulu faire une description des grandes lignes du système français de santé et de soins. Montrant comment il est pourri entièrement par les conflits d’intérêts, depuis la tête de l’Etat (Nicolas Sarkozy) jusqu’aux acteurs individuels (professionnels de santé disposant d’un lobby très puissant qui influence les décisions, patients suivistes et sans esprit critique…).

Le texte est écrit pour des lecteurs nord-amérciains, en particulier des Etats-Unis, donc à l’aide de certains exemples et comparaisons des deux systèmes, avec aussi quelques exemples européens, surtout sur le plan des dispositifs législatifs et juridiques, qui seraient essentiels pour réprimer et dissuader les abus de toute sorte. Lors de nombreux échanges avec des professionnels de santé étrangers, de plusieurs pays, j’ai constaté à quel point ils se faisaient des illusions sur le système français de santé, tenu par beaucoup pour un modèle de « médecine socialisée ». L’existence d’une couverture-maladie (régime publique de Sécurité sociale et CMU) fait illusion et empêche une analyse approfondie, qui montrerait que la logique néolibérale et ses outils, la logique de compétition et de marché, l’emporte largement. Généralement, on ne la perçoit même pas, peut-être à cause des apparences républicaines et de protection étatique. Ou alors on la nie ou passe sous silence, par intérêt ou par passivité. Alors comment la contrecarrer ?

Or la couverture financière n’est en rien garantie de qualité des soins et de médecine socialisée. Le système français de santé et de soins, sans coordination, sans évaluation de la qualité, avec une influence extrême du lobby médico-industriel, etc. allie le pire de la logique de marché et de la médecine socialisée, sans en avoir les avantages.

En particulier, l’influence de la médecine organisée (ordre des médecins, syndicats…) maintient la désorganisation et organise une corruption quotidienne et banalisée. Elle rend impossible toute évaluation et toute réforme structurelle. La logique de surmédicalisation et de surmédicamentation a des conséquences multiples et est entretenue, dans un cercle vicieux sans issue, par le consumérisme de patients sans éducation à la santé et sans esprit critique.

Forcément, ce système extrêmement coûteux pour des résultats qui ne sont pas à la hauteur, ne peut pas tenir. Les industriels et autres groupes d’intérêts le casseront, en particulier au profit des assurances et autres cliniques et organisations privées, en disant qu’il est bien la preuve que la médecine socialisée ne peut pas fonctionner… Mais un tel terme n’est pas approprié pour définir ce qui se passe en France. Il faudrait des analyses structurelles et dépourvues de complaisance et d’intérêts pour le comprendre ; à quelques exceptions près – et le Pr Claude Béraud en est une –, de telles analyses systémiques ne me semblent pas pouvoir venir des médecins et autres professionnels de santé, trop désinformés, mais aussi intéressés et privilégiés par un système qui n’a de républicain que quelques apparences induisant en erreur. Et encore moins des organisations médicales.

Comme le disait le Dr Roy Poses dans son introduction, on voit que la problématique est globale, à quelques différences spécifiques près. Les solutions ne peuvent être que globales, et il me semble que la démystification des illusions et l’incitation à une réflexion sans complaisance, à une exterritorialisation et à un recul critique pour porter un jugement (ce qui est d’ailleurs le sens du mot « critique »), devrait être parmi les premiers pas à faire en ce sens. Je n’ai pas de telles prétentions, loin de là. Mais peut-être que l’exterritorialisation, la connaissance d’autres structures, les échanges internationaux, l’absence de conflits d’intérêts et de corporatisme et… les principes républicains m’ont permis d’avoir un regard un peu différent sur les (auto)mystifications des médecins comme des patients. Et les réactions majoritaires des médecins français, sous des prétextes détournés, me font penser que je vise plutôt dans la bonne direction.

Le texte, long, détaillé et avec des liens, parle de lui-même. Merci au Dr Roy Poses pour sa relecture. (Je présenterai en détail son blog et ses activités ; c’est au programme depuis longtemps).

Elena Pasca

Surmédicalisation et conséquences: surprescription, surmédicamentation, surtraitement, iatrogénie, déficit de la Sécurité sociale…

L’émission C dans l’air du 22 septembre s’intitulait « Sécu : faut-il tout revoir ? » Mais le titre ne médecine libérale médicalisation surmédicalisation,paiement à l'acte médicalisation médicamentation,prévention abus de prévention dépistages cancer,surmédicalisation surmédicamentation surdiagnostic,iatrogénie surprescription surconsommation médicaments,médecine commerce profit,conflits d'intérêts médecine industrie pharmaceutique,etienne caniard surmédicamentation,déficit sécurité sociale cause surprescription médicaments,disease mongering façonnage de maladies surmédicamentation,corporatisme médical ordre des médecins,lobby médical influence conséquencesrésume pas la richesse des interventions, qui ont porté sur les logiques systémiques qui mettent en danger les comptes de la Sécurité sociale, et notamment la médicalisation abusive, cette logique du « tout curatif » et du « tout médicament », comme si tout problème avait une solution médicale – et surtout médicamenteuse et interventionniste.

Surmédicalisation, surdépistages, surdiagnostic, surprescription, surtraitement, surconsommation, abus de prévention… – ce qui les rend possibles, ce qui va avec et leurs conséquences, voilà le sujet de l’émission. Ce sont des sujets maintes fois abordés sur Pharmacritique.

Après les deux vidéos reproduisant l’intégralité de l’émission, je résume les grandes lignes des interventions, en intercalant des citations des intervenants, mais aussi des commentaires de mon cru, avec des informations et des liens permettant de compléter et d’approfondir.

Ce qui frappe dans cette émission – et j’insiste là-dessus parce que cela confirme mon point  de vue, pour lequel des médecins m’ont rudoyée plus d’une fois –, c’est que l’on aborde enfin le rôle crucial des médecins dans ce système perverti. Un système où ce ne sont pas les besoins réels des usagers qui créent la demande, mais l’offre médicale conçue comme un commerce et manquant totalement d’évaluation en terme de qualité et de pertinence des actes. Il n’y a ni rationalité, ni coordination, ni coût/efficacité. Juste un commerce qui s’entretient et se reproduit en actualisant son discours marketing. 

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Combattre corruption et fraude en santé: le réseau européen anticorruption EHFCN et sa conférence 2011 à Cracovie

Du 6 au 7 octobre inclus aura lieu à Cracovie la conférence annuelle 2011 de l’EHFCN (European EHFCN logo complet.jpgHealthcare Fraud & Corruption Network), sous le titre « Fighting fraud in healthcare and social security: How to maximise resources?” (Combattre la fraude dans les soins de santé et à la sécurité sociale: comment maximiser les ressources?).

Le European Healthcare Fraud & Corruption Network (Réseau européen de lutte contre la fraude et la corruption en santé), basé à Bruxelles, est la seule organisation européenne entièrement dédiée à la lutte contre toutes les formes de corruption et de fraude dans tous les secteurs relevant de la santé, partout en Europe. Parmi ses objectifs, détaillés aussi dans la vidéo reprise plus bas, on note la création d’une culture transnationale anticorruption, pour la transparence et le coût/efficacité, ainsi que le développement de moyens éducatifs et informatifs pour y parvenir.

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Lobbying, conflits d’intérêts, corruption: La France sous influences (revue Territoires)

La revue Territoires, qui dispose aussi d’un blog, est « un mensuel de 50 pages pour plonger toujours Territoires revue.jpgplus au coeur des initiatives citoyennes, être au fait de l’actualité de la démocratie locale en France et dans le monde, et avoir un autre regard sur les enjeux politiques et sociaux. Sans oublier, chaque mois, au centre du numéro, un dossier alliant pédagogie et présentation de multiples expériences de terrain qui permet d’approfondir une des multiples facettes de la démocratie locale. »

La revue est co-éditée par ADELS (Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale).

Je voudrais signaler le numéro 513 (décembre 2010) de la revue Territoires, et notamment le dossier « Lobbying, conflits d’intérêts, corruption. La France sous influences« , qui n’a rien perdu de son actualité. En voici le sommaire, suivi par un rappel de quelques-unes des activités de Sciences Citoyennes à ce sujet:

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« Menace sur nos neurones. Alzheimer, Parkinson et ceux qui en profitent ». Livre de Roger Lenglet et Marie Grosman (vidéo)

Le 7 septembre est sorti à Actes Sud le livre Menaces sur nos neurones. Alzheimer, Parkinson et ceux qui en profitent…, par Marie Grosman, spécialisée en épidémiologie et santé environnementale, et Roger Lenglet, philosophe et journaliste d’investigation indépendant.

C’est une investigation sur tous les niveaux qui concourent à la « production » et au maintien d’une « société neurotoxique ». Elle se focalise sur l’accumulation des métaux lourds et leur impact sur la santé et l’environnement, en dévoilant tout un système qui favorise les intérêts économiques des lobbies et groupes de pression et bloque l’information transparente, la remise en cause de tout un système verrouillé et instrumentalisé, le questionnement citoyen et la reconnaissance des droits des victimes. Le rôle des métaux lourds, en synergie avec d’autres produits toxiques (pesticides, perturbateurs endocriniens…), est questionné dans l’apparition et la multiplication de maladies neurologiques telles que Alzheimer et Parkinson, les troubles neurocomportementaux et autres affections.  

Je n’ai pas encore lu le livre, mais connaissant le sérieux de Roger Lenglet, auteur de nombreux livres fort bien documentés et qui ont permis des avancées dans la prise de conscience sur de nombreux problèmes de santé publique et de dénaturation de la démocratie par les lobbies et les conflits d’intérêts, je pense que Menaces sur nos neurones fera date. Dans un débat qui doit être mené en toute transparence, quelle qu’en soit la conclusion, afin d’éviter des extrêmes et des polarisations généralement délétères: soit le rejet en bloc des causes environnementales, soit l’attribution d’une causalité globale, exclusive et prise au sens strict du terme. 

Voici une courte présentation vidéo faite par les deux auteurs. Des informations complémentaires (introduction, sommaire…) sont disponibles sur cette page de l’éditeur Actes Sud.

Je rappele mon investigation, parue le 5 mars 2009 sur Pharmacritique, sur les conflits d’intérêts autour de l’Alzheimer, à commencer par ceux de Nicolas Sarkozy et ses frères, dans l’intérêt des assureurs et de l’industrie pharmaceutique, sur le pourquoi des franchises médicales, l’inutilité des médicaments anticholinestérasiques et de la mémantine, etc. : « Conflits d’intérêts des frères Sarkozy, plan Alzheimer et mutuelle obligatoire, pour le profit de Sanofi et des assurances ». [Elena Pasca]