Les pauvres du Sud, cobayes de l’industrie pharmaceutique pour les médicaments du Nord

Sonia SHAH est une journaliste canadienne d’investigation dont le travail se focalise sur « la collusion entre science et politique dans un monde détraqué », sur les dérapages des lobbies, en particulier celui pharmaceutique et celui pétrolier. Elle a publié deux livres, l’un sur les essais cliniques 667586b26ef9eb42acb94dba8d357f51.jpgdans les pays pauvres, où les firmes pharmaceutiques « chasseurs de corps » prennent pour cobayes les plus pauvres (The Body Hunters : Testing new Drugs on the World’s Poorest Patients, 2006) et l’autre sur le complexe politico-pétrolier (Crude : The Story of Oil, 2004). A signaler aussi son engagement féministe, concrétisé dans des articles et dans la direction d’un ouvrage sur les féministes américano-asiatiques (The Dragon Ladies, 1997).

Son livre, The Body Hunters, est paru en français il y a quelques mois : Cobayes humains. Le grand secret des essais pharmaceutiques. Préface de John Le Carré. Demopolis, Paris, 2007, 348 pages, 24 €.

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Des pétitions santé: handicap, maladies, médicaments, firmes…

Voici une sélection de pétitions qui me semblent importantes ; certaines sont insuffisamment connues, voire ignorées. Même si nous ne sommes pas tous touchés de la même façon par tous les sujets, la solidarité devrait nous pousser à nous intéresser aussi à ce qui sort de notre cadre quotidien d’expérience. Parce que si on attend que tous ces sujets soient abordés au journal de 20 heures ou dans notre presse concentrée aux mains de quelques lobbies…

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Les media ou Le premier pouvoir de désinformation au service des lobbies: « Orwell se retourne dans sa tombe »

Le documentaire « Orwell se retourne dans sa tombe« , réalisé par Robert Kane Pappas, est en plein dans le sujet lorsqu’on Orwell Rolls in his Grave.jpgcritique les dérives du lobby pharmaceutique et des divers corporatismes qui participent de la désinformation (générale et médicale) que nous vivons et que nous contribuons à perpétuer par l’absence de réflexion critique. Le pouvoir corporatiste qui détient les media joue selon la même loi du plus fort et du marketing que les corporations/ multinationales pharmaceutiques. Déformation, censure, manipulation, mensonge, faiseurs d’opinion (leaders d’opinion / dealers d’opinion) au service des groupes d’intérêt privés – la situation américaine vaut bien la nôtre. Les lecteurs de Marianne, du Canard enchaîné et du Monde diplomatique retrouveront des thèmes familiers : concentration des media aux mains de quelques lobbies tels celui de l’armement, monopoles occultés par l’illusion du choix, avec la pléthore des titres et des chaînes… Occuper par tous les moyens le « temps de cerveau disponible », par une information préformatée, prémâchée – qui empêche les lecteurs / spectateurs d’appronfondir les choses pour se forger un avis éclairé – et par le divertissement…

Non, ce n’est pas une énième version de la théorie du « complot » – injure à la mode dès que quelqu’un ose sortir des vérités préfabriquées livrées par packs… Mais c’est le constat d’une évolution vers ce que décrivait George Orwell dans son roman « 1984 ». Constat fait par des élus britanniques et américains – tels ce député du Vermont qu’on aimerait bien avoir en France… -, par un ancien procureur de Los Angeles, par des spécialistes des media (universitaires, anciens dignitaires médiatiques, producteurs), par des « chiens de garde » tels le Center for Public Integrity et d’autres. Il y a une fraîcheur, une spontanéité langagière et d’analyse qui tranche nettement avec ce qu’on peut lire ou entendre en France.

Le documentaire est sous-titré en français.

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Etude sur les risques de Gardasil demandée d’urgence par les politiques allemands, face aux nombreuses critiques

Les voix critiques de plus en plus nombreuses, la participation active de la presse et la mise en évidence des nombreux conflits d’intérêt dans l’affaire du vaccin anti-HPV Gardasil avaient déjà divisé l’opinion allemande. La mort, révélée récemment, d’une jeune Allemande et d’une jeune Autrichienne a mis de l’huile sur le feu et poussé le parti de la chancelière Angela Merkel à réagir, par la voix de sa porte-parole en matière de santé. Ecran de fumée pour calmer les esprits ou volonté politique sérieuse ? A suivre.

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Les leçons du procès Neurontin : conflits d’intérêts, corruption, manipulation de la formation médicale continue

La question du suicide, abordée dans la note précédente, s’était déjà posée en marge du scandale de l’antiépileptique Neurontin (gabapentine). Mais l’affaire judiciaire Neurontin a dévoilé beaucoup de dimensions et de facettes de la stratégie des multinationales pharmaceutiques et vaut la peine que l’on s’y attarde le temps d’une note…

Voici un article de la revue belge Minerva. Revue d’Evidence Based Medicine [médecine basée sur des preuves]. Il y est question des pratiques de corruption de Pfizer pour faire prescrire l’antiépileptique Neurontin, et des pratiques douteuses de l’industrie pharmaceutiques qui rendent cela possible, encore de nos jours, en manipulant la formation des médecins et l’information médicale. Pfizer a dû payer 430 millions de dollars d’amende aux Etats-Unis, pour une stratégie délibérée de promotion illégale du Neurontin.

A la fin du texte, il y a un lien vers un article intéressant sur les mêmes combines, puis un autre vers un document officiel concernant les contraintes de Pfizer suite au procès. On peut toujours espérer que la France s’en inspire un jour…

A partir du procès Neurontin, qui date de 2004, l’article de Minerva EBM décrit un schéma répétitif, un registre de méthodes diversement combinées par l’industrie pharmaceutique selon la cible respective. Seuls la firme et le médicament changent.

On y voit pourquoi l’industrie investit partout et comment elle se sert du contrôle quasi-total que ces financements lui donnent sur tout le système de soins. Et notamment sur la formation continue des médecins (qu’elle contrôle à 98% en France). Les faiseurs d’opinion sont un autre levier essentiel du dispositif de désinformation : des médecins réputés dans leurs spécialités respectives – qui sont payés pour faire de la publicité à tel médicament. Ils  écrivent des articles promotionnels, en parlent dans les media, spécialisés ou généralistes, ils en imposent l’usage dans leurs services hospitaliers, etc. Puis il y a les cadeaux et congrès au soleil et la visite médicale pour les « petits » médecins… Sans parler des études médicales dont le contenu peut changer comme par magie… Bref, des conflits d’intérêts à tous les niveaux, et les intérêts financiers des firmes et de leurs obligés qui passent avant le seul intérêt légitime dans le système de soins : la santé de l’usager.

La formation médicale sans tain : la promotion de la gabapentine [Neurontin]

« Le vif intérêt des firmes pharmaceutiques pour être reconnues comme partenaires de la formation médicale continue est perçu de manière fort divergente par les différents organisateurs de telles activités. Le récit, publié sous la forme d’une ‘Narrative Review’ dans les Annals of Internal Medicine1, de la promotion de la gabapentine (Neurontinâ) par la firme Warner-Lambert dans les années 1990 invitera sans doute à davantage de réflexion. Toute l’information provient des minutes du procès qui a eu lieu, source quasi unique de ce type de révélations.

La firme Pfizer a repris à son compte, en l’an 2000, les activités de la firme Warner-Lambert. C’est dans ce cadre que la firme Pfizer a été condamnée, en 2004, pour avoir enfreint la réglementation fédérale lors de la promotion de la gabapentine. Ce médicament avait été enregistré, jusqu’en 2002, uniquement dans l’indication de traitement adjuvant en cas d’épilepsie. Pfizer a dû cependant admettre que la firme Warner-Lambert avait promotionné ce médicament dans d’autres indications : douleur, troubles psychiatriques, migraine et autres indications non étayées. La condamnation a suivi : 430 millions de dollars.

Une transgression de la réglementation étatsunienne ou autre lors de la promotion d’un médicament est monnaie courante2,3. Ce qui nous paraît surtout intéressant dans cette affaire, c’est de découvrir la stratégie, bien élaborée, qui a permis d’influencer pendant plusieurs années le jugement et les stratégies de prescription des médecins. Pour la promotion de la gabapentine, la firme a constitué des commissions d’avis, a organisé des réunions de consultants et des séances de formation médicale continue avec l’aide de tiers rémunérés. Cette stratégie s’appuyait sur des promoteurs locaux avec la collaboration de leaders d’opinion devant communiquer des messages favorables pour la gabapentine à leurs confrères. La recherche et des bourses d’étude étaient également utilisées pour le marketing, en encourageant les prescripteurs cibles à participer à cette recherche, dans le cadre d’une grande étude ciblant des indications fort larges. Le but final était l’obtention d’une part de marché importante. Des sociétés de communication médicale étaient sollicitées pour élaborer et publier des articles concernant la gabapentine dans les revues médicales, mais aussi pour faire disparaître les études non favorables au médicament.

Ces révélations sont perturbantes ; comment une telle situation a-t-elle pu voir le jour ? Il faut, en premier lieu, se rendre compte qu’un médicament a pu être promotionné pendant des années en dehors des indications officielles (reconnues par la FDA dans ce cas). Ce phénomène suscite l’étonnement, l’incompréhension mais aussi un sentiment d’insécurité. En Belgique, les indications d’un médicament sont déterminées avec précision par la Commission des Médicaments. Faire la promotion, hors indication, d’un médicament, expose, dans la réglementation de la nouvelle Agence fédérale des médicaments et des produits de santé, à de lourdes amendes. Le praticien qui établit une prescription médicamenteuse hors indication (« off label ») le fait à ses propres risques.

Cet exemple ill
ustre également à la perfection l’adage « Medical education drives this market »2,
manipulation de la formation médicale continue guidée par une motivation exclusivement économique. Ces constatations sont très inquiétantes pour l’évaluation de la qualité de la formation médicale continue. Comme les auteurs de cet article, nous y voyons une préoccupation essentielle. D’une part, de nombreux médecins et collaborateurs revendiquent et construisent une information indépendante ; les recommandations de bonne pratique, le CBIP [bulletin de pharmacovigilance] et Minerva en sont des exemples. Cette information indépendante critique est cependant dépendante des études publiées, largement sponsorisées dans la plupart des cas². Face à cette démarche, les stratégies de marketing, avec leur confusion orchestrée entre résultats d’études, formation continue et promotion2,3.

Avec tous les professionnels de la santé et avec les autres personnes réclamant une information indépendante à propos des médicaments, Minerva plaide pour l’élaboration d’un code rigoureux. Les conflits d’intérêt éventuels des médecins, des chercheurs, des auteurs, des sociétés scientifiques, des revues, des associations de patients, des organisateurs et orateurs de formation médicale continue doivent être mentionnés dans la transparence. Cette condition remplie, les professionnels de la santé pourront ainsi se forger un avis de la validité de l’information reçue. Cette préoccupation dépasse largement nos frontières4. En Belgique, force est de constater le peu de réponse à l’appel lancé par l’Académie Royale de Médecine à ce propos5.

Pierre Chevalier, Marc De Meyere

Références

  • 1.       Steinman MA, Bero LA, Chren MM, Landefeld CS. Narrative review: the promotion of gabapentin: an analysis of internal industry documents. Ann Intern Med 2006;145:284-93.
  • 2.       Angell M. Is academic medicine for sale? N Engl J Med 2000;342:516-8.
  • 3.       De Meyere M. Manipulations insidieuses : Minerva pas assez critique ? MinervaF 2004;3(3):36-7.
  • 4.       Brennan T, Rothman D, Blank L, et al. Health industry practices that create conflicts of interest. JAMA 2006;295:429-33.
  • 5.       Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België. De relatie tussen artsen en de farmaceutische bedrijven. Tijdschr Geneeskd 2002;58:1617-9. »

Notre remarque: les recommandations de bonne pratique sont faites par des experts, ayant très souvent eux-mêmes des conflits d’intérêts. Pareil pour ceux qui sont chargés de pharmacovigilance, surtout au niveau national. On ne peut pas penser d’emblée, comme le fait Minerva, qu’ils sont blancs comme neige… Les revues médicales qui acceptent la publicité des laboratoires non plus, d’ailleurs. 

Cet article de l’Alliance for Human Research Protection donne une bonne description des multiples conflits d’intérêts et de l’instrumentalisation de la formation médicale continue pour que des médecins achetés par les Pfizer imposent le Neurontin dans toutes sortes de maladies. Il y a d’autres informations et exemples de conflits d’intérêts surtout en psychiatrie. L’agence américaine du médicament est épinglée pour son silence, voire sa servilité envers les firmes. Toute ressemblance avec la situation française n’est pas fortuite…

Ce qui est intéressant lorsqu’une firme pharmaceutique est poursuivie aux Etats-Unis – à part la possibilité même de poursuivre, s’entend! – c’est la transparence de la justice : le jugement est rendu public, accessible sur Internet, tout comme les grandes lignes des obligations de la firme respective envers l’Etat. Elle signe une sorte de contrat de redressement avec les pouvoirs publics, appelé « corporate integrity agreement ». Il s’agit d’une série de contraintes et de dispositifs destinés à ramener Pfizer, en l’occurrence, sur le droit chemin, celui de l’intégrité, et de l’y maintenir. Ce qui n’est pas chose facile, parce que l’industrie pharmaceutique a une tendance naturelle au dévoiement… Ces « accords » sont pour une durée déterminée ; de 2004 à 2009 pour Pfizer. Période pendant laquelle la firme susceptible d’être contrôlée plus souvent par l’Inspection Générale, relevant du Département fédéral de la santé aux Etats-Unis. Les grandes lignes de l’accord sont détaillées sur cette page de l’Inspection Générale.

Quand est-ce qu’on aura en France aussi une loi qui permette d’avoir toute l’information, des lois qui permettent de défendre le bien public et la santé publique, des procureurs qui intentent des procès aux firmes pour corruption et autres fraudes, des jugements publics et des programmes de redressement accessible sur Internet ??

Antiépileptiques : risque de suicide, dit l’agence américaine du médicament

L’agence américaine du médicament (FDA) a émis le 1er février 2008 un communiqué informant professionnels de santé et patients sur le risque d’apparition d’une dépression, de tendances suicidaires et d’idéation suicidaire chez les patients traités par antiépileptiques.

Ont été étudiés directement les antiépileptiques suivants: CARBAMAZEPINE (Tegretol, Carbatrol, Equetro), FELBAMATE (Felbatol), GABAPENTINE (Neurontin), LAMOTRIGINE  (Lamictal), LEVETIRACETAM (Keppra), OXCARBAZEPINE (Trileptal), PREGABALINE (Lyrica), TIAGABINE (Gabitril), TOPIRAMATE (Topamax), VALPROATE (Depakote, Depakote ER, Depakene, Depacon), ZONISAMIDE (Zonegran).

Je cite le principe actif en premier, parce que certains noms peuvent être différents en France. La mise en garde sera incluse aussi dans les notices américaines des autres antiépileptiques.

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La Commission Européenne nuit à la santé! Communiqué du « Collectif Europe et Médicament »

Le Collectif Europe et Médicament tire la sonnette d’alarme.

Il était urgent d’actualiser la réglementation européenne sur la pharmacovigilance, mais… ce qui se trame n’est pas une amélioration, c’est la porte ouverte à l’industrie pharmaceutique même dans des domaines de la santé qui lui étaient moins accessibles auparavant. Porte ouverte et tapis rouge déplié par les propositions de la Commission européenne, qui vont dans le sens d’une déréglementation à tout va, privilégient les intérêts des firmes pharmaceutiques et tendent à défaire même le peu de garde-fous actuels. La Commission veut déléguer beaucoup de prérogatives de pharmacovigilance à l’industrie pharmaceutique, par exemple la gestion des signalements d’effets indésirables, sans se soucier le moins du monde des conflits d’intérêts. Et puisqu’on labelise tout de nos jours – selon le modèle des marques chères aux firmes – le label qui s’impose pour la Commission européenne est: Nuit gravement à la santé!

Voici le communiqué de presse émis conjointement par le Collectif Europe et Médicament l’International Society of Drug Bulletins et Health Action International. Leurs (contre-)propositions sont présentées dans le fichier inséré à la fin du texte.

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Industrie pharmaceutique: du profit à tout prix. Le marketing des me-too cache l’absence d’innovation thérapeutique

Marc-André Gagnon est l’un des auteurs de la toute récente étude sur le marketing de l’industrie pharmaceutique, dont Bourse Pharmalot.jpgnous rendions compte dans la note précédente.

Et voici un article publié hier où Gagnon se départit de la neutralité des chiffres et dénonce ! Preuve que tous les économistes ne sont pas (encore ?) adeptes des théories ultralibérales du profit à tout prix. Il y en a encore qui pensent en termes de raison. Ouf ! Tout n’est peut-être pas perdu ! Gagnon ne mâche pas ses mots sur les conséquences de la prédominance du marketing sur la production, qu’il mettait en évidence dans son étude.

Pour utiliser les termes de Marx, parfaitement appropriés en l’occurrence, l’industrie pharmaceutique est le parfait exemple de la tendance économique qui fait passer la valeur d’échange avant celle d’usage. Ce n’est pas l’utilité d’un médicament qui compte, mais ce qui vient se surimposer. Les firmes vendent une marque, un logo, une illusion, en jouant sur la tendance sociale au conformisme, y compris dans la consommation médicale. Elles vendent une promesse. Presque jamais tenue, puisque la valeur d’usage se révèle être nulle ou presque (médicament sans bénéfice thérapeutique ou qui n’apporte rien par rapport à ceux déjà existants). L’antidépresseur Zoloft et les anticholestérol (surtout Ezétrol et Inegy) sont pris pour exemple par Gagnon.

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The Cost of Pushing Pills: Le marketing, cache-misère des firmes

Deux économistes canadiens, Marc-André Gagnon et Joel Lexchin, viennent de publier une étude très intéressante. Elle Pharma marketing.jpgmet le doigt sur la quintessence de l’industrie pharmaceutique : la promotion, la publicité, les belles paroles…  Toute la visée commerciale qu’elle fait passer sous le nom de campagne d’information médicale… Avec des bulles de savon marketing, jolies, mais qui finissent presque toutes par éclater. Et les éclats irritent les yeux qui les suivent trop longtemps du regard… L’industrie nous en met plein les yeux pour cacher la misère de la recherche, l’absence de médicaments innovants. Tout en justifiant le prix des médicaments par le coût de la recherche…

L’étude est accesible en anglais, puisqu’elle a été publiée dans la Public Library of Science (PLoS Medicine), sous le titre « The Cost of Pushing Pills: A New Estimate of Pharmaceutical Promotion Expenditures in the United States ». Comme d’habitude, ce qui vaut pour les Etats-Unis est un indicateur précieux pour d’autres pays occidentaux, parce que les firmes dont on parle ne sont pas des PME, mais des multinationales ayant les mêmes produits – et les mêmes méthodes pour les imposer! – partout où les individus et les régimes d’assurance-maladie sont solvables. Partout où les individus sont susceptibles de devenir des patients, y compris quand ils ne sont pas malades. Les études portent habituellement sur les Etats-Unis pour la simple raison que c’est là que les chiffres sont plus accessibles, que ce soit sur la iatrogénie, le marketing, les conflits d’intérêts… C’est là où l’opacité est un peu moins dense. Au pays des aveugles, le borgne est roi – c’est à peu près ça, non?

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Avandia: conflits d’intérêts partout. L’Afssaps persiste malgré la toxicité cardiovasculaire

 L’édition d’hier du journal International Herald Tribune annonce une autre facette du scandale Avandia (rosiglitazone), qui confirme, si besoin était, à quel point cette affaire ressemble à celle du Vioxx. En plus des effets secondaires similaires (surtout cardiovasculaires) des deux médicaments et des multiples tentatives pour occulter la vérité, l’affaire Avandia est un autre exemple éclantant du fait que certains médecins n’ont plus ni foi ni loi lorsqu’ils sont achetés par les firmes pharmaceutiques.

D’autre part, notre vénérable Afssaps reste semblable à elle-même, imperturbable même devant tant de crises cardiaques, comme le montre son communiqué du 25 janvier. Elle a le coeur solide, elle…

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Données sur les effets indésirables mortels aux Etats-Unis. Iatrogénie et erreurs médicales : le tabou français

Voici un article qui donne de quoi réfléchir sur les risques qu’il y a à faire mauvais usage de la iatrogénie médicaments victimes,chiffres victimes effets indésirables,erreur médicale chiffres,victimes accident médicament,responsabilité médicale erreur médicale prescription,surprescription surmédicalisation surconsommation médicament con,mort effets indésirables médicaments,omerta risques médicamentsmédecine et de tous ses instruments et outils. Il s’appelle Death by Medicine. Je viens de trouver une traduction française, pas extraordinaire, mais ce ne sont pas ses qualités littéraires qui comptent… Elle complète les notes de la catégorie « Désinformation médicale » et les autres, accessibles à partir de la liste alphabétique des sujets dans la colonne de gauche du blog.

Le titre en anglais suggère à la fois la mort causée par la médecine et par les médicaments. Mort sur ordonnance, en gros, pour désigner les conséquences les plus graves de la « iatrogénie ». La surmédicalisation a pour conséquence la surconsommation de médicaments, qui peuvent tuer par leurs effets indésirables, les réactions entre eux et avec des produits phytothérapeutiques et autres remèdes naturels, le non respect des contre-indications, la non prise en compte par les médecins des plaintes des patients, la sous-notification des effets indésirables, la désinformation par l’industrie pharmaceutique et par des instances de pharmacovigilance qui ne font pas leur travail correctement, etc.

Le terme « iatrogénie » désigne « l’ensemble des évènements indésirables consécutifs à l’action médicale ; cette action pouvant être effectuée par des médecins, le personnel para-médical et tout personnel de santé habilité. La iatrogénie regroupe, selon le vocable utilisé dans la Loi du 4 mars 2002, les accidents médicaux, les affections iatrogènes et les infections nosocomiales ».

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Les experts, les autorités sanitaires et la pompe à fricaments (caricature)

Voici une caricature de Mike Adams illustrant parfaitement ce que le Sénat et bien d’autres reprochent à notre vénérable AFSSAPS (agence de sécurité sanitaire). Et comme je n’aime pas faire de discriminations ou être injuste, je me dois de mentionner notre tout aussi vénérable HAS (Haute Autorité de Santé). Elle aussi a ses experts, ses relations… Et contribue à la filière du médicament, par exemple par sa « Commission de la Transparence », qui évalue le service médical rendu par un médicament. Si, si, « Transparence », je n’invente rien !  La caricature rend parfaitement compte du « processus d’autorisation d’un nouveau médicament par l’agence de sécurité sanitaire ». La FDA (Food and Drug Administration) est l’équivalent de notre AFSSAPS. Vous remarquerez dans l’image que ces chers médecins experts sont en train d’approuver un médicament appelé Profital… Il n’y a pas besoin d’ouvrir les yeux, les oreilles ou la bouche pour cela, non?

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Agence de sécurité sanitaire: financement industriel, conflits d’intérêts, dépendance, opacité, danger public

Cette note fait suite aux autres que vous pouvez (re)lire en cliquant à gauche de la page sur la catégorie « Désinformation médicale », et notamment sur ce qui y est dit du financement de l’Afssaps en majorité par l’industrie pharmaceutique, ce qui fait d’elle un « prestataire de service » dépendant des firmes et l’oblige à faire passer les intérêts financiers des firmes pharmaceutiques avant la santé publique et individuelle. C’est aussi un complément de réponse aux commentaires postés à la fin d’une de ces notes-là. Les experts de l’Afssaps cumulent les conflits d’intérêts, autorisent des médicaments trop vite, au mépris de la vérification de leur utilité et de leur balance bénéfices – risques, etc. L’Afssaps ne joue son rôle que très imparfaitement… Ce que les textes cités dans les notes précédentes disaient de façon plus détaillée est confirmé par le Sénat, par exemple dans ce texte qui ne mâche pas ses mots…

« PROPOSITION DE RÉSOLUTION tendant à la création d’une commission d’enquête sur les conditions de délivrance et de suivi des autorisations de mise sur le marché des médicaments », 2005. Extraits:

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L’industrie pharmaceutique investit dans le marketing, plus profitable que la recherche. Ses intérêts financiers sont contraires à l’intérêt général

Il s’agit d’une étude canadienne de 2002 sur les conséquences de la politique de l’industrie pharmaceutique – le profit avant Argent Pharmalot.jpgtout! – sur l’économie et l’intérêt général canadiens. Voici la présentation qui en est faite sur le site de l’Université du Québec à Montréal:

 

« Le professeur titulaire de la Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM, Léo-Paul Lauzon et le chercheur Marc Hasbani, ont rendu publics les résultats de leur étude intitulée : Analyse socio-économique de l’industrie pharmaceutique brevetée pour la période 1991-2000.

À partir d’une analyse rigoureuse sur une période de 10 ans des états financiers de ces neuf firmes pharmaceutiques majeures : Merck Co., Bristol-Myers Squibb Co., Pfizer Inc., Abbott Laboratories, Warner-Lambert Co., Eli Lilly Co., Schering-Plough Corp., SmithKline Beecham, et GlaxoWellcome, ils ont mis en évidence le rôle joué par ces compagnies sur l’augmentation du prix des médicaments et du coût des soins de santé publique. Voici les constats majeurs de cette étude, dont on pourra retrouver la publication intégrale sur le site de la Chaire.

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Le vaccin Gardasil est là. Mais où sont les souches HPV 16 et 18? Très faible prévalence de ces sérotypes, selon une étude du JAMA

Le titre est volontairement provoquant, en réponse aux commentaires de M. O’Dowd (qu’un autre commentateur a reconnu comme étant un visiteur médical), postés à la fin de la note « Le vaccin Gardasil, très critiqué en Allemagne ». On nous recommande de faire vacciner nos filles contre deux sérotypes HPV potentiellement oncogènes qui représentent à peine 2,3% de toutes les infections par papillomavirus dans un pays industrialisé tel les Etats-Unis… Je donne les sources, puis les chiffres en détail à la fin, pour ceux qui ne lisent pas l’anglais et/ou ne comprennent pas certains termes.

Les pourcentages donnés par Arznei-Telegramm quantifiant la faible prévalence des génotypes HPV 16 et 18 (contre lesquels le Gardasil est censé protéger) résultent d’une étude par les autorités fédérales américaines compétentes : le CDC (Center for Disease Control and Prevention) et le National Center for Health Statistics. Effectivement, on voit la différence dans les résultats, dès lors qu’une étude est financée sur fonds publics… Voici les références de l’étude correspondante publiée par le Journal de l’Association Américaine de Médecine : Dunne EF, Unger ER, Sternberg M, et al. Prevalence of HPV Infection Among Females in the United States ”. JAMA.2007; 297: 813-819, (février 2007). Et le texte complet.

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Actonel, Boniva, Fosamax, Adrovance… Bisphosphonates et nécrose de la mâchoire (suite)

Voici une synthèse de plusieurs travaux présentés lors d’un congrès de chirurgie maxillo-faciale et bonviva effets indésirables nécrose,actonel effets indésirables,zométa effets indésirables,fosamax effets indésirables,didronel,ostéoporose médicaments effets secondaires,fosamax ostéoporose,bisphosphonates effets indésirables,traitement de l'ostéoporose,ostéopénie fosamax,remodelage osseux bisphosphonates,fosamax nécrose de la mâchoire,bonviva nécrose de la mâchoire,ostéonécrose de la mâchoire bisphosphonates,ostéoporose invention de maladiesde stomatologie qui a eu lieu en 2006 à Saint-Gall (Suisse). Elle a été publiée par la Revue Mensuelle Suisse d’Odontostomatologie en mai 2006. Les auteurs considèrent qu’il s’agit d’une « épidémie émergente ». Quelques extraits (commençant par une description, qui nous permet de comprendre le mode d’action de ces médicaments), suivis de deux autres liens.

« Ostéochimionécroses associées aux biphosphonates: ce n’est que la pointe de l’iceberg! »

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Médicaments anticholestérol: théorie des firmes et pratiques serviles des agences du médicament

Où l’on apprend que c’est la théorie qui sous-tend la medication anticholestérol qui est à revoir. Et que les médicaments anticholestérol sont 2143598209.jpgautorisés selon un régime d’exception qui se fiche complètement du bénéfice thérapeutique et des risques. Une fois le médicament homologué, l’expérimentation sera grandeur nature, avec les usagers dans le rôle de cobayes. A se demander combien d’autres types de médicaments bénéficient de cette même indulgence…

 

L’idée qu’il suffirait de baisser le LDL-cholestérol pour résoudre le problème est beaucoup trop simpliste, comme le souligne Arznei-Telegramm (cf. note précédente), et comme le disent tous ceux qui ne sont pas des simples VRP de l’industrie pharmaceutique. Celle-ci n’arrête pas de faire peur dans des campagnes soi-disant d’information sur les dangers du cholestérol, tout aussi scientifiques que celle pour la meilleure lessive. J’appelle ça le « pharmacommerce de la peur », et Gardasil est un excellent exemple dans son genre. Pour des multinationales intéressées par le profit, c’est une stratégie marketing payante, puisque les médicaments hypolipémiants lui rapportent autour de 40 milliards de dollars par an, selon l’estimation du journal New York Times. Il est intéressant de voir que ce journal généraliste reprend à sa façon les interrogations sur ce « raisonnement » unilatéral, unifactoriel, de rapport entre cause et effet : taux élevé du LDL cholestérol =  traitement anticholestérol automatique = solution.

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Que valent EZETROL et INEGY en termes de bénéfice clinique?

Je ne parle pas de leur valeur financière pour les firmes Merck et Schering, suite à des publicités ezétrol efficacité bénéficerisques,inegy bénéficesrisques,statines ezétrol bénéfice clinique,cholestérol facteur de risque cardiovasculaire,merck traitement anticholestérol,schering plough traitement anticholestérol,ezétrol effets secondaires,inégy effets indésirables,inégy réduction mortalité cardiovasculairecomme celle-ci, ni de la cotation en Bourse de ces derniers… mais de la valeur de ces médicaments dans le traitement de l’hypercholestérolémie.

Pour le savoir, rien de tel que de jeter un coup d’oeil aux revues médicales indépendantes, et surtout à l’excellente Arznei-Telegramm (« Télégramme du médicament », Allemagne), qui bataille depuis 38 ans pour une information médicale indépendante, contre les conflits d’intérêts des médecins, experts, etc. Qui refuse toute publicité et tout financement par l’industrie pharmaceutique et a sa propre base de données sur les médicaments. Voici les principales réactions depuis 2002, suivies par un communiqué de presse de la revue Prescrire (octobre 2006).

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Ezétrol et Inegy : le Congrès reproche à Schering Plough la manipulation de la recherche clinique

La firme Merck-Schering a changé le « critère de jugement primaire » de l’investigation en cours ezétrol efficacité cardiovasculaire,ezétimibe efficacité,inegy bénfices-risques,inegy réduction athérosclérose,cholestérol traitement risques,athérosclérose risque traitement,effets secondaires ezétrol,inégy effets indésirables,zocor efficacité,zocor effets indésirables,ezétrol mortalité,inégy mortalité cardiovasculaire,schering plough manipulation essai clinique,inégy étude enhance,fraude recherche médicale,athérosclérose traitement,inégy baisse cholestérol,baisse taux ldl cholestérolde route, supprimant ainsi deux tiers des données. Même d’après ce qui reste, Ezétrol et Inegy ne montrent pas de bénéfice clinique. La lettre des députés américains dévoile d’autres détails.

Commençons par les commentaires du Dr Steven Nissen, cardiologue et chercheur, auteur de la méta-analyse qui a mis l’antidiabétique Avandia (rosiglitazone) en difficulté en mai 2007. Notons qu’on avait, dans l’affaire Avandia, comme dans l’affaire Vioxx et d’autres, la même collaboration fructueuse entre scientifiques soupçonneux à l’égard d’un médicament et politiques soucieux d’intervenir lorsqu’il y a manipulation de données, intimidation de chercheurs ou lorsque l’agence de sécurité sanitaire américaine (FDA) ne fait pas son travail… Malheureusement, les études scientifiques n’ont aucun poids face à la puissance de l’industrie et aux experts qu’elle paie pour s’assurer que ses intérêts prévalent en toute circonstance…

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EZETROL et INEGY: pas de bénéfice sur l’athérosclérose. Les politiques obligent les firmes à dévoiler certains résultats

Il y a quelques années, il y avait eu une campagne de publicité de l’industrie pharmaceutique sur le cholestérol, ennemi public numéro un… 1348822792.jpgEn fait, les firmes voulaient plus de débouchés pour toute une série de médicaments contre le cholestérol, et pas seulement celui en excès… Puisque la prévention est le mot à la mode… Ce qui nous a donné entre autres le scandale Baycol, statine retirée en catastrophe du marché…

Cette fois-ci, il s’agit d’un médicament anti-cholestérol d’une famille autre que les statines, censé réduire le LDL (le « mauvais ») cholestérol en bloquant « l’absorption intestinale du cholestérol total et des phytostérols ». Il s’appelle EZETROL (nom générique : ézétimibe; nom américain: Zetia), autorisé sur une base de connaissance très maigre. Les firmes Merck et Schering Plough se sont associées aux Etats-Unis, soi-disant afin de produire ensemble de nouvelles molécules hypolipémiantes (qui baissent le taux de graisses dans le sang : cholestérol et triglycérides).  Mais créer un médicament novateur, ça coûte, ça prend du temps, puis les idées manquent cruellement, puisque les firmes investissent bien plus dans le marketing que dans la recherche… La recette miracle était d’associer deux molécules déjà existantes : Ezétrol + Zocor = INEGY, censé bloquer la formation d’athérosclérose sur les artères des patients souffrant d’hypercholestérolémie familiale hétérozygote, chez lesquels Zocor (simvastatine) pris seul ne serait pas suffisant.

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