Avandia (rosiglitazone): usage fortement limité au Canada

Article paru initialement sur le site du Formindep

Avandia® – rosiglitazone : restrictions drastiques au Canada. Que fait l’AFSSAPS en France ?

« Le ministère canadien de la santé, Santé Canada, a récemment rendu publique sa décision de limiter fortement l’usage de la rosiglitazone (Avandia®), sous forme d’une lettre du Directeur Médical de GlaxoSmithKline, datée du premier novembre 2007 adressée aux professionnels de santé. Cette décision fait suite aux études mettant en évidence l’augmentation importante des risques cardiaques. Au mois de juillet, l’agence américaine du médicament (FDA) estimait à 83 000 le nombre d’attaques cardiaques dues à la rosiglitazone (Avandia®), commercialisée dans le traitement du diabète de type 2. Ce dont le Formindep a rendu compte récemment, en rappelant que l’enquête diligentée par des hommes politiques étatsuniens depuis mai 2007 avait permis de faire éclater publiquement la vérité, bâillonnée à la fois par la firme GSK et par la FDA.

Voici les principales mesures annoncées par Santé Canada :

  • « L’emploi de la rosiglitazone (Avandia®) n’est plus approuvé en monothérapie pour le traitement du diabète de type 2, sauf lorsque l’emploi de la metformine est contre-indiqué ou non toléré.
  • L’emploi de la rosiglitazone n’est plus approuvé en association avec une sulfonylurée [1] sauf lorsque la metformine est contre-indiquée ou non tolérée.
  • Le traitement par les produits contenant de la rosiglitazone est maintenant contre-indiqué chez les patients présentant tout stade d’insuffisance cardiaque (c.-à-d. classes I, II, III ou IV selon la NYHA). »

Cette politique volontariste de Santé Canada contraste avec la réaction somme toute timorée de la FDA, qui s’est limitée à apposer un deuxième label noir [2], sans interdire l’usage de la rosiglitazone en première intention. Ce qui permet à GSK de réaffirmer, sans rire, dans un communiqué de presse du 14 novembre 2007, que la rosiglitazone reste un traitement de référence dans la plupart des cas de diabète de type 2 et qu’elle a « un profil de sécurité et d’efficacité approprié et bien décrit ».

Attendra-t-on des années avant de voir l’AFSSAPS en France réagir et informer professionnels de santé et patients ? Attendra-t-on des années avant de voir une lettre de la firme GSK mettant en garde les professionnels de santé français ? Ou bien la firme applique-t-elle des critères différents en France, aux Etats-Unis et au Canada ? Il y a lieu de le croire, dans la mesure où GSK indique que ses communiqués de presse peuvent ne pas être les mêmes « sur chaque marché sur lequel opère GSK » [3]…

Ce qui nous amène à la racine du problème : attendra-t-on des années avant de voir les hommes politiques français s’intéresser à la santé de leurs électeurs et diligenter des enquêtes sur les pratiques des firmes et l’inertie des autorités sanitaires ? « 

Elena Pasca

Les notes ont été ajoutées par le Dr Philippe Foucras, président du Formindep, que je remercie.

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[1] sulfamides hypoglycémiants

[2] Le “label noir” ou « black label warning » ou “black box warning” ou « boxed warning » est une mention obligatoire encadrée par un liseré noir qui est apposée aux Etats-Unis sur chaque boîte d’un médicament pour lequel existent des effets indésirables graves. C’est l’avertissement le plus fort exigé par la FDA.

[3] voir sur le site GSK.com, page Media Centre

Avandia (rosiglitazone) : crises cardiaques. Détails.

Quelques exemples pour étayer le propos de la note précédente par les faits cités dans une méta-analyse. Le New GSK logo 2.jpgEngland Journal of Medicine publiait en juin 2007 une étude passant en revue 42 études sur la rosiglitazone (Avandia) et mettant en évidence « Les effets de la rosiglitazone sur le risque d’infarctus du myocarde et de mort cardiovasculaire » .

Le texte intégral en anglais : http://content.nejm.org/cgi/content/full/NEJMoa072761</FO…< a>

Les risques cardiovasculaires sont tellement accrus que même les études financées par le laboratoire GSK les remarquent, ce qui ne va pas de soi… Sachant qu’une étude financée par un laboratoire pharmaceutique a cinq fois plus de chances d’être favorable au médicament étudié, on peut se demander quels auraient été les résultats d’une étude indépendante, sans conflits d’intérêts…

Les auteurs de la méta-analyse soulignent qu’une durée relativement courte de « traitement » (les guillemets sont de mise ici) suffit à provoquer une attaque cardiaque ou une mort par autre cause cardiovasculaire. Ce qui ne joue pas non plus en faveur du médicament, c’est le moins qu’on puisse dire… L’âge moyen des participants était de 56 ans, donc les attaques cardiaques et les morts n’étaient pas imputables à une « involution » naturelle…

Comment explique-t-on ces effets aussi néfastes d’Avandia (rosiglitazone) ?

Les auteurs ont avancé plusieurs explications, montrant en fait qu’une seule de ces explications pouvait provoquer un infarctus ; sans parler de leur conjonction qui donne un cocktail explosif :

Avandia a un impact néfaste sur les lipides sériques, par exemple par la hausse du taux de LDL-cholestérol (le « mauvais » cholestérol, celui à densité réduite) et l’on connaît les effets délétères d’une telle hausse sur l’appareil cardiovasculaire.

–        Avandia provoque ou précipite aussi une insuffisance cardiaque congestive ; celle-ci a pour conséquence une demande accrue d’oxygène pour le myocarde, ce qui peut entraîner une attaque cardiaque.

 

–        La rosiglitazone réduit le taux d’hémoglobine, ce qui a un impact délétère sur l’oxygénation dans son ensemble et crée un « état de stress physiologique » pouvant mener à l’infarctus du myocarde.

–        Des études sur des rats ont montré que les animaux traités par rosiglitazone (Avandia) chez lesquels on induisait une attaque cardiaque expérimentale avaient plus de risques de mourir de cette attaque que des animaux subissant des crises cardiaques induites qui n’étaient pas traités par cette molécule.

D’autres détails en français dans la revue « Prescrire », qui conclut à juste titre que tous les médicaments de cette famille (glitazones) ont un rapport bénéfice – risque défavorable.

http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierDiabeteGlitazones….

Les GLITAZONES ou THIAZOLIDINEDIONES : une famille de choc (cardiaque…), de génération en génération !

L’article du New England Journal of Medicine nous apprend que les laboratoires ont essayé une cinquantaine de médicaments de ce type appelés en jargon glitazones ou thiazolidinediones . Ils ont tous été rejetés par l’Agence américaine du médicament (FDA: Food and Drug Administration) ou alors les essais cliniques ont été interrompus à cause de leur toxicité, notamment cardiovasculaire

Cette toxicité a été constatée soit dans les études précliniques sur les animaux, soit dans les essais cliniques préliminaires sur les humains. Le MURAGLITAZAR a été rejeté par la FDA pour cause de toxicité cardiovasculaire trop importante. La TROGLITAZONE a été autorisée puis retirée du marché à cause de son hépatotoxicité…

Avec un tel palmarès, cette classe de médicaments aurait dû être condamnée depuis longtemps. Et pourtant, il y a toujours la rosiglitazone, seule ou entrant dans d’autres composés tels AVANDAMET. Et puis la PIOGLITAZONE (ACTOS), qui n’a pas de quoi inspirer confiance non plus…  On en reparlera.

La revue allemande indépendante Arznei-Telegramm a fait une excellente analyse des données de la méta-analyse du New England Journal of Medicine et a aussi pris en compte l’enquête sénatoriale américaine sur les pressions à l’encontre du Dr John Buse et des scientifiques de la FDA, qui réclamaient depuis un an un « label noir » (avertissement le plus fort sur
l’existence d’effets secondaires graves) au moins pour l’insuffisance cardiaque.

Cf. la page 62 d’Arznei-Telegramm (reproduite ici avec d’autres pages):

« Plus d’infarctus du myocarde sous Avandia (rosiglitazone). Soupçon renforcé de cardiotoxicité «  http://www.geburtshaus-bamberg.de/pdf/arznei-telegramm-HPV.pdf

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POUR EN SAVOIR PLUS

Voir aussi cet article où j’ai parlé de l’alerte donnée aux Etats-Unis estimant le nombre potentiel de décès ainsi que du rôle du sénateur Charles Grassley dans l’affaire Avandia et d’autres alertes sur les risques des médicaments: « Avandia (rosiglitazone): 83.000 attaques cardiaques selon la FDA et le sénateur Charles Grassley« .

Mise à jour:

D’autres articles sur Avandia, mais aussi sur d’autres traitements antidiabétiques sont accessibles à partir de cette page (catégorie « Diabète, Avandia, insuline, Actos, Lantus…« )

Elena Pasca

copyright Pharmacritique

Avandia (rosiglitazone): 83.000 crises cardiaques, infarctus… selon la FDA et le sénateur Charles Grassley

Ce médicament pourrait bien être un nouveau Vioxx, vu l’estimation faite par l’agence américaine du médicament sur les Avandia GSK.jpgattaques cardiaques attribuées à Avandia. L’information vient d’être rendue publique en France par un article que j’ai publié initialement sur le site du Formindep, avant de le reprendre ici. Voici le texte original, suivi d’explications et de liens informatifs.

« Rosiglitazone – Avandia©. Un médicament de la firme GSK aurait provoqué des dizaines de milliers de crises cardiaques »

« 83 000 crises cardiaques supplémentaires depuis l’homologation de la rosiglitazone (Avandia®), selon des estimations de la FDA citées par la Commission des Finances du Sénat des Etats-Unis.

Lire la suite Avandia (rosiglitazone): 83.000 crises cardiaques, infarctus… selon la FDA et le sénateur Charles Grassley