Répartition géographique très inégale des papillomavirus, selon le CIRC (OMS). Gardasil et Cervarix ne sont pas utiles partout

On ne peut pas parler du Gardasil et/ou du Cervarix sans se poser la question du pourquoi, de la cible de la vaccination, de l’adéquation entre IARC monographie cancer col 2.jpgles moyens et l’objectif à atteindre, et surtout de la légitimité de l’objectif… Nous avons exprimé nos doutes – dans les notes réunies sous les catégories Gardasil (divers), Gardasil, très critiqué à l’étranger et Cervarix – quant à l’utilité d’une vaccination dans les pays industrialisés, compte tenu de la faible prévalence des infections par HPV en général, des infections persistantes en particulier, et surtout des HPV 16 et 18 qui ne semblent pas trop apprécier les cervix des femmes occidentales, mis à part certains groupes à risque…

On verra que l’IARC (International Agency for Reserch on Cancer), qui est une agence de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) – ne confirme pas les dires des publicités sur le Gardasil et Cervarix quant à ces très méchants papillomavirus HPV 16 et 18 qui seraient partout de façon égale et menaceraient toutes les jeunes filles, qu’elles soient malnutries en Haïti, prostituées ailleurs, ayant d’autres facteurs de risque qui font qu’une infection par un HPV à haut risque s’installe et ne disparaît pas toute seule, comme dans 90% des cas…

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Cervarix et Gardasil sont-ils efficaces? Une étude finlandaise le dira en 2020. La vaccination n’est pas justifiée

L’université de Tampere, en Finlande, a démarré en 2004-2005 une étude de suivi à long terme pour confirmer ou infirmer l’efficacité des vaccins censés protéger d’une infection par les sérotypes HPV 16 et 18 que la désinformation et le ghost management pharmaceutiques érigent en causes du cancer du col de l’utérus.

Cette étude veut pouvoir faire des affirmations preuves à l’appui, pour ne pas laisser place aux spéculations, comme le dit le sous-titre: Lehtinen et al, “Enrolment of 22,000 adolescent women to cancer registry follow-up for long-term human papillomavirus vaccine efficacy: guarding against guessing”. Intern J STD AIDS, 2006 Aug;17(8):517-21.

Je rappelle les principaux biais et désinformations mis en avant par le marketing ainsi que les principales critiques. 

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Fréquence des infections par tous les sérotypes HPV à Barcelone: 2,98%… Gardasil et Cervarix, pour quoi faire??

Une étude publiée par Sanjosé, Almirall et al en 2003 analyse la prévalence des divers sérotypes de human papillomavirus (HPV) dans la population générale féminine de Barcelone (Espagne): Sanjose S, Almirall R, Lloveras B, Font R, Diaz M, Muñoz N, et al. « Cervical human papillomavirus infection in the female population in Barcelona », Spain. Sex Transm Dis. 2003;30(10):788-93. Le texte a été intégralement reproduit sur cette page. L’auteure principale, Silvia de Sanjosé, était affiliée à l’Institut Catalan contre le Cancer pendant la réalisation de l’étude.

L’étude comprend 973 femmes ; âge moyen 43 ans (± 16 ans) ; taux de monogamie 79%. La prévalence des papillomavirus après ajustement en fonction de l’âge était de … 2,98%… (On parle d’infections en général, tous types de HPV confondus. Ces infections banales éliminées spontanément et sans aucun symptôme dans 90% des cas…).

A part cette fréquence extrêmement basse, il y a un autre élément à retenir de cette étude : quels sont, chez ces moins de 3% de femmes infectées, les génotypes HPV qui prédominent ? Il suffit pour cela de regarder la figure 1 de l’étude. Et on verra que cet élément n’a rien à voir non plus avec la propagande de Sanofi Pasteur MSD présentant les sérotypes HPV à haut risque 16 et 18 comme omniprésents, mettant toutes nos filles en danger de mort, etc… Les HPV 6 et 11, responsable de condylomes acuminés (verrues génitales) seraient eux aussi à tous les coins de rue… Parmi les 29 femmes ayant contracté une infection par un papillomavirus (29 sur 973!), aucune n’était infectée par les HPV 18 ou 11… 6 femmes étaient infectées par le HPV 16 et une seule par le HPV 6. Aucune par au moins deux des quatre sérotypes du Gardasil…

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Le 25 juin: mobilisation pour Christian Vélot, lanceur d’alerte sur les OGM, et pour tous les lanceurs d’alerte!

Appel à la mobilisation lancé par la Fondation Sciences Citoyennes: le 25 juin à Orsay à 10h30, puis à Paris à 15 h (détails Christian Vélot.jpgplus bas).

« Christian VELOT est enseignant-chercheur en génétique moléculaire à l’Université Paris-Sud. Depuis 2002, il est responsable d’une équipe de recherche à l’Institut de Génétique et Microbiologie (Institut mixte CNRS – Université) sur le Centre Scientifique d’Orsay.

Parallèlement à son activité d’enseignement et de recherche, il anime sur son temps personnel de nombreuses conférences à destination du grand public sur le thème des OGM. Ses conférences didactiques, dont l’une a notamment servi de document de travail à l’intergroupe OGM du Grenelle de l’Environnement, ont permis à de nombreux citoyens d’avoir accès à une connaissance de la réalité des OGM et ont contribué à la prise de conscience raisonnée des risques qu’ils portent. Il est souvent intervenu en tant que témoin dans les procès de faucheurs volontaires.

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Le ministre de tutelle des CHU autrichiens reconnaît qu’il y a une médecine à deux vitesses… Cercle vicieux d’assurances privées et de corruption

L’Autriche est secouée depuis la fin de l’année dernière par un débat sur le rôle de plus en plus décisif de l’argent des patients en santé et sur 1767351289.jpgla privatisation rampante de celle-ci. La ministre de la santé, Andrea Kdolsky, a récusé les accusations de « médecine à deux vitesses »  (« Zweiklassenmedizin » : littéralement « médecine à deux classes sociales »).

Et pourtant… Les discriminations sont bel et bien là… Elles ne se manifestent pas seulement à travers les assurances privées habituelles, supérieures à celles publiques et prenant en charge les dépassements d’honoraires. Non, il est carrément question de la solvabilité directe ou non des patients… En effet, une personne travaillant dans un hôpital autrichien rattaché à l’église a dévoilé dans un entretien à la radio,

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Inégalités socioéconomiques en santé, pauvreté, exclusion sociale… Quelques conseils de lecture

A lire en continuité avec la note parlant de l’étude comparative des inégalités en santé dans 22 pays européens (parue récemment dans le New England Journal of Medicine), et celle parlant plus en détail des facteurs socioéconomiques à l’origine des inégalités en santé, de l’idéologie qui nous empêche de regarder la réalité en face et de la nécessaire articulation de la politique de santé avec une politique sociale et économique…

Voici quelques textes supplémentaires pour ceux qui veulent approfondir le sujet. Et tous les médecins devraient le faire. Sans parler de tous ceux – professionnels de santé ou non – qui ont des préjugés sur les pauvres et/ou pensent qu’on ne peut plus parler en termes de classes sociales… Que tous les pauvres seraient des fraudeurs, des paresseux qui « ne veulent pas se lever tôt » et « ne savent pas se vendre »… Et que c’est bien fait pour eux…

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Une médecine et un système de santé à deux vitesses. Le cercle vicieux des inégalités en santé issues des inégalités socioéconomiques

Voici une bonne introduction à la question, dans l’article Les inégalités sociales de santé, une question politique oubliée, par Mireille Mireille Elbaum protection sociale.jpgElbaum, professeure au Conservatoire National des Arts et Métiers, auteure du livre « Economie politique de la protection sociale » (PUF). Texte complété par des extraits d’un exposé fait à l’INPES par Hilary Graham, sur les Stratégies nationales pour lutter contre les inégalités de santé.

Mais quelques commentaires d’abord : L’idéologie française consistant à présenter notre système de santé comme « le meilleur du monde » a des conséquences dramatiques sur la capacité à jeter un regard lucide sur la santé des Français et à situer cette question dans le contexte plus large des inégalités socioéconomiques qui déterminent les inégalités en santé. La médecine et le système de santé dans son ensemble doivent prendre en compte la question dans sa globalité, à moins de vouloir assurer des soins de qualité à une frange de plus en plus réduite de la population…

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Gardasil: vaccin pour les pauvres, vendu aux riches… Les pauvres sont les plus exposées aux infections par des HPV à haut risque comme aux pathologies, rappelle une étude

J’ai parlé à plusieurs reprises de la prévalence inégale des génotypes HPV, mettant l’accent sur deux des HPV à haut risque – 16 et 18 – censés être une épée de Damoclès sur la tête de toutes nos jeunes filles… Or, comme je l’ai dit dans la note, au titre certes provoquant, Le vaccin Gardasil est là. Mais où sont les sérotypes HPV 16 et 18 ?, citant Arznei-Telegramm et le JAMA, la prévalence de ces deux derniers est très faible dans les pays industrialisés et donne, pris ensemble, 2,3% de toutes les femmes infectées par les papillomavirus aux Etats-Unis. Mais encore faudrait-il prendre en compte le fait que ce pourcentage ne se répartit pas uniformément dans la population féminine du pays en question…

Ce que nous disions dans un tout autre contexte se vérifie ici aussi: les inégalités en santé résultent d’inégalités socioéconomiques.

Cette étude américaine faite en 2007 a analysé les facteurs sociodémographiques, ethniques et économiques associés aux génotypes de papillomavirus à haut risque : Kahn et al, Sociodemographic factors associated with high-risk human papillomavirus infection

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Gardasil: une prévention incertaine et des dégâts fort possibles. Juan Gérvas persiste et signe

Le chien de garde australien « Healthy Skepticism » vient de poster sur son site un résumé détaillé d’un texte de Juan Gérvas intitulé La Juan Gervas.jpgincierta prevención del cáncer de cuello de útero con la vacuna contra el virus del papiloma humano (« Prévention incertaine du cancer du col de l’utérus par le vaccin contre le HPV »). Le texte, disponible en espagnol comme en anglais, consiste en onze « questions élémentaires » à propos du Gardasil et de son utilité très incertaine dans la prévention du cancer du col de l’utérus impliquant les génotypes HPV 16 et 18. Questions restées sans réponses dignes de ce nom. L’aspect le plus intéressant du texte étant l’absence de corrélation immunologique entre taux d’anticorps dans le sang et immunité effective

Un tout petit hic, n’est-ce pas? Parce que tout ce qu’on sait pour le moment du Gardasil, c’est qu’il peut provoquer des anticorps. Mais il apparaît que l’immunité naturelle contre des génotypes de papillomavirus n’est pas associée aux anticorps, dans au moins la moitié des cas…

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« No gracias! » Nouvelle association de lutte contre la corruption en médecine. Bon vent!

Les bonnes nouvelles ne sont pas légion ces 2117095844.jpgtemps-ci… Alors quand il y en a, il faut les partager. Pour encourager la petite dernière des associations médicales de lutte contre la corruption et l’influence des firmes pharmaceutiques sur les médecins, qui est espagnole et dont le nom sonne comme un baume au cœur : No gracias !

Le contexte : La « vétérane » de la lutte anticorruption est l’américaine No Free Lunch, présidée par Robert Goodman. Le nom de l’association ne veut pas dire seulement que rien n’est gratuit ; il renvoie littéralement au refus des repas payés par l’industrie pharmaceutique, comme au refus de tout cadeau, de toute source de conflits d’intérêts, forcément nuisibles à la santé des patients. Le mouvement s’est étendu par la suite au Royaume-Uni, avec la version britannique No Free Lunch. Puis il y a eu l’association italienne No grazie, pago io ! (Non merci, c’est moi qui paie (l’addition et les frais)). Et celle allemande MEZIS (« Mein Essen zahle ich selbst » : « mes repas, c’est moi qui les paye ! »).

Et j’ai découvert avec plaisir qu’il existe depuis très peu une association espagnole du nom de No gracias,eu. On peut signer son manifeste en cliquant sur le lien en bas de cette page.

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Une analyse économique des coûts cachés des réseaux interactifs ou « web 2.0 » : on est loin de la gratuité et de la démocratisation…

Le web 2.0 (Wikipédia et d’autres sites interactifs, contributifs) suscite beaucoup d’engouement et une illusion de démocratisation des contenus, du savoir et du savoir-faire. Cette mise en commun égalitaire, non hiérarchique et désintéressée briserait le modèle pyramidal de transmission du savoir et éliminerait les nombreux intermédiaires dans cette transmission et dans le partage des connaissances (professeurs, journalistes, références qui font « autorité », etc.). Avec les intermédiaires disparaîtraient aussi les conflits d’intérêts.

Des applications sont tentées en médecine aussi (médecine 2.0, Health 2.0), pour contourner la mainmise d’un petit cercle de pontes et autres « autorités » sur l’opinion et sur la formation/ transmission du savoir médical. Ainsi que pour essayer d’assainir le terreau nourricier des conflits d’intérêts et de se débarrasser de certains problèmes que pose la evidence-based medicine (EBM).

Il est certain que la circularité des références, l’argument d’autorité et les autres scories qui résultent de la forte structuration hiérarchique de la médecine finissent par discréditer celle-ci et l’entraîner dans l’irrationalité, comme l’avaient bien vu McCormick et Skrabanek (cf. notre note). Mais la médecine 2.0 est-elle plus démocratique, plus transparente, moins soumise au diktat du profit ?

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Cervarix : autorisé trop vite, sur une base scientifique encore plus faible que celle du Gardasil, rappelle la revue Arznei-Telegramm

L’excellente revue allemande Arznei-Telegramm (« Télégramme du Médicament ») est la meilleure source d’information médicale 1162874531.jpgindépendante en Europe. Elle existe depuis 1969-1970 et ses analyses critiques et ses évaluations sont considérées comme très fiables par tous les professionnels de santé germanophones – et pas seulement. Elle fait partie, comme la revue Prescrire avec laquelle elle collabore régulièrement, de la International Society of Drug Bulletins (ISDB), réunissant des revues médicales indépendantes de l’industrie pharmaceutique et n’acceptant aucune publicité.

Arznei-Telegramm nous offre une analyse des résultats des études de GSK sur Cervarix dans son numéro de novembre 2007 (a-t 2007 ; 38 : 11, 101-103). Nous avons traduit le texte, mais il n’est pas sans intérêt de faire quelques remarques qui en faciliteront la lecture.

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Une étude comparant 22 pays européens confirme que les inégalités en santé résultent de celles socioéconomiques

Il s’agit d’une étude parue dans le numéro d’hier du New England Journal of Medicine (NEJM), dont le texte intégral est accessible sous le titre : Socioeconomic Inequalities in Health in 22 European Countries (« Inégalités socioéconomiques de santé dans 22 pays européens »).

Et un commentaire, lui aussi en libre accès : Beyond Health Care – Socioeconomic Status and Health (« Au-delà des soins. Statut socioéconomique et santé »).

Les résultats sont assez homogènes dans tous les 16 pays ayant des données complètes sur la mortalité : les pauvres ont des taux de mortalité plus élevés. « Il est remarquable que ce rapport entre classe sociale et mortalité soit à ce point-là généralisé, compte tenu du fait que la prévalence des maladies et des facteurs de risque diffère entre les pays. De plus, le rapport entre classe et mortalité est cohérent dans presque chaque cause de mortalité prise à part, exception faite de certains cancers ».

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« L’art de faire passer la pilule » : Un dossier bien fait sur l’influence de l’industrie pharmaceutique, son marketing, ses méthodes…

Un dossier de 8 pages paru en avril dans Le journal du SIDA, édité par ARCAT : L’art de faire passer la pilule. 871069189.jpg

Il y est question du façonnage de maladies, de la visite médicale et autres méthodes de publicité auprès des médecins, de la bataille européenne autour de la publicité directe aux patients, des rapports de l’IGAS, des études de l’UFC Que choisir, des programmes d’accompagnement/ d’observance, des conflits d’intérêts, des cobayes humains dans les pays pauvres… Ainsi que de l’alliance objective entre autorités sanitaires et firmes quant aux effets secondaires et à l’information donnée au public, autrement dit, dans les dimensions essentielles… Agences du médicament et autres « autorités » font système avec les firmes: un « système où la balance des pouvoirs penche en faveur des laboratoires pharmaceutiques au détriment de la santé publique. » 

La désinformation organisée commence lors de la conception et du financement des essais cliniques, qui devraient évaluer aussi les risques. « [C]ette évaluation, essentielle pour le bien commun, est soumise à un fort conflit d’intérêt. Comment peut-on évaluer objectivement un produit de santé si l’on est en même temps chargé de le vendre et qu’on en espère des bénéfices ? (…) Or, face au contexte défavorable actuel, la pression des laboratoires pharmaceutiques se fait de plus en plus forte pour étendre leur emprise sur le système de surveillance. Ils ont d’abord tenté, au niveau européen, de réduire le temps imparti aux agences pour évaluer une demande d’AMM [autorisation de mise sur le marché]. Cette demande est, pour l’instant, rejetée. Ils essayent désormais de faire basculer une partie de l’évaluation du bénéfice/risque après l’obtention de l’AMM. « C’est tout à fait logique, du point de vue des firmes, puisqu’avant AMM, le médicament ne rapporte rien et qu’il rapporte, en revanche, après AMM, analyse Bruno Toussaint. C’est un pari : celui que le médicament est bon. Mais dans ce système qui paye les pots cassés ? Les patients ». »

C’est ce que nous disait Shahram Ahari, qui a vendu du Zyprexa° pour Eli Lilly: le cynisme de firmes qui espèrent vendre un maximum avant que tel médicament qu’elles savent problématique ne soit retiré du marché. Si jamais quelqu’un réussit à prouver le lien de causalité…  Ce qui est loin d’être facile, surtout pour des victimes qui n’ont aucune voix au chapitre et aucune défense juridique. Et dans un pays qui manque complètement de cadre législatif et juridique qui rendrait possible la répression des dérapages des firmes pharmaceutiques et ceux des médecins inféodés. Dommage que le dossier n’en parle pas et n’explore pas les causes… Et qu’il atténue certaines affirmations critiques. On pourrait penser que donner systématiquement la parole aux représentants des firmes pour qu’ils répondent à ces critiques est un gage d' »objectivité ». Mais il n’est pas sûr qu’on puisse justifier moralement une telle prétention à la neutralité… Parce que le combat ne se fait pas à armes égales et que le souci moral et éthique doit être justement d’essayer de compenser un peu ce déséquilibre. L’industrie pharmaceutique a des tas de journaux pour s’exprimer. Et il ne me semble pas qu’ils donnent la parole aux critiques…

L’image que nous avons choisi illustre la meilleure méthode pour « faire passer la pilule ». Au moyen du solvant universel: l’argent qui « graisse les patins » (selon l’expression de Pharmalot) comme les pattes. Et au moyen de la chaîne de dépendances qu’il crée.

Gardasil: Carlos Alvarez-Dardet dénonce les mensonges du lobby pharmaceutique sur un vaccin à efficacité non démontrée, expérimenté directement sur la population

« Le fait qu’une piste d’investigation se montre prometteuse doit motiver le gouvernement à financer plus d’études, mais nous ne No vivisezione.jpgpouvons pas faire des expérimentations sur la population »

Voici un entretien décapant avec le Pr Carlos Alvarez-Dardet, paru le 2 décembre 2007 dans la Gazette de la Socamfyc (Société de médecine générale des Iles Canaries).

L’épidémiologiste Carlos Alvarez-Dardet, professeur de santé publique à l’université d’Alicante et directeur du Journal of Epidemiology and Community Health, est le fondateur et la figure de proue de la résistance espagnole au Gardasil. Résistance exprimée dans un manifeste publié par le journal El Pais expliquant les raisons pour lesquelles il est impératif d’obtenir un moratoire dans la vaccination par Gardasil et appelant à signer une pétition en ce sens. Plus de détails dans cette note.

L’entretien s’intitule La industria debe aclarar a quién paga por promover la vacuna del cáncer de útero (« L’industrie pharmaceutique doit dévoiler qui elle paie pour faire la promotion du vaccin contre le cancer du col de l’utérus »).

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Juan Gervás, co-fondateur du mouvement espagnol de résistance au Gardasil, expose les raisons des médecins généralistes de rejeter le vaccin

Le texte original: La vacuna contra el virus del papiloma humano desde el punto de vista de la atención primaria en España (« Le vaccin contre 1571640652.jpgle papillomavirus humain du point de vue de la médecine générale d’Espagne »). Par Juan Gervás, Equipo CESCA, Madrid.

L’exposé fait 8 pages, alors nous avons choisi et traduit les extraits les plus importants, laissant de côté les aspects connus, que nous avions déjà exposés dans d’autres notes. Le texte est très bien documenté et vaut le détour!

Et voici le lien vers la note parlant de la pétition et de la demande de moratoire, lancées avec Carlos Alvarez-Dardet et d’autres. Et le lien direct vers le texte espagnol de la pétition, signée par plus de 5.000 personnes : Razones para una moratoria en la aplicación de la vacuna del virus del papiloma humano en España.

A lire aussi les protestations italiennes, canadiennes, allemandes, suisses, anglophones, ainsi que les articles et éditoriaux de plusieurs revues médicales étrangères dans les notes réunies sous la catégorie Gardasil: très critiqué à l’étranger. Et puis les notes sur les multiples conflits d’intérêts du Gardasil et du Cervarix.

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Une société espagnole de médecine générale critique les décisions politico-sanitaires concernant le Gardasil

Lors de la réunion en date du 6 octobre 2007, la société de médecine générale SemFYC (Sociedad Española de Medicina de Familia y Comunitaria), a passé en revue les connaissances existantes sur les infections HPV et le cancer du col de l’utérus et s’est prononcée contre l’inclusion du Gardasil dans le calendrier vaccinal espagnol. La SemFYC parle au nom de plus de 19.000 adhérents.

Original espagnol : La SemFYC considera precipitada la decisión de incluir la vacuna del Virus del Papiloma Humano (VPH) en el calendario vacunal

La décision d’inclure le Gardasil dans le calendrier vaccinal, de le rembourser et de recommander une vaccination massive est hâtive pour plusieurs raisons, que nous reprenons telles qu’elles sont exposées dans le texte :

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Les conflits d’intérêt: tare de naissance du Gardasil. Constella Group fait de la pub pour Merck et GSK, établit la liste d’agents oncogènes et recueille les effets secondaires au VAERS…

Il faut remonter un peu dans le temps pour mieux comprendre à quel point ce vaccin est un énorme conflit d’intérêts et sa généralisation une « folie » dans un vide démocratique qui permet des collusions d’intérêts entre politiques et firmes pharmaceutiques, comme le disait le Pr Alvarez-Dardet. Lorsque des hommes politiques nous vendent un vaccin avant même que les « experts » se prononcent là-dessus, on sait d’avance quelle sera la décision…

Ce sont Carlos Alvarez-Dardet et l’excellente revue allemande indépendante Arznei-Telegramm qui ont ouvert le feu de la critique en Europe. Et l’opinion publique allemande est de plus en plus hostile au Gardasil. J’ai parlé des positions de la revue et de toutes les critiques étrangères, traductions et analyses à l’appui, dans plusieurs dizaines d’articles accessibles par les catégories Gardasil et Cervarix. 

L’article d’un chien de garde (« watchdog ») américain, paru dans le Milwaukee Journal Sentinel en avril 2007, parle des débuts de l’affaire Gardasil, aux Etats-Unis, avec Merck dans le rôle principal (de distributeur de billets) et les institutions de santé publique comme figurants plumés. Entre les deux, l’une de ces sociétés privées spécialisées dans l’externalisation et la sous-traitance de tous les aspects, depuis la recherche (essais cliniques…) jusqu’à la rédaction médicale et à la communication d’influence. L’une de ces nombreuses sociétés privées à but lucratif travaillant par projets et sous contrat soit avec une institution publique soit avec un laboratoire privé. Soit les deux. D’où leur nom : contract research organizations (CRO) ou sociétés de recherche sous contrat (SRC).

Mais il y a un énorme problème de crédibilité et de biais quand la même firme CRO est payée en même temps par les autorités fédérales américaines et par un laboratoire pharmaceutique, et ce pour travailler en même temps sur plusieurs versants du même sujet. Un énorme conflit d’intérêt qui devrait suffire à lui seul à discréditer les produits de ce travail. Le produit est le vaccin HPV Gardasil, en l’occurrence, puisque la CRO Constella Group a été partie prenante dès le départ.

La firme Constella a par ailleurs été propriétaire d’une autre CRO appelée Future, d’où le nom qu’on voit apparaître ici ou là : Constella Futures. Et le nom des essais cliniques du Gardasil est Future.

Mais prenons les choses dans l’ordre, parce que la confusion et la complexité sont dans les faits et qu’il est impossible de réduire cette complexité à quelques slogans.

La CRO Constella Group a été payée en 2003 par les National Institutes of Health (institution publique qui chaperonne tout la recherche médicale publique et distribue les fonds) pour actualiser la liste fédérale des agents carcinogènes et y a introduit les HPV (papillomavirus humains), qui n’y figuraient pas auparavant. Constella l’a fait alors même qu’elle travaillait pour les firmes Merck et GSK (sur Gardasil et Cervarix), et ce sans en dire un mot

Cela semble incroyable, et pourtant, une telle CRO n’a aucune obligation de déclarer ses clients privés. Il paraît qu’elle les avait déclarés par le passé, mais qu’elle ne le fait plus. Eli Lilly, AstraZeneca et Novartis figuraient parmi les laboratoires pharmaceutiques clients des filiales du Constella Group.

On imagine aisément l’aubaine et l’argument marketing extraordinaire pour Merck, que de pouvoir dire que le Gardasil protège contre deux souches de papillomavirus reconnus par les autorités fédérales des États-Unis comme oncogènes. Il faut dire ici que cela devait arriver de toute façon, puisque la grande majorité des chercheurs pensent effectivement que certains types de HPV sont oncogènes et impliqués dans plusieurs cancers, principalement celui du col de l’utérus. Même si certains points restent controversés, comme l’existence d’un petit nombre de cancers du col de l’utérus sans aucune trace de papillomavirus humains et le fait qu’une telle infection (même persistante et grave) n’est de loin pas une cause suffisante. D’autres co-facteurs sont nécessaires pour qu’une infection par un sérotype oncogène ne soit pas éliminée par le système immunitaire et évolue lentement vers une dysplasie de moyen puis de haut grade et éventuellement vers un cancer du col de l’utérus, en l’absence de tout frottis de dépistage et de tout traitement et s’il y a d’autres facteurs aggravants. J’ai abordé en détail tous ces aspects, références scientifiques à l’appui, dans des dizaines d’articles accessibles depuis la liste alphabétique des catégories.

On voit bien qu’une telle société de recherche sous contrat n’est pas là pour faire de la « science » sans intérêts autres. Le dévouement à son client Merck est exemplaire. Il n’en va pas de même pour les clients publics, mais ceux-ci ne sont certainement pas en mesure de payer aussi bien. N’empêche, apparemment la politique de la maison est de manger à tous les râteliers, vu que Constella Group est aussi sous contrat avec les autorités publiques pour recueillir les… effets secondaires des vaccins et les transmettre aux autorités fédérales. Il s’agit de tous les vaccins, incluant donc ceux commercialisés par les clients privés de la CRO Constella et dont elle-même supervise certains essais cliniques et/ou la commercialisation.

On apprend en lisant cet article que Constella Group a de nouveau remporté ce « marché », doté de 21 millions de dollars, pour gérer le VAERS (Vaccine Adverse Event Reporting System) pendant sept années supplémentaires, pour le compte du CDC (Centers for Disease Control and Prevention) et de la FDA (Food and Drug Administration : agence états-unienne du médicament). C’est l’une de ses filiales, Constella Health Sciences, qui s’en occupe.

L’on peut dire sans risque de se tromper que Constella Group a une vue panoramique sur le Gardasil : depuis la liste des agents oncogènes et des objectifs commerciaux des firmes privées clientes jusqu’à la production du vaccin Gardasil, sans oublier l’information, c’est-à-dire ce que le grand public et les institutions publiques de santé apprennent sur ce vaccin HPV et sur ses effets indésirables. En plus des National Institutes of Health, Constella travaille aussi pour la FDA (agence américaine de sécurité sanitaire), le ministère de la Défense, celui de l’environnement, le CDC (Centers for Disease Control and Prevention), c’est-à-dire le plus important centre d’épidémiologie qui fait office de référence mondiale.

L’article du Milwaukee Journal Sentinel mentionne entre autres la réaction du CDC à cette révélation sur la duplicité de Constella Group disant qu’il ne faudrait pas en tirer des conclusions hâtives, puisque dans ces entreprises, la main gauche ne sait pas toujours ce que fait la main droite. La CRO Constella elle-même se défend en disant qu’elle a un comité d’éthique et des directives internes permettant de séparer le travail pour le public du travail pour le privé. Voilà une schizophrénie qui n’est pas de nature à nous rassurer!

L’article original du Milwaukee Journal Sentinel s’appelle Research triggers conflict concerns. Booming private industry serves drug companies and government clients

L’article a été commenté en long et en large, par exemple sur l’un des blogs les plus actifs en matière de pharma-critique : Pharmalot, sous le titre : Greasing the Skids for HPV Vaccine (Graisser les patins du vaccin anti-HPV). Les rouages sont bien huilés, c’est une affaire qui roule, c’est le cas de le dire.

Et le Congrès américain a ouvert une enquête sur la question, considérant – à juste titre – que c’est la santé publique qui est mise en danger par ces conflits d’intérêts public – privé : National Institutes of Health and Constella are Investigated For Possible Conflicts of Interest. Les chiens de garde et autres critiques ne se privent pas de dire que c’est ce qui arrive forcément lorsque les institutions publiques et les autorités sanitaires sous-traitent la recherche et les questions de santé publique à des entreprises privées à but lucratif. Privatisons nos universités, que dis-je, privatisons toute la santé, on sait d’avance ce que ça donne. Cela nous évitera de tomber de haut…

D’autres détails sur Constella dans cette présentation faite par Source Watch, le point le plus intéressant étant les liens politico-industriels faramineux de cette société de recherche sous contrat.
Il existe meme un blog officieux des employés et anciens employés de Constella, qui porte le titre suggestif ConstellaNut. Les archives valent la peine. On apprend qu’il y a eu une épidémie de départs, y compris au niveau européen, lors de l’achat, puis de la revente de Futures, cette autre CRO plus petite. Le sous-traitant du sous-traitant, autrement dit. Les notes portent aussi sur les conflits d’intérêts.

J’arrête là; ça devient répétitif. Et tout le monde imagine la suite. Il faudrait quelques journalistes d’investigation pour se pencher sur ces choses-là côté européen et français aussi. Mais d’où les sortir en France?

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Liens vers les articles

Les articles publiés sur Pharmacritiqvue depuis 2007 sont accessibles depuis la liste alphabétique des catégories, dans la colonne latérale du blog. Il y a cinq catégories, pour plus de lisibilité. Évidemment, un article sur les conflits d’intérêt parlera très souvent aussi d’une ou plusieurs controverses à l’étranger, de la prévalence, des facteurs de risque multiples pour développer un cancer du col de l’utérus, de la désinformation et des méthodes de ghost management, etc.

Elena Pasca

Leçons du livre « Le système des inégalités »: une société structurée par ses divisions et ses hiérarchies socio-économiques

Alain Bihr et Roland Pfefferkorn. Le système des inégalités, Ed. La Découverte (collection Repères), 2008, 128 pages, 8,50 euros.  1936865541.gif

Une analyse systémique des inégalités qui permet de montrer qu’elles ne sont pas des épiphénomènes, mais résultent des structures portantes de la société française, qu’elles contribuent à reproduire. L’analyse met en évidence à quel point une inégalité entraîne l’autre, qu’elles sont non seulement cumulatives, mais se renforcent, se potentialisent mutuellement. Et se reproduisent de génération en génération. De quoi ouvrir les yeux de ceux qui pensent en termes de « tissu social », comme si la trame avait jamais existé ailleurs que dans l’idéologie. Rappelons que Pierre Bourdieu n’avait pas cessé de dénoncer les écrans de fumée. Il a été soit attaqué soit snobé pour avoir osé douter de l’ascenseur social et parler en termes de classe et de reproduction…

Je me demande bien ce que peuvent avoir en commun le patron de multinationale et la caissière ou l’ouvrier auxquels le principe de productivité/rentabilité/compétitivité interdisent la pause pipi. Cette interdiction étant le dernier cri en termes de « gestion » des « ressources » humaines, applaudi d’ailleurs par l’industrie pharmaceutique: le lean management dont nous avons parlé dans cette note. D’autres dimensions de la même problématique dans la note « La fonction sociale de la pauvreté et du chômage dans le néolibéralisme. Conseils de lecture« .

Voici un extrait du Système des inégalités. Quelques autres sont acessibles sur le site de l’Observatoire des inégalités, qui contient d’autres textes pertinents.

« En définitive, la représentation de la société française qu’autorisent les résultats de notre analyse du système des inégalités est bien celle d’une société à la fois segmentée, hiérarchisée et conflictuelle. Les divisions, inégalités et conflits qui la traversent opposent non pas des individus en tant que tels mais bien des groupements d’individus partageant précisément une commune position (à la fois objective et subjective) dans la société. Cette position commande leurs possibilités (inégales) de s’approprier, ou pas, avoir, pouvoir et savoir, conduisant à une accumulation d’avantages à un pôle et une accumulation de handicaps à l’autre pôle, processus sur la base desquels ces différents groupes entrent en lutte les uns contre les autres en s’organisant (plus ou moins) à cette fin. Dans ces conditions, les concepts de classes, de rapports de classes et de luttes des classes nous paraissent conserver toute leur pertinence pour l’explication et la compréhension de la persistance des phénomènes de segmentation, de hiérarchisation et de conflictualité au sein de la société française actuelle, comme plus largement dans l’ensemble des sociétés contemporaines. »

Une excellente parodie des liens entre hommes politiques et lobbies… Et quelques satires sur des sujets d’intérêt général en santé ;-)

Pour bien commencer la semaine et parce qu’il vaut mieux en rire… « The Onion » est un excellent site de parodies et satires vidéo ou écrites. Souvent de l’humour 1407881820.jpgnoir… Les parodies vidéo sont d’excellentes imitations de débats télévisés. Dans celle-ci, il est question de ces pôvres lobbies qui n’en ont pas pour leur argent… A en pleurer!

La vidéo est sur cette page: Are Politicians Failing Our Lobbyists? (Nos hommes politiques trahissent-ils leurs engagements auprès des lobbies?) Voici les grandes lignes pour ceux qui ne parlent pas anglais. Et quelques autres liens pour rigoler…

Lire la suite Une excellente parodie des liens entre hommes politiques et lobbies… Et quelques satires sur des sujets d’intérêt général en santé 😉