« Le système immunitaire et l’endométriose ». Le dogme de la défaillance immunitaire réfuté par le Dr David Redwine

Après des années de vulgarisation, en 2011, j’ai traduit et publié deux textes écrits par le Dr David Redwine, dont l’incontournable et synthétique « Redéfinir l’endométriose à l’âge moderne ».

Lisez aussi les traductions, postées récemment, de travaux dans lesquels le Dr David Redwine déconstruit point par point tous les dogmes, à commencer par la théorie de Sampson sur la cause de l’endométriose. C’est le dogme fondateur de l’évangile de l’endométriose chronicisée, car justifiant des stéréotypes tels que maladie féminine, liée aux règles, incurable et chronique puisque recommençant chaque mois avec les règles… Et si l’endomètre reflué s’implante, ce serait à cause d’une défaillance immunitaire locale et même systémique. Réfuter ces allégations (ayant elles aussi des conséquences sur la prise en charge) est l’objet du texte du Dr David Redwine posté après mon introduction : « Le système immunitaire et l’endométriose ».

D’autres textes récemment publiés en traduction française expliquent la cause de l’endométriose, par les anomalies congénitales (restes embryonnaires) relevant de la mülleriose. Puis il y a les textes abordant en détail la suite logique de cette compréhension scientifique de l’endométriose : le traitement possible par une certaine technique chirurgicale d’exérèse; textes prouvant l’inefficacité des traitements hormonaux et d’autres techniques chirurgicales. Tous ces écrits indispensables sont accessibles en descendant sur cette page (catégorie « endométriose »).

Ceux qui lisent l’anglais trouveront une mine d’informations en libre accès, sur le site Endopaedia du Dr David Redwine. Mes propres textes partent de ces informations et en apportent d’autres, convergentes, ainsi que des explications des aspects techniques et des stratégies de désinformation et de communication d’influence, contenues dans une approche globale de l’industrie de l’endométriose. Mon livre ouvert fait environ 200 pages et contient environ 250 références. Je consacre des dizaines de pages aux questions d’immunité, auto-immunité, etc.

Des informations correctes et sourcées en libre accès sont indispensables pour que chacun.e puisse commencer à comprendre, entrer dans la démarche d’empowerment individuel et collectif: cette émancipation, lecture critique, capacité d’analyse propre et décision en connaissance de cause (shared decision-making) que je promeus depuis bientôt 20 ans.

Au risque de me répéter : le dogme du reflux menstruel est tellement défendu et rabâché parce qu’il constitue le fondement de toute l’industrie de l’endométriose. Justifiant la chronicisation, donc la prise chronique de médicaments et tout le cercle vicieux de pseudo-traitements médicaux et chirurgicaux inadaptés. L’endométriose serait de l’endomètre reflué dans le pelvis par la menstruation rétrograde qui s’implanterait dans les surfaces pelviennes comme une autotransplantation, et ce à cause d’une défaillance du système immunitaire qui n’empêcherait pas ce processus.

Voilà un autre dogme dont la traduction pratique est fort profitable, puisque l’on entend tellement d’influenceuses se plaindre de leur faiblesse immunitaire et d’autres maladies liées à l’endométriose ! Les marchands tiennent beaucoup à ce dogme parce que le marché est infini, tant il y a de remèdes « naturels », plantes, régimes « sans » et alimentation anti-inflammatoire, vitamines rebaptisées Endo-truc (donc 100 fois plus chères), etc.

Tout cela pour renforcer un système immunitaire qui n’en a nul besoin. J’ai expliqué dans mon livre ouvert que la prétendue étude tellement citée (Sinai et. al) n’est qu’une enquête partielle et biaisée parmi les membres d’une association états-unienne convaincues d’avoir des troubles immunitaires et d’auto-immunité induisant plus de maladies chroniques, etc. (En fait, même avec les biais, l’augmentation montrée est très faible par rapport à la population générale).

Et l’existence de tels problèmes pourrait être due, au moins en partie, non pas à l’endométriose mais aux pseudo-traitements médicamenteux. Parce que beaucoup d’études scientifiques ont été menées sans jamais confirmer le déficit immunitaire et la vulnérabilité ; par contre, des études ont indiscutablement prouvé les effets indésirables des médicaments sur le système immunitaire et celui endocrinien. Enantone / Lupron provoque des réactions d’auto-immunité prouvées et trouvées même sans vraiment les chercher, et j’ai décrit (entre tant d’autres) le redoutable syndrome d’activation des mastocytes. Mais, du moins dans l’état actuel des connaissances, l’on ne peut pas parler de défaillance immunitaire systémique. [Elena Pasca]

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L’original en anglais est intitulé « The immune system and endometriosis » et figure sur cette page de l’excellent site d’information Endopaedia, qui donne tous les travaux en libre accès.

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Logo du site Endopaedia, avec l’accès aux informations classées par thèmes : cause / origine, diagnostic, traitement, pronostic, types et sous-types de lésions et leur localisation, etc.

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LE SYSTÈME IMMUNITAIRE ET L’ENDOMÉTRIOSE

Par le Dr David Redwine

« Vous avez probablement lu beaucoup de choses sur le système immunitaire et l’endométriose. Si vous nagez en pleine confusion après avoir lu l’un ou l’autre des articles scientifiques sur le sujet, alors bienvenue au club ! 

La littérature sur le système immunitaire et l’endométriose est ésotérique, déroutante et souvent contradictoire. De plus, la littérature sur ce sujet commet généralement le péché n°4 de la littérature sur l’endométriose : les conclusions sont généralement déformées pour essayer de soutenir la théorie de Sampson sur le reflux menstruel comme origine de la maladie.

Les « Péchés de la littérature médicale sur l’endométriose » selon le Dr Redwine 

  1. Manque de connaissances sur la multiplicité des apparences visuelles.
  2. Attention portée à l’infertilité plutôt qu’à la douleur.
  3. Conclusions tirées de la réponse des symptômes plutôt que de la réponse de la maladie.
  4. Essais de soutenir à tout prix la théorie de Sampson sur le reflux menstruel, malgré l’absence de preuves d’un attachement initial.
  5. Il n’y a pas de résultat objectivé du traitement chirurgical ; à la place, l’on nous présente les opinions du chirurgien. Sans validation par des biopsies ou des études de suivi.

Brève analyse du système immunitaire

Revoyons un peu le système immunitaire.  C’est le système fonctionnel de notre organisme qui distingue entre soi et non-soi en utilisant certaines caractéristiques de la surface des cellules. En « sentant » une cellule, le système immunitaire détermine si elle appartient ou non à la région de l’organisme où elle se trouve. Si ce n’est pas le cas, le système immunitaire entre en action pour éliminer la cellule étrangère. Ces actions sont en grande partie contrôlées par les globules blancs, mais les anticorps circulants jouent eux aussi un rôle important.

Certains globules blancs ont la capacité de tuer immédiatement les cellules étrangères, tandis que d’autres doivent être recrutés et entraînés pour tuer les intrus. Ces globules recrutés sont appelés sur le site du combat par les substances chimiques libérées par les tissus blessés ou alors par d’autres globules blancs.

Lorsqu’il est engagé dans une bataille locale, l’organisme produit également une réaction plus systémique, avec des substances apparaissant dans le sang en réaction à une inflammation ou à une blessure. Et les scientifiques disposent des moyens de mesurer plusieurs variétés principales de réponses immunitaires normales à une blessure, à savoir des groupes de globules blancs, des substances chimiques inflammatoires locales et systémiques ainsi que des hormones. Comment interpréter leur présence ? Doit-on y voir des effets primaires ou secondaires ? 

Le système immunitaire joue évidemment un rôle important dans tout ce qui se passe dans l’organisme, et l’on peut s’attendre à ce que toute altération de la santé entraîne des changements. Tout l’enjeu consiste à déterminer si les modifications du système immunitaire qui ont été constatées avec l’endométriose sont primaires (ce qui signifie que vous êtes né.e avec) ou secondaires (ce qui signifie qu’elles sont le résultat de lésions dues à l’endométriose), ou peut-être un peu des deux.

Je pense que c’est un peu des deux qui est en cause, avec les dommages réels résultant du péché n°4 qui s’y rajoutent. La diminution de l’activité des cellules tueuses naturelles (natural killer cells), signalée surtout dans les stades avancés de l’endométriose, semble être un défaut primaire, puisqu’il semble subsister même après le traitement de l’endométriose. La production locale et systémique de substances chimiques réactives semble, elle, être secondaire à l’inflammation et aux lésions, puisqu’elle nous montre en fait que le système immunitaire fait justement le travail que l’on attend de lui en réaction à un corps étranger. 

Il n’est somme toute pas surprenant de voir plus de cellules inflammatoires, de substances chimiques et de liquide dans les cavités pelviennes des femmes souffrant d’endométriose. C’est-à-dire d’un processus qui provoque autant d’irritations dans leur pelvis. Et pourtant, ces réponses normales du système immunitaire ont été érigées en co-facteurs ayant un rôle d’une certaine importance dans ce que l’on a supposé être une origine immunitaire de l’endométriose. Au lieu de les interpréter comme des preuves d’un système immunitaire normal et sain en train de faire son travail.

Des substances ayant un effet négatif sur le système immunitaire, telles que la dioxine ou les radiations, ont été incriminées car associées à une fréquence et une gravité accrues de l’endométriose chez les animaux de laboratoire, même si un rapport récent n’a pas pu mettre en évidence un effet des polychlorobiphényles (PCB) chez les singes. Cela dit, les toxiques environnementaux de ce type sont principalement des produits de la fin du 20ème siècle, or l’endométriose était connue bien avant cette époque.

Suppositions sur la manière dont le système immunitaire laisserait l’endométriose advenir

Voici comment les gens mélangent pommes et poires, en essayant de tailler au système immunitaire un grand rôle sur mesure dans l’origine de l’endométriose. Leur théorie stipule que pendant le flux menstruel mensuel, une partie des cellules endométriales de la muqueuse utérine serait balayée avec le sang menstruel dans le sens inverse, traversant les trompes de Fallope et sortant par leurs extrémités. Ce sang et ces cellules tomberaient goutte à goutte dans le pelvis, où les cellules endométriales s’attacheraient  et adhéreraient aux surfaces péritonéales, aidées et soutenues en cela par un système immunitaire déficient [donc permissif]. 

L’on suppose que chez les femmes « normales », ayant un système immunitaire « normal », il existerait une sorte de guerre immunologique permettant à leur système immunitaire de tuer les cellules refluées.  (Une question évidente se pose ici :  Quelqu’un a-t-il trouvé des preuves d’une telle guerre immunologique se déroulant dans le pelvis des « femmes normales »? Cela devrait être le cas puisque ce processus censé s’y dérouler systématiquement joue un rôle si important dans la théorie du système immunitaire et de l’endométriose. Mais ne vous donnez pas la peine de poser une telle question, parce que personne n’a essayé de voir ce qu’il en est de cette pièce du puzzle d’une importance pourtant évidente).

Puisque la patiente atteinte d’endométriose est censée avoir un système immunitaire aussi décrépit, l’on suppose que celui-ci n’attaque pas les cellules endométriales [arrivées depuis l’endomètre grâce au reflux menstruel] et qu’elles peuvent donc rester attachées aux surfaces péritonéales dans lesquelles elles peuvent s’implanter [toujours sans opposition immunitaire] par la suite, pour y proliférer et se développer en lésions d’endométriose. (Pourtant, contrairement à cette théorie, la réponse du système immunitaire à l’endométriose s’est avérée en réalité largement normale, vigoureuse et appropriée). 

Le péché capital de cette théorie reste l’absence visible et persistante de preuves, qui devraient pourtant être abondantes, quant à l’adhésion initiale des cellules endométriales aux surfaces pelviennes. Alors que cette théorie parle de milliards et de milliards de cellules endométriales censées adhérer chaque jour par un processus observable dans le monde entier, force est de constater qu’il n’existe pas de preuve convaincante de cette adhésion initiale des cellules refluées.

Il devrait être pourtant incroyablement facile d’obtenir cette preuve : même en faisant des biopsies du péritoine pelvien au hasard, si on en faisait suffisamment, on devrait trouver partout des preuves de la fixation des cellules endométriales sur les surfaces pelviennes. Pourtant, malgré des dizaines et des dizaines d’études sur des patientes, aucun des articles des années 80 et 90 au sujet de l’endométriose « microscopique » n’a été en mesure d’apporter ne serait-ce qu’une seule preuve d’une seule cellule endométriale qui se serait attachée aux surfaces pelviennes.

Pourquoi quelque chose qui est censé se produire tout le temps est-il si difficile à trouver ? (Peut-être parce que ce processus ne se produit tout bonnement pas ?) Même si le modèle d’une déficience immunitaire facilitant l’endométriose était correct, l’on note que ce modèle n’a toujours pas permis de  développer un traitement immunitaire qui serait basé sur ses éléments. Certains chercheurs mettent en avant les effets immunomodulateurs du danazol qui pourraient s’avérer importants dans l’immunothérapie de la maladie. Et pourtant, le danazol existe depuis près d’un quart de siècle, largement le temps de voir ce qu’il en est. S’il était une réponse valable, nous aurions pu tout arrêter à ce moment-là et rentrer chez nous.

Enfin, si le système immunitaire des patientes atteintes d’endométriose était vraiment décrépit, d’autres problèmes devraient être constatés. Pourtant, les cancers, les infections et les maladies auto-immunes ne semblent pas être plus répandus chez les femmes atteintes d’endométriose, et il est rare qu’une patiente arrivant à mon cabinet pour une opération se plaigne d’infections chroniques à levures. »

© Copyright David Redwine et Elena Pasca pour la version française

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