Les acrobaties de l’agence canadienne du médicament (ACMTS) avec les conflits d’intérêts. Ne surtout pas oser, voilà la ligne politique…

Nous parlions récemment des acrobaties suisses avec les conflits d’intérêts dans la formation médicale continue (FMC) puis – thème encore plus proche de celui de cette note – des acrobaties de l’Agence française de sécurité sanitaire (Afssaps) avec les mêmes conflits d’intérêts… 

Prenons aussi l’exemple canadien, à travers les directives de 2006 de l’ACMTS (Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé) ayant pour but de « gérer » (et non pas d’éliminer) les liens financiers et les conflits d’intérêts des médecins qui interviendront en tant qu’experts. Il y a les belles phrases, bien sûr, puis viennent les exceptions et l’on comprend qu’il y a beaucoup de poudre aux yeux au Canada aussi… Par exemple, le fait qu’un expert possède des actions de telle firme pharmaceutique pour une valeur ne dépassant pas les 10.000 dollars n’est pas considéré comme un conflit d’intérêt majeur… Comme s’il y avait des conflits mineurs et majeurs… L’expert qui reçoit directement 9.999 dollars (et bien plus à travers les financements des activités liées à la recherche), n’est qu’un peu corrompu, pas beaucoup…

Un « peu » de corruption (sic), beaucoup d’acrobaties pour la justifier… Et, à votre avis, qui est-ce qui se casse la gueule à cause de ces acrobaties? Il n’y a qu’une réponse possible: nous autres, usagers, qui n’avons aucun filet de sécurité lorsque nous gobons que ce que nous prescrivent les multinationales pharmaceutiques, sans aucune médiation critique de médecins dont la jugeotte est paralysée par plus ou moins de 10.000 dollars, qu’importe. L’intégrité de certains coûte cher; d’autres se laissent acheter pour un rien… Qu’est-ce que ça change, à l’arrivée?

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Associations et fondations de malades sous influence pharmaceutique. Exemples canadiens de conflits d’intérêts et de corruption associative

L’efficacité des médicaments anti-démence (inhibiteurs de la cholinestérase, mémantine et les innombrables nootropes et vasodilatateurs) 119615448.jpgutilisés entre autres dans l’Alzheimer, est extrêmement controversée. Il est d’autant plus indispensable pour leurs fabricants d’encourager la consommation à travers les associations de malades… Les firmes imposent leurs médicaments et/ou augmentent leurs chiffres de ventes en instrumentalisant les associations ou groupes de patients souffrant d’affections cardiovasculaires, d’arthrite, d’allergies ou d’autres maladies. Si on ajoute cette influence à l’emprise des laboratoires sur les médecins et les autorités sanitaires, il est certain qu’il ne reste plus grand-monde pour assurer une information médicale indépendante et transparente… L’influence des associations et groupes de patients sur ces derniers est énorme, vu leur position stratégique. Même la critique qui peut cibler les firmes et les médecins corrompus ne peut pas les atteindre, la plupart du temps, puisque l’image du bénévolat, de l’engagement désintéressé et sans limite pour la santé de leurs membres fait trop souvent barrage à la pensée critique. Il ne s’agit pas de contester leur engagement, mais de questionner certaines modalités qui le déforment et l’altèrent, selon le sens propre du mot « corruption »…

C’est un pari faustien que de penser rester indépendant tout en acceptant les grâces et autres charités soi-disant désintéressées… Le cadeau d’une firme à but lucratif est un investissement approuvé par les actionnaires qui attendent un retour sur investissement sous forme d’espèces sonnantes et trébuchantes, de plus-value sur les actions. Plus intéressé que ça, il n’y a pas… Plus conflictuel et plus corrupteur non plus.

Parlant d’Alzheimer, on ne peut qu’espérer que les franchises médicales ne serviront pas à augmenter les bénéfices des Pfizer et autres fabricants de ces médicaments inefficaces par un effet de levier sur le nombre de prescriptions et donc de remboursements…

Un article signé Baptiste Ricard-Châtelain, paru le 12 avril 2008 dans le journal canadien Le Soleil, donne plusieurs exemples de grandes associations canadiennes de patients financées par l’industrie pharmaceutique… Fondations sous influence : quand Pfizer finance la Société Alzheimer:

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« Les exilés de l’intime »: Normalisation et uniformisation des comportements au profit du néolibéralisme

Roland Gori, Marie-José Del Volgo, « Exilés de l’intime : la médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique ». Denoël, 344 pages, 22 euros.

Pour illustrer les propos du livre, voici un entretien avec Roland Gori, professeur de psychopathologie, intitulé Norme psychiatrique en vue. Suivi d’une tribune libre par le psychiatre Hervé Hubert, de la présentation du livre par l’éditeur et des commentaires sur un site de psychologues.

Ces écrits illustrent ce dont on a souvent parlé dans ces pages : la tendance à faire de la psychiatrie un outil de contrôle social qui cherche à abraser chimiquement – par psychotropes – la subjectivité, les émotions, l’idiosyncrasie, les comportements et tempéraments ne se conformant pas à la moyenne, et ce au profit d’une « normalité » artificielle comprise comme une adaptation parfaite de l’individu aux rôles socio-économiques qu’impose le néolibéralisme. Le DSM est le levier parfait par lequel s’opère cet ajustement d’abord théorique, puis mis en pratique par des psychiatres asservis aux industriels, en conformité avec la tendance socio-historique dans le néolibéralisme.

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« La Santé totalitaire » de Gori et Del Volgo : La médicalisation infinie au service de l’idéologie et des industries néolibérales

1506080345.jpgRoland Gori, Marie-José Del Volgo, « La Santé totalitaire : Essai sur la médicalisation de l’existence », Denoël 2005, 22 euros.

« (…) Devenue technico-scientifique, la médecine occidentale redouble cette expropriation du corps [déjà opérée par la maladie], puisque « c’est en tant qu’objet que le corps du malade se trouve pris en charge », la subjectivité du malade étant tenue à l’écart : ce que Foucault appelait la médicalisation des conduites. Il s’agit en fait, dune véritable idéologie médicale dont le but est de prescrire des comportements sains, grâce auxquels nous serions responsables de notre état de santé, et donc coupables de nos maladies, jusqu’à l’intériorisation de ces normes. Tout en étant dessaisis de nous-mêmes en cas de traitement : voilà l’hypocrisie et le paradoxe que pointent les auteurs. (…) La psychiatrie nord-américaine est en passe d’imposer une approche exclusivement médicamenteuse de la souffrance psychique : « La maladie psychique devient ce que la molécule soulage. » Ainsi, tout en prétendant discréditer la psychanalyse, cette psychiatrie répond aux demandes d’industries pharmaceutiques particulièrement rentables. Les conséquences de ce « technico-puritanisme états-unien » ? Une santé présentée comme produit de consommation, budgétée et progressivement privatisée, des hôpitaux classés, une soumission aux lobbies pharmaceutiques, une psychiatrie réduite à l’usage de psychotropes pour limiter les « déviances » et autres « troubles du comportement ».

L’intégralité du compte-rendu par Nicolas Mathey est dans l’Humanité du 16 avril 2005.

Pollution de la nature par la surconsommation de médicaments et de cosmétiques. Un usage raisonnable limiterait les risques pour la santé et la nature

Pharmacritique avait repris des caricatures de Mike Adams montrant l’effet nocif de la surconsommation humaine (et animale) de 1366769262.jpgmédicaments sur l’environnement puis sur la santé des animaux et des hommes.

Toute la filière du médicament – de la production à la consommation et au retour dans la nature sous forme de pollution – crée des risques toxiques pour l’environnement. Ce qui veut dire une double toxicité pour les hommes. Le meilleur exemple est celui des « substances à action endocrine (SAE) » ou « perturbateurs endocriniens », sur lesquels nous reviendrons.

Voici un texte de Sharon Batt – chercheuse en santé, militante à l’Action pour la protection de la santé des femmes -, intitulé La boucle bouclée : les médicaments, l’environnement et notre santé, qui illustre bien le cercle vicieux de toxicités multiples et croisées résultant de nos habitudes de surconsommation de produits chimiques, et surtout de médicaments.

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Financement par les firmes pharmaceutiques: conflits d’intérêts ou corruption? L’exemple des associations de patients et d’usagers

Voici un excellent texte sur une dimension taboue en France : les conflits d’intérêts et la corruption des associations et groupes de patients / malades / usagers / consommateurs par l’industrie pharmaceutique. Il existe même des associations ou groupes d’entraide créés de toutes pièces par les firmes pharmaceutiques pour servir de lobby et/ou de groupes de pression dans l’imposition de tel médicament, et en général pour influencer les politiques publiques au niveau national et européen. Les influencer au sens voulu par l’industrie. Très peu d’associations déclarent si elles ont ou non des intérêts financiers. Sans parler du fait que les membres des comités scientifiques des associations sont en général des leaders d’opinion fortement impliqués dans la promotion des médicaments, donc ayant des conflits d’intérêts.

Marcher à contre-pas : le mouvement pour la protection de la santé au Canada et le financement par l’industrie pharmaceutique. Par Sharon Batt (chercheure en santé, Action pour la protection de la santé des femmes, Canada, janvier 2005). Un fragment qui en dit long :

« L’éthicien Carl Elliott s’est penché sur la question des fonds investis par l’industrie pharmaceutique dans la communauté médicale66; il s’est demandé si la notion de « conflit d’intérêts » convenait pour en décrire les effets. Il craint, entre autres, que cette expression ne serve à individualiser un système de corruption généralisé des groupes censés servir le bien commun. (…) En ce qui concerne les groupes de pression [associations de malades et de défense des consommateurs qui acceptent de l’argent de l’industrie pharmaceutique], on peut affirmer que la manipulation dont ils font l’objet de la part des pharmaceutiques, dans le but ultime d’influencer les débats publics, appartient à la seconde catégorie [la corruption].

De manière plus générale, l’abondance des fonds versés par l’industrie pharmaceutique à la recherche médicale, aux revues scientifiques, à la formation des médecins, à la bioéthique, aux organismes de réglementation des médicaments et aux associations de défense des droits des patients crée un environnement axé sur le profit, peu propice à l’émergence d’un débat constructif sur les enjeux touchant les médicaments. Bien que notre propos concerne ici le financement des groupes de pression proprement dit, il importe de situer cette pratique dans le contexte élargi des stratégies de marketing adoptées par les [firmes] pharmaceutiques. Les groupes de pression ne sont qu’un acteur parmi d’autres. »

La marchandisation de la dépression (II). Médicalisation des humeurs, invention de nouveaux troubles, emprise financière de l’industrie sur la recherche et les soins…

Cette partie du texte de Janet Currie, La marchandisation de la dépression, illustre parfaitement dépression,antidépresseurs,disease mongering,marketing,santé mentale,troubles psychiquesles méthodes de l’industrie pharmaceutique : invention de nouvelles maladies ou redéfinition des anciennes pour englober plus de monde (disease mongering), des stratégies publicitaires qui médicalisent des aspects physiologiques ou des émotions justifiées et temporaires, des « tests » de dépistage à questions très floues et vagues pour que tout le monde se sente concerné…

L’industrie pharmaceutique finance les associations de patients et les groupes d’entraide existants ou en crée d’autres pour les instrumentaliser dans la promotion de tel médicament. 85% des dépenses promotionnelles concernent les financements et autres cadeaux faits aux médecins, au moyen de la visite médicale, des voyages, cadeaux, rémunérations pour activités publicitaires, financements de leurs recherches.

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La marchandisation d’une dépression réinventée. L’industrie occulte les risques d’effets indésirables. Texte de Janet Currie (I)

La marchandisation de la dépression : la prescription des ISRS aux femmes.  Par Janet Curriedépression,antidépresseurs,santé mentale,dsm,marketing,troubles psychiques (Action pour la protection de la santé des femmes, mai 2005).

Janet Currie est présentée sur cette page. Elle est l’un des contributeurs du site Mad In America. Science, Psychiatry and Social Justice.

Ce texte vaut la peine d’être lu en entier, et pas seulement par les femmes. Si elles sont une cible privilégiée de la médicalisation comme outil de contrôle social en général et de la psychopharmacologie en particulier, pour des raisons que l’auteure nous explique, la problématique abordée dans le texte ne se réduit pas à la médicalisation des états physiologiques et des émotions des femmes. 

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Les façonneurs de maladies, héritiers du Dr Knock, ancêtre du disease mongering…

Les firmes pharmaceutiques et les médecins qui en soignent les finances en appliquant la stratégie marketing dont fait partie le disease mongering (façonnage ou invention de maladies) sont les dignes héritiers du Dr Knock (personnage de Jules Romains), passé maître dans l’art d’amener un patient en bonne santé à se découvrir une vraie maladie à la place d’un désagrément occasionnel ou d’une parfaite santé… L’exagération des facteurs de risque, l’abus de prévention auquel on assiste de nos jours, la surmédicalisation et surmédicamentation, la médicalisation et marchandisation des états d’âme, les recettes publicitaires, le pharmacommerce de la peur… tout y était déjà. A voir ou à revoir…

Psychotropes dès le berceau ? Le façonnage de maladies (disease mongering) nous mène tout droit au traitement à vie par psychotropes. Conférence de Barbara Mintzes

Texte de la conférence – débat donnée le 17 janvier 2008 par Barbara MINTZES, chercheure en disease mongering,antidépresseurs surprescription surconsommation,trouble bipolaire médicament,hyperactivité ritaline,marketing pharmaceutique disease mongering,façonnage de maladies psychiatrie,psychotropes enfants,surdiagnostic surmédicalisation surmédicamentation,barbara mintzes,publicité directe pour les médicaments dtca,psychotropes effets indésirables,antipsychotiques trouble bipolaire effets indésirablessanté publique à Université de Colombie-Britannique (Canada), et organisée par la revue Prescrire. L’autre conférence a été donnée par la psychiatre Monique Debauche sous le titre « Marché des psychotropes : construction historique d’une dérive ».

Elles font partie des auteurs qui déconstruisent la médicalisation et le disease mongering comme formes de contrôle social, même sans utiliser directement le terme.

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Le façonnage de maladies / disease mongering légitimé par le DSM: médicalisation et marchandisation des émotions, pour le profit des pharmas

1015167843.gifL’« enchevêtrement » d’intérêts financiers entre psychiatrie, DSM et industrie, dont j’ai parlé dans plusieurs notes, pose encore plus de problèmes que dans d’autres spécialités médicales, dans la mesure où la définition de beaucoup de « troubles » mentaux, dysfonctions ou troubles de la personnalité n’est que descriptive, floue et sans critères vérifiables. Ce qui laisse beaucoup de place à l’arbitraire, à l’invention ou au façonnage de maladies (disease mongering). Une telle affirmation ne peut paraître exagérée qu’aux personnes qui ne sont pas familiarisées avec les dernières trouvailles de la psychiatrie, dont on ne sait souvent pas si ce sont des gags, des parodies ou alors des états que des experts considèrent sérieusement comme pathologiques et nécessitant traitement…

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Frères siamois : la psychiatrie et les firmes pharmaceutiques, cimentés par le DSM et l’argent

Cette caricature de Mike Adams illustre parfaitement les liens (financiers et autres) inextricables qui existent entre psychiatrie et industrie pharmaceutique. Et ce dédoublement (pathologique selon le DSM, donc à traiter…) n’est pas franchement dans l’intérêt de la santé du patient… Par contre, les deux frères se nourrissent du même argent, grandissent et fleurissent ensemble. La psychiatrie a perdu son âme depuis qu’elle est rentrée dans la peau de l’industrie.

Dans la caricature, le médecin dit sur un ton dubitatif : « Nous pourrions tenter une séparation chirurgicale, mais il est peu probable que l’un de vous puisse survivre sans l’autre ». 

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« Marché des psychotropes: construction historique d’une dérive ». Par la psychiatre Monique Debauche

Voici le texte d’une conférence de 17 janvier 2008, organisée par la revue Prescrire, donnée par Monique DEBAUCHE, psychiatre à la Free-surconso médocs photo 3 SAT.jpgClinic Bruxelles, membre du Groupe de Recherche et d’Action pour la Santé (Belgique). Elle aborde certains des facteurs essentiels qui nous ont amenés dans la situation catastrophique de surconsommation d’antidépresseurs et de marasme d’une psychiatrie dominée, à travers le DSM, par l’industrie pharmaceutique. Une psychiatrie devenue une technique de contrôle social et de normalisation de comportements et/ou tempéraments conçus comme déviants par rapport aux standards économiques néolibéraux en vigueur et aux représentations sociétales qu’il détermine. M. Debauche analyse aussi l’invention de maladies (« façonnage » ou disease mongering) pour écouler un médicament ; la production de « preuves » par la recherche médicale, à travers des études randomisées facilement manipulables pour donner les résultats attendus et permettre les ventes ; l’écriture des articles « scientifiques » par des « ghostwriters » (auteurs fantôme) ; un contrôle quasiment inexistant par les agences du médicament ; le déclin de la psychiatrie en faveur d’entretiens directifs se soldant par la prescription de psychotropes, etc.

Marché des médicaments psychotropes : construction historique d’une dérive

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Les antidépresseurs sont-ils réellement efficaces ? Où est-ce plutôt la publicité des firmes, la suggestion et la pression conformiste qui font de l’effet ?

Il s’agit d’un bon résumé paru dans le Figaro et qui a deux sources principales :

Le pouvoir des antidépresseurs remis en cause, par Catherine Petitnicolas, Le Figaro, 21 Janvier 2008

A lire aussi l’article du Nouvel Obs : Antidépresseurs : peu efficaces et dangereux. Les ISRS, comme le Prozac, ne seraient pas plus efficaces qu’un placebo, qui rend compte d’une autre méta-analyse: Initial Severity and Antidepressant Benefits: A Meta-Analysis of Data Submitted to the Food and Drug Administration. [Sévérité initiale de la dépression et bénéfices des antidépresseurs]. Kirsch I, Deacon B. et al., PLoS Medicine 2008, 5(2): e45, 26.02. 2008. Avec plein de références à la fin.

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Critiques du DSM. Des textes pour la réflexion, à la suite des notes sur les conflits d’intérêts et sur le standard de « normalité » d’une psychiatrie aux ordres de l’industrie

1939368365.pngLe livre de Stuart Kirk et Herb Kutchins, « Aimez-vous le DSM ? Le Triomphe de la psychiatrie américaine » (Les Empêcheurs de penser en rond, 1998), est l’un des ouvrages de référence s’agissant d’analyser comment cette véritable bible a réussi à globaliser la psychiatrie, en instaurant une hégémonie mondiale de l’approche théorique américaine et de son pendant pratique : la vente globalisée des mêmes psychotropes. Sous cette lumière crue, aucun fard n’arrive plus à maquiller les tares du DSM, et notamment son caractère d’outil politique et marchand. Le titre original mérite d’être évoqué : « Making Us Crazy. DSM: The Psychiatric Bible and the Creation of Mental Disorders » (Comment on nous rend fous. DSM : la bible psychiatrique et la création de troubles mentaux)…

Suivent trois sources intéressantes, à commencer par une compilation très édifiante de critiques émises par des psychiatres, psychologues, etc. sur divers aspects du DSM : les conflits d’intérêts qui le sous-tendent, les dangers que pose l’approche statistique et descriptive de type liste de symptômes, les conséquences du « façonnage de maladies » (disease mongering) en fonction des nouveaux psychotropes qu’il faut vendre ou dont il faut élargir le marché, etc. Des experts dénoncent le DSM

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La médecine comme forme de bio-pouvoir, technique de contrôle social et de normalisation selon Foucault

Quel dommage que Foucault n’ait pas pris en compte l’industrie pharmaceutique, l’un des bras armé du bio-pouvoir capitaliste… Mais nul 1604051361.2.jpgdoute que les lecteurs sauront imaginer les coulisses intégrales d’une scène sur laquelle les médecins sont au premier plan, puisqu’ils sont les exécutants, conscients ou non, du « phénomène de médicalisation infinie« .

Voici deux extraits portant sur la médecine, tirés d’un exposé trouvé sur le site « 1Libertaire » : Des formes de pouvoir chez Foucault, et notamment du bio-pouvoir

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Techniques de contrôle social: du DSM et des psychotropes à la « médicalisation infinie » (Foucault) du social

126388916.gifNous le disions dans la note sur les conflits d’intérêts en psychiatrie : le premier DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) est paru en 1952, comme un essai de mettre de l’ordre dans la psychiatrie en catégorisant les pathologies. Les éditions suivantes ont surtout suivi les changements dans la psychopharmacologie, ce qui fait que le nombre de troubles psychiques a augmenté avec l’apparition de nouveaux médicaments… passant de 112 à 374 troubles mentaux en 2000. Le DSM introduit une approche statistique dans la psychiatrie et c’est elle qui permet ce cercle vicieux de nouveaux traitements – nouveaux « troubles ». Parce que les firmes pharmaceutiques se sont engouffrées dans la brèche et font de la publicité d’abord pour des « troubles » mentaux présentés en termes très vagues, pour permettre à tout le monde de s’y retrouver. Mais elles sensibilisent au « trouble » en question pour vendre le médicament qui a permis l’invention du trouble (disease mongering). Le DSM a savonné la planche de la psychiatrie pour en arriver là, puisqu’il propose d’identifier tel « trouble » à l’aide d’une liste de symptômes, ce qui revient à diagnostiquer une maladie en cochant des cases. Plus besoin de psychiatre, plus besoin de parole. Un enseignant, un employé de l’ANPE ou un policier sont désormais capables de poser un tel diagnostic à QCM ; ce qui a des traductions sociales réelles, notamment dans des techniques de contrôle social et de normalisation, telles que les décrivait Foucault en parlant d’un bio-pouvoir dont la « médicalisation infinie » est une modalité essentielle d’action.

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Vioxx: Merck a dû payer 4,85 milliards de dollars. Articles édifiants et interview avec le lanceur d’alerte

La prise de position du Journal of the American Medical Association (JAMA), que nous avons traduite dans cette note, partait de l’affaire de David Graham MSNBC.jpgl’anti-inflammatoire Vioxx (rofécoxib). Les exploits prodigieux de ce médicament sont parfaitement résumés dans ce gag vidéo

Répondant au JAMA, la firme Merck dit qu’elle « s’est toujours conformé[e] à des normes élevées d’intégrité scientifique et d’éthique »… Bon exemple de cynisme. Lors des procès mettant en cause le Vioxx (rofécoxib), il a été prouvé que la firme a fait des efforts pour minimiser les risques de morbidité et de mortalité cardiovasculaire. Elle a exercée son influence même au sein l’agence américaine du médicament (FDA), où l’épidémiologiste David Graham a subi de fortes pressions pour se taire. Mais c’est quand même lui qui a lancé l’alerte, et il est depuis sous la protection du sénateur Charles Grassley, le critique le plus avisé des dérapages de l’industrie pharmaceutique. (Rappelons que c’est le tandem Graham – Grassley qui a aussi lancé l’alerte publique à propos d’Avandia (rosiglitazone)).

Merck a payé début novembre 2007 4,85 milliards de dollars pour contenir les actions collectives en justice et dédommager les victimes qui avaient réussi à constituer à temps un dossier complet.

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Retour sur l’éditorial du JAMA sur les conflits d’intérêts, à l’exemple du Vioxx. Merck se dit « intègre » et « éthique »

J’ai complété la note sur l’ »Editorial du JAMA avec des propositions pour limiter conflits d’intérêts, manipulation, désinformation, influence des firmes pharmaceutiques… » – en incluant les références, ce qui facilitera la lecture. D’autre part, j’ai légèrement revu  la traduction, faite à la va-vite… Elle est toujours loin d’être parfaite, mais il faudrait des énergies considérables pour tout faire dans la finesse…

Et voici le communiqué de presse (en français) par lequel Merck Canada répond aux articles du Journal of the American Medical Association (JAMA), dont il est question dans la note mentionnée ci-dessus et qui s’accompagne d’un éditorial assez véhément à l’égard des agissements de Merck dans l’affaire Vioxx. (Mais la perspective s’élargit par la suite à toute la recherche médicale et à la publication de ses résultats, etc.). Juste une citation édifiante du communiqué de la firme: « Merck & Co. Inc. a indiqué aujourd’hui [15 avril 2008] qu’elle se conforme (et s’est toujours conformée) à des normes élevées d’intégrité scientifique et d’éthique et est d’avis que bon nombre des commentaires exprimés dans un communiqué de presse du Journal of the American Medical Association (JAMA) ainsi que dans le numéro du JAMA du 16 avril 2008 sur le VIOXX sont faux, trompeurs ou exprimés hors contexte. (…) »

Sans commentaires… Je reviendrai sur l’affaire Vioxx dans la note suivante, parlant de l’amende de 4,85 milliards de dollars d’amende payés par Merck suite aux actions en justice et du rôle du Dr David Graham, lanceur d’alerte qui a dû se battre contre sa propre hiérarchie de la FDA (agence états-unienne du médicament). 

Le 16 mai: mobilisation contre les franchises médicales. Texte de Christian Lehmann: « La Sécu nous appartient »

Lehmann Les fossoyeurs livre.jpgAppel à la mobilisation paru sur le site de la CGT : « Le 16 mai dans toute la France, les personnels des Caisses primaires d’assurance maladie et le Collectif national contre les franchises et pour l’accès aux soins pour tous (composé de plus de 70 organisations) iront à la rencontre des assurés sociaux pour dénoncer les franchises, mobiliser pour obtenir leur retrait, proposer la signature d’une pétition déjà remplie sur papier ou par internet par plus de 600 000 personnes. (…) »

Et voici un beau texte de Christian Lehmann, médecin et écrivain, paru sur le site MediaPart sous le titre La Sécu nous appartient. Il aborde plusieurs dimensions de la destruction de notre protection sociale qui convergent dans la problématique des franchises:

« « C’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer… » C’est au son de ce slogan mensonger qu’a été mise en œuvre en 2005 la réforme portée par Philippe Douste-Blazy puis Xavier Bertrand.

La mise en place du système du « médecin traitant » a été totalement dénaturée par la complexité tarifaire du parcours de soins, l’absence de tout investissement sur la médecine générale, l’explosion des dépassements d’honoraires, les divers forfaits sur les remboursements de consultation qui, nous disait-on, permettraient à la Sécurité Sociale d’équilibrer ses comptes en 2007… afin d’éviter des franchises sur les remboursements de soins!

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