La dépendance tabagique, maladie chronique à traiter indéfiniment. Les origines d’une invention et le cynisme exemplaire de la revue Chest

Nous avions parlé dans cette note de l’article d’Adriane Fugh-Berman et Douglas Melnick dénonçant le dernier cas de disease mongering 360445286.jpg(invention de maladies) : la dépendance au tabac, bombardée maladie chronique à l’instar du diabète et de l’asthme et à traiter en continu… Lumineuse idée d’auteurs servant d’écran de fumée à l’industrie pharmaceutique, comme on pouvait le voir dans les déclarations d’intérêt.

Mais… Il se trouve que la vénérable revue Chest, éditée par le non moins vénérable American College of Chest Physicians, avait déjà lancé cette idée, dans un texte de 2002 qui atteint des combles de cynisme. Il est en libre accès sous le titre Tobacco Dependence. A Chronic Disease.

Comme je le disais dans la note précédente sur l’inefficacité de la nortriptyline, la revue Chest ne prend pas le risque de provoquer un arrêt respiratoire chez les lecteurs en détaillant des conflits d’intérêts à couper le souffle. On ne saura donc rien de ces auteurs avant de fouiller un peu, mais on saura tout de la stratégie marketing des firmes pharmaceutiques produisant des substituts nicotiniques et des médicaments servant d’aides à l’arrêt.

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La nortriptyline inefficace dans le sevrage tabagique. Un autre antidépresseur rayé de la liste par une étude britannique de grande ampleur

Même si la nortriptyline n’est pas commercialisée en France, il est intéressant de voir ce que donne l’utilisation de cet antidépresseur tricyclique, à fort potentiel d’effets secondaires, lorsqu’il est utilisé comme aide à l’arrêt du tabac… Parce qu’il y avait une présomption d’efficacité portant à la fois sur la nortriptyline et le buproprion (Zyban), qui tablait sur des propriétés spécifiques non liées aux effets antidépresseurs. En attendant une étude indépendante sur le bupropion, dont on commence à bien connaître les risques, voici les nouvelles concernant l’autre:

L’éditorial du British Medical Journal en date du 31 mai revient sur une étude publiée le 27 avril par Aveyard et al de l’Université de Birmingham : « Nortriptyline plus nicotine replacement versus placebo plus nicotine replacement for smoking cessation: pragmatic randomised controlled trial ». Il s’agit d’une étude randomisée sur l’efficacité de la nortriptyline (Sensoval, Aventyl, Pamelor, Nortrilen) combinée à des substituts nicotiniques par rapport à une combinaison de placebo et substituts nicotiniques dans le sevrage tabagique de 901 fumeurs. L’étude est dite « pragmatique », parce que les auteurs ont laissé aux fumeurs de choisir ou non des substituts nicotiniques. Le service public de santé britannique (NHS) a assuré une thérapie de groupe pendant 7 semaines, à raison d’une séance par semaine. Le point final primaire de l’étude était l’abstinence six mois après l’arrêt. La combinaison nortriptyline / substituts a montré un effet modeste et statistiquement non significatif par rapport au placebo +/- substituts (risque relatif 1.4; intervalle de confiance 95%, 1.00 vs. 1.98).

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Soutien au projet de loi de transparence sur les conflits d’intérêts des médecins: Physician Payments Sunshine Act

En débat actuellement aux Etats-Unis: un projet de loi qui amende certaines dispositions de la Sécurité sociale américaine. Il fait partie des « sunshine laws » (lois de transparence), appliquées dans divers domaines, mais pas encore dans la santé au niveau fédéral. Il est inspiré par les lois de plusieurs Etats tels le Minnesota, le Vermont, le Maine, etc. dont nous avons parlé dans cette note.

Le projet d’amendement s’appelle « The Physician Payments Sunshine Act » (avec une version « Physician Payments Sunshine Provisions ») et veut faire la lumière sur les liens financiers entre médecins et firmes ; la transparence permettant l’action et la réaction associative, étatique et médiatique. Le projet a été initié au Sénat par le républicain Charles Grassley et par cinq démocrates. Pour mémoire, Grassley est la principale épine dans le pied des industriels et de l’agence américaine du médicament (FDA), et ce malgré son appartenance républicaine (droite américaine). Plus récemment, des députés démocrates ont eux aussi élaboré un texte qui devra être voté bientôt à la Chambre des députés, et qui va un peu plus loin que le projet sénatorial.

Une « coalition nationale pour une prescription rationnelle » réunit plusieurs associations médicales et de consommateurs qui soutiennent ces projets. Elles ont lancé une pétition que tout le monde peut signer : « Shine a Light on Drug Industry Influence » (Faisons la lumière sur l’influence de l’industrie pharmaceutique).

Suivent les détails de l’amendement et des liens supplémentaires :

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Université SARL: le monde privatisé de demain

Jennifer Washburn, journaliste d’investigation, est l’auteure de ce livre paru en 2005 et qui sert de référence à tous les travaux ultérieurs. Elle 257449594.jpga passé des années à réunir cette documentation sur la corruption des universités américaines par les multinationales, à coups de financements privés qui ont progressivement corrompu tout sens du mot « éducation ». Sans parler de la chose publique… (L’étiquette « sold » veut dire « vendu »).

Regardez cette belle caricature intitulée University, Inc.”, d’après le livre de Washburn et illustrant un entretien avec elle, postée sur un site britannique à explorer: Corpwatch. Holding Corporations Accountable (chien de garde qui demande des comptes aux multinationales).

C’est à ça que ressemblent une université et une recherche financées par le privé, qui acquiert de la respectabilité et devient sortable en dévorant tout sur son passage, à commencer par l’intérêt général… La chose publique n’est plus que « chose », elle n’a plus rien de public au sens du monde commun et de l’intérêt général auxquels l’éducation devrait pourtant préparer.

Traduction libre de la légende:

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Universités à vendre aux industriels les plus offrants. Bachelot et Pécresse font du marketing

Le dernier numéro d’Impact Médecine étale Valérie Pécresse sur toute sa une. Et son sourire m’a rappelé une lecture récente, en rapport avec la note précédente sur ce médecin australien censuré par une université arrosée de liquide par l’industrie pharmaceutique.

C’est là qu’on voit ce que devient une université, une recherche publique, dès lors qu’elle est financée par de l’argent industriel… J’avais parlé en passant de Mme Pécresse, en évoquant ce numéro de février de PharmaNetwork, qui a eu le privilège d’avoir deux ministres d’un coup…

C’est un magazine d' »information » précieuse sur les tendances lourdes de l’industrie pharmaceutiques, à l’exemple du « lean management« … Et, parlant « management », j’avais mentionné aussi les techniques magiques de gestion que Roselyne Bachelot s’applique à elle-même… Puisqu’elle y est allée pour évoquer à la une de PharmaNetwork l’avenir de la visite médicale, sans mentionner son propre passé de visiteuse médicale. Il a tout bonnement disparu de son CV. L’avenir de ce métier serait-il de disparaître de la sorte ?

Mais on peut douter que notre ministre de la privatisation de la santé puisse nourrir de telles idées subversives… Entre les paroles et les actes… Il y a par exemple le ratage tout récent sur les dépassements d’honoraires, qui pourraient augmenter au lieu de diminuer comme prévu. Il y a aussi ces phrases sur les changements dans la formation médicale continue que personne ne sait comment interpréter, du moins d’après le Quotidien du Médecin d’hier… (J’espère que tout le monde a remarqué le sérieux et l’indépendance de mes sources dans cette note 😉 Mais je voulais aller là où étaient ces deux ministres, et force est de constater qu’elles ne sont pas allées prêter main forte à la rédaction du dernier numéro de Prescrire, et pas non plus dans un laboratoire miteux du CNRS qui dépérit dans l’indifférence ministérielle, alors…)

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Un médecin australien ose critiquer le Gardasil et se fait rappeler à l’ordre par l’université… financée par la firme qui commercialise le vaccin

Le Dr Andrew Gunn, enseignant en médecine générale à l’université de Queensland en Australie, a eu conflits d'intérêts,corruption,université,liberté d'expression,désinformation médicaledébut avril un blâme de l’université après avoir exprimé ses réserves vis-à-vis du Gardasil et de son marketing lors d’une émission d’ABC Radio. Et le comble : la faculté de médecine voulait qu’il adresse des excuses au fabricant du vaccin… Le blog Scientific Misconduct dit à juste titre que l’université du Queensland a signé ce jour-là son ticket de « sortie du monde scientifique civilisé ». Pour entrer, pourrions-nous ajouter, dans le monde du profit motus et bouche cousue, non, trop pleine de billets, repas, stylos et autres voyages.

Il se trouve que cette université est copropriétaire du brevet et « collabore » avec la firme CSL (équivalent australien de Sanofi Pasteur MSD) dans la fabrication et la commercialisation du Gardasil. Ce qui veut dire que la firme pharmaceutique finance, donc décide, contrôle et… réprimande…

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Gwen Olsen, visiteuse médicale, dévoile les méthodes des laboratoires et la complaisance des médecins…

Pour ceux qui ne parlent pas anglais, voici les grandes lignes de l’intervention de Gwen Olsen, visiteuse médicale pendant 15 ans:

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Eli Lilly : désinformation délibérée sur les effets indésirables du Zyprexa. Un visiteur médical parle

C’est le témoignage de Shahram Ahari, un ancien visiteur médical d’Eli Lilly, dont je donne les grandes lignes, suivies d’autres informations. Ahari a surtout fait la promotion de l’antipsychotique ZYPREXA° (olanzapine), utilisé principalement dans le traitement de la schizophrénie et des troubles bipolaires. Il raconte les « combines » pour influencer les médecins et témoigne du cynisme absolu d’Eli Lilly.

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« Pharmas-co-dépendance »: tares du complexe médico-pharmaceutique en panne d’innovation thérapeutique

Merci au médecin qui m’a signalé cet article paru dans le journal Canadian Family Physician en octobre 2007 sous la plume de Pierre Biron, Martin Plaisance et Paul Lévesque.

Le texte est repris après mes remarques.

Je suis beaucoup moins optimiste quant aux possibilités que l’industrie pharmaceutique entende le message et réfrène ses ardeurs: « L’industrie pharmaceutique doit être ramenée à l’ordre. Elle s’est déjà avérée suffisamment résiliente pour s’adapter au changement si la société insiste. », disent les auteurs. Je pense qu’elle s’adapte en surface, adapte sa communication et son marketing, invente des stratégies nouvelles pour faire passer la pilule, dorée en fonction des modes qu’elle contribue largement à créer. Mais elle ne changera jamais profondément.

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« Médecins sous perfusion » financière, manoeuvres promotionnelles des firmes… Le deuxième rapport de l’IGAS et des précisions de l’UFC Que choisir

Voici un article de Rouba Naaman, paru sur le site Novethic fin janvier. L’auteure commente l’étude et les communiqués de l’UFC-Que choisir et souligne certains aspects de l’étude sur les cinq classes de médicaments dont les prescriptions ont été passées au crible. Mais ce qui retient le plus l’attention, ce sont les commentaires de quelques dirigeants de l’association de défense des consommateurs ainsi que de certains représentants des firmes pharmaceutiques et de leur syndicat, le LEEM. C’est ironique… Il y a une grande solidarité entre les firmes et les médecins ayant des conflits d’intérêts dès que quelqu’un pointe un doigt accusateur… Il n’y a que des innocents… Que des professionnels de santé et de l’industrie pharmaceutique qui ne sont pas responsables. Doit-on comprendre qu’ils sont irresponsables?

Précision importante: Le deuxième rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales), dont il est question dans le texte, est resté confidentiel pendant quelque temps. Vous pouvez le lire sur cette page de la Documentation française, sous le titre « Encadrement des programmes d’accompagnement des patients, associés à un traitement médicamenteux, financés par les entreprises pharmaceutiques ».  L’IGAS n’est pas dupe. Les auteurs voient dans les projets de « programmes d’accompagnement » ou d' »observance » des manœuvres promotionnelles des firmes pharmaceutiques qui cherchent à avoir un accès direct aux patients pour mieux les influencer.

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Des milliards gaspillés pour une qualité de soins moins bonne. D’autres articles de l’UFC Que choisir sur l’irrationalité des prescriptions

Voici des extraits de quelques autres documents de l’UFC – Que choisir, chiffrant les conséquences des prescriptions irrationnelles à des milliards d’euros. Un milliard d’euros sur cinq ans, rien que pour cinq classes de médicaments représentant à peine 14% des prescriptions des médecins de ville… Sans aucune amélioration de la qualité de soins, au contraire.

Les extraits sont suivis d’un lien vers les propositions faites par l’association et de liens vers des articles plus anciens, mais qui ont gardé toute leur actualité. A lire pour avoir une image de plus en plus claire de ce qui se passe dans le meilleur système de santé du monde…

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L’irrationalité des prescriptions en France, conséquence de la désinformation par l’industrie pharmaceutique. Constat de l’UFC Que choisir et de l’IGAS

(Un problème technique a rendu les textes réunis sous la catégorie « Prescriptions irrationnelles au profit des firmes », datant de février/mars, inaccessibles par le bouton de recherche ou les catégories. La seule solution est de les reposter… Occasion de les (re)lire 😉 Cette note est parue d’abord sur cette page, sur laquelle on peut lire à la fin les commentaires critiques d’une visiteuse médicale, et c’est pourquoi on ne la supprime pas).

Le 15 janvier 2008, l’UFC Que choisir, association de défense des consommateurs, a publié les résultats de son étude intitulée « Prescriptions de médicaments : Des prescriptions irrationnelles, un constat confirmé par la Cour des Comptes ». L’association rappelle ses propres analyses tout en rendant compte de la parution de deux rapports alarmants sur les dérapages en matière de (dés)information médicale et de filière du médicament, les deux complètement dominées par l’industrie pharmaceutique : le rapport de la Cour des Comptes, paru en septembre 2007, et celui de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales), paru en octobre).

On peut aussi voir dans l’irrationalité des prescriptions – donc de la majeure partie du système de soins – l’un des symptômes de cette « liberté » sans limites du médecin que nous évoquions dans cette note, quoique sous un autre angle. Pour beaucoup de médecins, cette liberté justifie même leurs conflits d’intérêts, donc le consentement à la corruption pharmaceutique… Cette liberté-là est absolutisée au point de devenir de l’arbitraire pur, négation de la liberté des patients, qui en subissent les conséquences. Rappelons encore une fois qu’aucune firme n’a jamais obligé un professionnel de santé à accepter son argent, ses « honneurs » ou ses visiteurs médicaux… Non, la corruption se fait en toute « liberté »… Corruption d’une médecine qui comprend le mot « libéral » au sens d' »ultralibéral »: profitons sans entraves…

Le marketing des firmes pharmaceutiques fait en sorte de contourner les génériques et incite les médecins – à l’aide de petits ou grands cadeaux – à prescrire des médicaments nouveaux, très chers, dont ni l’efficacité ni la sécurité d’emploi ne sont sûres et suffisamment testées. La médecine tend à devenir une activité commerciale comme une autre, organisée autour de la vénération du profit, et mettant en danger la santé des usagers par le recours trop rapide et irréfléchi à des « nouveautés » qui n’ont pas fait leurs preuves. Les usagers ont aussi à payer le coût du marketing des firmes pharmaceutiques, compris dans le prix des médicaments, par exemple. Et encore, si les médicaments récemment autorisés étaient de véritables nouveautés… Mais la plupart du temps, c’est loin d’être le cas. Cette note peut être lue en continuité avec la déclaration de l’ISDB (International Society of Drug Bulletins) sur le (très faible) progrès thérapeutique, dont nous avons résumé les grandes lignes.

Revenir à la raison, à un usage plus rationnel et raisonnable des médicaments, a pour condition nécessaire l’élimination pure et simple des conflits d’intérêts. Chaque médecin peut commencer par le refus de recevoir les visiteurs médicaux payés par les firmes. Il existe des délégués de l’assurance-maladie (DAM), par exemple, qui fournissent des informations sur les médicaments. 

Le texte de l’UFC Que choisir: Prescriptions de médicaments : Des prescriptions irrationnelles, un constat confirmé par la Cour des Comptes 

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Les lobbies semenciers et agro-industriels font la loi et se fichent de l’intérêt général. Le passage en force sur les OGM : un autre déni de démocratie

Dans cette séquence diffusée le 23 mai sur Public Sénat, le sénateur socialiste Jacques Muller commente le passage en force du gouvernement sur les OGM à travers la Commission mixte paritaire : « manifestement, les interventions des lobbies productivistes et de l’agro-industrie ont plus pesé, plus compté que l’intérêt général (…). [Quant au dialogue entre scientifiques et la société civile, promis par le Grenelle, force est de constater que] la société civile est désormais confinée dans le rôle de faire valoir, réduite à faire des simples recommandations qui ne pèseront rien – personne n’est dupe -, par rapport aux avis dits « scientifiques ». Enfin, le principe de responsabilité est bafoué. (…) En définitive, cette loi consacre un nouveau principe : le principe du pollué payeur. (…) Au final, le Grenelle des OGM n’aura été qu’un vaste écran de fumée, incapable de dissimuler une situation décidément récurrente : les lobbies semenciers et agricoles productivistes, complaisamment relayés par une majorité globalement aux ordres, continuent de faire la loi dans notre pays ».

Documentaire « Le bien commun »: la logique marchande du néolibéralisme et ses lobbies détruisent les ressources naturelles et l’humanité

Cet excellent documentaire canadien réalisé en 2002 par Carole Poliquin sous le titre « Le Bien commun. L’assaut final » met à nu la tendance historique à l’autodestruction de l’humanité au moyen de ses (pires) produits technoscientifiques, façonnés par le néolibéralisme à des fins de profits privés incompatibles avec toute notion d’intérêt général ou d’intérêt public. Toutes les ressources naturelles sont privatisées et font l’objet de brevets et droits d’exploitation par des Monsanto, des Myriad Genetics et autres multinationales pharmaceutiques, agro-alimentaires, chimiques, ainsi que par les compagnies d’assurances et les prestataires privés de santé et de soins…

L’OMC (organisation mondiale du commerce) chaperonne l’ensemble et veille à ce que la spoliation faite par « la main invisible » du marché se fasse sous l’apparence de la légalité… Et avec cette marchandisation qui détruit tout bien commun, c’est l’idée même d’humanité qui disparaît. Très facilement, comme on l’apprend dès l’introduction: « Dieu créa le monde en sept jours. Quelques années plus tard (…), pour l’homme d’affaires, cette idée de biens communs constituait (…) l’ultime frontière le séparant de son but: transformer le monde entier en marchandise et proclamer enfin le marché total ». Ce ne sont pas les services publics qui vont résister à ce raz de marée… Pour les démolir, l’homme d’affaires, qui flaire dans la santé et ailleurs un filon de profits infinis, « organise patiemment la pénurie » et fait en sorte que les citoyens eux-mêmes se détournent des services publics perçus comme trop chers et inefficaces.

Comme le dit une intervenante vers la fin: les biens communs ne sont pas qu’une question de patrimoine: « Sans une notion de biens communs, nous ne survivrons pas ».

Voici le documentaire en plusieurs parties:

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Une étude détaille les effets indésirables neurologiques et cardiovasculaires du Champix, médicament d’aide au sevrage tabagique

Michael Siegel est spécialisé en médecine préventive et en santé publique à l’université de Boston. Ses activités de recherche sont centrées 373147539.jpgdepuis 20 ans sur le tabagisme actif et passif, ses effets indésirables, les modalités d’arrêt et les diverses politiques de régulation. Il tient un blog intitulé Tobacco Analysis, sur lequel il dénonce entre autres le lobbying de l’industrie pharmaceutique pour la prohibition. Les firmes pharmaceutiques ont mis sur le marché – avec la complicité des autorités sanitaires qui ont tout approuvé en invoquant la santé publique – toute une panoplie de médicaments et de substituts nicotiniques fort profitables… Ainsi, Pfizer a fait une énorme campagne de publicité pour dénoncer le tabagisme… afin de vendre la varénicline sous le nom de Champix (Chantix aux Etats-Unis).

On apprend dans une note du 23 mai du Dr Siegel que la l’Administration fédérale de l’aviation (FAA) des Etats-Unis vient d’interdire aux pilotes et aux contrôleurs aériens l’usage de la varénicline (Champix) à cause des centaines de signalements d’effets indésirables. Ces derniers sont confirmés par une étude aux résultats dévastateurs faite par le Institute for Safe Medication Practices, organisme à but non lucratif. D’où la différence d’appréciation…

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« Selling Sickness », documentaire sur le disease mongering ou façonnage de maladies. Médicaliser les bien-portants pour vendre plus de médicaments

Titre complet : “Selling Sickness. An Ill for Every Pill” (Vendre des maladies. Une maladie pour disease mongering,façonnage de maladies,profit,marketing,normalité,antidépresseurschaque médicament), 2005. Co-écrit par Ray Moynihan et inspiré du livre de Moynihan et Alan Cassels évoqué dans cette note.

Le documentaire peut être visionné sur cette page. A noter qu’une conférence internationale a eu lieu, sous le même titre (Selling Sickness), en avril 2006 à Newcastle (Australie).

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L’association féministe espagnole ADIBS lance une campagne d’information pour contrer la publicité « illégale et mensongère » sur le Gardasil

L’Association des Femmes des Iles Baléares pour la Santé (ADIBS) proteste contre la campagne de peur de Sanofi Pasteur MSD et Merck visant à augmenter les ventes du vaccin Gardasil. Elle a critiqué la décision du gouvernement des Iles Baléares d’inclure le Gardasil dans le calendrier vaccinal et va faire appel de la décision d’une première instance de rejeter sa plainte contre les firmes pour publicité illégale et mensongère. De plus, cette publicité falsifie les données et les études existantes et crée une panique injustifiée, a déclaré la présidente d’ADIBS, María José Hernández Ortiz. Elle a exprimé ses « doutes sur l’efficacité du vaccin » lors d’une conférence de presse reprise dans divers articles.

L’association a mis en ligne une information synthétique et accessible sur les infections par papillomavirus humain (HPV), le cancer du col de l’utérus et le Gardasil. Si l’animation ne fonctionne pas, elle peut être vue sur cette page.

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« Disease mongering »: façonner des maladies pour chaque médicament, médicaliser émotions, mal-être et bien-portants (Ray Moynihan, Alan Cassels)

La journaliste médicale Lynn Payer avait 1829358310.jpgidentifié et décrit ce phénomène dans son livre de 1992 Disease-Mongers, dont j’ai parlé dans cette note. Son auteure est décédée en 2001, mais le terme « disease mongering »  (façonnage/ invention/ fabrication de maladies) s’est imposé grâce à des auteurs tels Ray Moynihan. Ceux qui lisent l’anglais peuvent se référer aussi à l’un de ses premiers articles sur le sujet, Selling Sickness: the Pharmaceutical Industry and Disease Mongering, paru en 2002 dans le British Medical Journal. L’article pose les jalons du livre publié en 2005, co-écrit par Ray Moynihan et Alan Cassels, et dont le titre veut dire à peu près « Vendre des maladies [fabriquées par le service marketing]. Comment les plus grandes firmes pharmaceutiques nous transforment tous en patients ». 

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L’Occident doit réviser sa politique de santé et arrêter le pillage des ressources médicales du tiers-monde. La revue The Lancet souligne les mérites de Cuba

La politique actuelle de santé crée du tiers-monde médical en France et dans les autres pays industrialisés et déleste les pays pauvres de leurs professionnels de santé.

Début mars a eu lieu à Kampala (Uganda) le premier Forum global des ressources humaines dans le domaine de la santé. Le journal médical The Lancet en rend compte dans cet article (qui n’a pas de résumé) : John S Yudkin et al, “Global health-worker crisis: the UK could learn from Cuba”. The Lancet, Volume 371, Issue 9622, 26 April 2008-2 May 2008, Pages 1397-1399. Nous le résumons puis ajoutons quelques autres références pour faire comprendre les enjeux pour la médecine occidentale comme celle du tiers-monde.

Yudkin et al. ne manquent pas de souligner que le Royaume-Uni contribue à la pénurie de professionnels de santé au tiers-monde par sa politique de recrutement ; celle-ci fait reposer tout le fonctionnement de son système public de santé sur les médecins et les infirmières qu’il amène du tiers-monde. Ce qui laisse les populations des pays d’origine sans aucun recours médical. Les pays occidentaux doivent trouver rapidement une solution à ce problème, par des partenariats, des programmes destinés à former des professionnels pour le tiers-monde (et les pays en développement) et des changements de politique. Et les auteurs de recommander aux autorités politico-sanitaires britanniques de prendre Cuba pour exemple.

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La médecine comme outil biopolitique (contrôle social, normalisation, politiques hygiénistes…)

Ce texte de François Cusset se réclame de Michel Foucault, lui-même inspiré par les penseurs de la normalité médecine normalisation,contrôle social médecine médicament,individualisme néolibéral santé,politique hygiéniste biopolitique,médicalisation surmédicalisation,prévention abus de prévention,hyperactivité adulte,médecine différence anomalie normal,médecine prescriptive éthique,norme médicale norme sociale,tabac liberté maladie,médecine correction punition,théorie critique médicalisation,foucault médicalisation biopolitique,fonction sociale de la médecineThéorie critique (« Ecole de Francfort »). J’en reproduis les principaux fragments après une introduction beaucoup plus large, faite dans les termes de la Théorie critique, qui dénonce les méthodes biopolitiques par lesquelles le système procède à l’ajustement des individus aux rôles socio-économiques dont le système a besoin et évite toute remise en cause en psychologisant et en dépolitisant les problèmes et les symptômes ressentis par les individus ainsi formatés et programmés.

L’image renvoie au Panopticon imaginé par Jeremy Bentham: le modèle de la société disciplinaire parfaite, transparente, permettant une surveillance et un contrôle de tous les instants.

Les progrès de l’individualisme néolibéral se paient par une responsabilisation et culpabilisation de l’individu sommé de se comporter à tous les instants et dans toutes les dimensions de sa vie en parfait capitaliste qui soigne ses investissements, son « capital » (physique, mental…) et fait tout pour qu’ils donnent le meilleur rendement possible. Y compris dans le plaisir. Le Viagra et autres prothèses médicamenteuses (médicaments de confort, lifestyle drugs, etc.) sont là pour aider à améliorer la performance.

Il faut – dit l’idéologie néolibérale tellement bien intériorisée que l’individu pense faire acte de liberté – augmenter la productivité et la profitabilité, le rendement, la valeur du bien et ses peformances… Herbert Marcuse parlait en son temps du « principe de rendement ». Il est requis y compris s’agissant de son propre corps, objet de gestion, de maîtrise et de perfectionnement au moyen de diverses techniques taillées sur mesure pour permettre à la politique hygiéniste de s’insinuer partout, sous prétexte de prévention, revendiquée par la médecine préventive telle que la décrit David Sackett, couplée à une médecine prédictive (pensons au tout génétique mal vulgarisé) et à une médecine prescriptive, au sens éthique du terme, ou plutôt revendiqué comme tel par des médecins qui forgent des normes médicales qui deviendront des normes sociales, qui énoncent des préceptes dont la validité se veut morale, comme lorsqu’ils culpabilisent les femmes en émettant des injonctions sur l’allaitement présenté comme une démarche éthique, et non pas comme une pratique… 

L’allaitement est un exemple volontairement banal et quotidien. Pensons aux conséquences d’un discours moralisateur sur les femmes sommées de retourner à la maison pour le bien de l’enfant, dont l’avenir – le sien et celui de la planète – serait meilleur s’il portait des couches lavables et mangeait uniquement des aliments préparés par sa mère. 

La prévention, la référence à la santé publique, à la responsabilité de l’individu pour sa santé et celle de l’ensemble de la société semblent tout légitimer, toutes les interventions de contrôle social et de régulation (correction, substitut moderne de la punition) dans la vie des individus, toutes les injonctions prétendument éthiques et les « grammaires de comportement » pour les masses et autres bibles à suivre à la lettre, selon la description très juste d’Alain Ehrenberg.

Cet abus de prévention est lui-même générateur de maladies par la médicalisation (surmédicalisation et surmédicamentation) qu’il induit et qui fait courir des risques inutiles à une population bien-portante. Puisque outre la prévention qui régule les comportements estimés à risque selon des critères sociaux, l’autre façon de faire de la prévention se réduit habituellement à la prescription médicamenteuse (prévenir l’ostéoporose, l’infarctus, le diabète, bref, vider les pharmacies pour des maladies qui ne sont pas là), ce qui n’est jamais sans créer des effets indésirables… donc d’amener à nouveau les individus dans l’escarcelle de la médecine, qui pourra les surveiller et les « corriger » selon les dernières exigences sociales…

Le corps est un objet de marketing, puisqu’il faut savoir « se vendre », ce à quoi préparent tous les coachs, ces parfaits enseignants de l’adaptation aux rôles et aux exigences du marché néolibéral, qu’il s’agisse du marché du travail, du marché de l’amour, du marché de la santé ou d’autres rôles…

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