Gardasil: conflits d’intérêts du Pr Riethmuller, du Dr Prétet et de l’étude EDiTH. Ghost management du vaccin anti HPV en France

Informations et liens sur les principales tares originelles du Gardasil, dont les conflits d’intérêts font partie, à un niveau qui illustre le contrôle invisible mais omniprésent de l’industrie pharmaceutique. Preuves à l’appui, avec les leaders d’opinion et les méthodes de Sanofi Pasteur MSD, dont l’externalisation par le recours à la SRC Therapharm pour la recherche des résultats prévus d’avance et pour la communication d’influence.

Une communication d’influence à la française

Posons-nous alors la question autrement: pour qui parlent le Pr Didier Riethmuller et les autres, consultants pour Sanofi Pasteur MSD, employés de Sanofi et /ou de la société de recherche sous contrat Therapharm ?

Interrogé par le journal 20 minutes, le Pr Didier Riethmuller a déclaré dans un entretien intitulé « Vers un cancer anecdotique » que le Gardasil serait une révolution ( !!) et que

« Avec l’arrivée du Gardasil, ce cancer peut devenir anecdotique d’ici à vingt ans ».

Il a pris soin de donner une fourchette d’âge très large pour assurer un marché conséquent au vaccin : celui-ci serait destiné en priorité « aux préados et ados. Mais la cible, c’est surtout les 11-13 ans. »

Les autorités sanitaires parlent de 14 ans. Pour le Pr Riethmuller, Gardasil serait utile même aux femmes plus âgées, en précisant que « son efficacité est maximale autour de 17 ans ».

C’est une vue très démocratique : Gardasil pour tout le monde ! Pour les jeunes filles avant le début de leur vie sexuelle, pour les jeunes femmes et les femmes de tous âges, et même pour les garçons, en disant que ce sont eux qui transmettent l’infection par papillomavirus humains qui peut donner plusieurs types de cancers.

Mais est-ce le médecin Didier Riethmuller qui qui parle ou alors le consultant pour Sanofi Pasteur MSD?

Le Pr Didier Riethmuller nous en a mis plein la vue avec une superbe présentation en couleurs des résultats de l’étude EDiTH, mais vous aurez beau chercher, vous ne trouverez nulle part la moindre mention de ses liens avec Sanofi Pasteur MSD. Non seulement ses conflits d’intérêts ne sont pas mentionnés dans les présentations qu’il fait, mais elles ne sont accessibles nulle part dans les revues françaises qui publient ses textes.

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Où sont les déclarations d’intérêts des auteurs de l’étude EDiTH ?

Réponse : là où on les leur demande ! A savoir dans les revues médicales étrangères. La France ne demande rien en général aux firmes et aux médecins, donc, logiquement, elle n’a rien…

Prenons la publication des derniers résultats de l’étude EdiTH, dont voici le titre complet: « Human papillomavirus genotype distribution in low-grade squamous intraepithelial lesions in France and comparison with CIN2/3 and invasive cervical cancer. The EDiTH III study« . (L’étude EDiTH III: La distribution des génotypes HPV dans les dysplasies de bas grade en France et comparaison avec les dysplasies modérés et à haut grade (CIN 2/3) et les cancers invasifs du col de l’utérus). Que voit-on à la fin, juste avant les références ?

 

« Déclaration des conflits d’intérêts :

  • Jean-Luc Prétet est un consultant pour Sanofi Pasteur MSD.
  • Anne-Carole Jacquard est une employée de Sanofi Pasteur MSD qui a développé et commercialise actuellement la vaccin Gardasil (contre les souches HPV 6-11-16-18).
  • Maëlle Saunier: Pas de conflits d’intérêts.
  • Christine Clavel a été conférencière pour le compte de Sanofi Pasteur MSD lors de la réunion Eurogin 2007.
  • Roger Dachez: Pas de conflits d’intérêts.
  • Jean Gondry: Pas de conflits d’intérêts.
  • Pierre Pradat: Pas de conflits d’intérêts.
  • Benoît Soubeyrand est un employé de Sanofi Pasteur MSD qui a développé et commercialise actuellement la vaccin Gardasil (contre les souches HPV 6-11-16-18).
  • Yann Leocmach est un employé de Sanofi Pasteur MSD qui a développé et commercialise actuellement la vaccin Gardasil (contre les souches HPV 6-11-16-18).
  • Christiane Mougin : Pas de conflits d’intérêts.
  • Didier Riethmuller est un consultant pour Sanofi Pasteur MSD. »

Il faudra vérifier de près s’il n’y a pas d’autres conflits d’intérêts, notamment pour ceux qui déclarent ne pas en avoir.

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Les managers fantôme en coulisses, les leaders d’opinion sur le devant de la scène

Et puis il y a la rubrique « Remerciements », dans le même article, où l’on peut lire : « Nous manifestons notre gratitude à Emilie Maillard, de Therapharm, Boulogne Billancourt, France, pour la gestion et l’analyse des données, ainsi qu’à Nubia Muñoz pour sa lecture critique du manuscrit ».

Ainsi on apprend donc que les données scientifiques n’ont pas été gérées et analysées par les auteurs eux-mêmes, mais par Therapharm, une CRO ou société de recherche sous contrat avec Sanofi Pasteur MSD. On lit sur son site que Terapharm fait tout pour ses clients, de la recherche jusqu’à la… rédaction des articles (medical writing). 
 

Voilà ce qui s’appelle du ghostwriting ou écriture par des auteurs fantôme, qui ne figurent nulle part comme auteurs de l’article ou contributeurs. En France, les leaders d’opinion vont dans les media généralistes pour faire de la dés-information, assurent la formation médicale continue, propagent le discours convenu établi par les ghost writers auprès des comités de rédaction des revues médicales dont ils font partie, auprès des comités scientifiques des associations et des sociétés savantes dont ils font partie, auprès des autorités sanitaires qui les sollicitent comme experts. Et, le cas échéant, ils déterminent le traitement incluant les médicaments ou vaccins ou dispositifs médicaux par le biais des services hospitaliers qu’ils dirigent.

Les leaders d’opinion sont présents à toutes les articulations stratégiques de notre système de santé et de soins, articulations qu’ils verrouillent pour pérenniser ce système pharma-amical.

Autrement dit, les stratégies de communication d’influence, de marketing et lobbying de l’industrie pharmaceutique et des fabricants de dispositifs médicaux emploient les leaders d’opinion, qu’ils soient professionnels de la santé, responsables d’associations (souvent des faux nez des industriels) ou communicants / lobbyistes professionnels, pour imposer des éléments de langage et tout un discours marketing issu de leurs départements marketing et communication et/ou d’agences de communication et de rédaction scientifique spécialisées auxquelles les firmes sous-traitent la communication. Qui est en fait de la publicité plus ou moins directe.

Les grands professeurs – avez-vous remarqué qu’ils sont toujours grands ? – n’auraient donc qu’à donner leurs noms et apposer leur signature sur des articles livrés clé en main et faits en fonction de la volonté du client, à savoir la firme pharmaceutique. Citons le site, parce qu’il illustre parfaitement le rôle de superviseur et décideur de l’industriel qui paie :

« Notre Département s’engage en partenariat avec vous [c’est-à-dire le client : la firme pharmaceutique] à respecter tous ses engagements afin de satisfaire à l’ensemble de vos exigences. »

On ne lit nulle part qu’il s’agirait de mener une recherche scientifique, un essai clinique selon les règles de l’éthique, de la transparence et de la science, indépendamment des payeurs, mais on lit partout à quel point la société de recherche sous contrat est soucieuse de rassurer le client de la place déterminante qui lui reviendra dans l’ensemble du processus.

Le mot d’ordre est « satisfaire à l’ensemble [des] exigences » du laboratoire qui paie. C’est édifiant qu’il soit dit explicitement que l’industriel pharmaceutique qui finance ait son mot à dire quant au contrôle, à la validation, aux corrections des données scientifiques et à tout autre aspect médical. 

De plus, il est clairement dit que « toute décision est prise avec le promoteur [le payeur, Sanofi Pasteur MSD en l’occurrence] », y compris la « revue du plan de validation » ou la « discussion des données présentant problème ». Toute la page sur le « data management » (gestion des données) est intéressante, mais soulignons juste quelques aspects : concernant la « revue médicale », « les points à contrôler sont définis avec le promoteur » et « les demandes issues de la revue médicale suivent le même circuit que les autres demandes de correction », à savoir, comme il est dit plus haut, discussion et décision prise avec le promoteur : le client qui paie, c’est-à-dire le laboratoire pharmaceutique ou un fabricant de dispositifs médicaux.

C’est édifiant qu’il soit dit explicitement que l’industriel pharmaceutique qui finance ait son mot à dire quant au contrôle, à la validation, aux corrections des données scientifiques et à tout autre aspect médical.

Tout est verrouillé pour arriver à des résultats favorables aux produits des industriels en utilisant les noms des leaders d’opinion comme une apparence de travail scientifique qui aurait mené à ces résultats.

*

Rappelons-nous ce que pensait Marcia Angell du danger que représente la délégation de la recherche à ces sociétés privées de recherche sous contrat (SRC ou CRO: contract research organisations), justement parce qu’elles n’ont pour seuls clients que les firmes pharmaceutiques… C’est une occasion de (re)lire son excellent texte, traduit par Pharmacritique dans la note « Marcia Angell dénonce la manipulation de la recherche clinique et le contrôle de l’information médicale par les firmes ».

Pharmacritique tient le texte original complet de Gynecologic Oncology, qui n’est pas en libre accès, à la disposition des incrédules.

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Illustration parfaite du ghostwriting et du ghost management J’adapte et élargis le terme ghost management proposé par Sergio Sismondo en 2007. La gestion fantôme: un management total, une gestion complète, invisible mais omniprésente faite par des gestionnaires cachés dans les coulisses, mais qui prennent les décisions auxquelles se conformeront ceux qui sont sur le devant de la scène et prêtent leur nom alors qu’ils n’ont pas eux-mêmes analysé, validé, contrôlé, corrigé les données…

J’adapte et élargis le terme ghost management ou gestion fantôme: un management total, une gestion complète, invisible mais omniprésente faite par des gestionnaires cachés dans les coulisses, mais qui prennent les décisions auxquelles se conformeront ceux qui sont sur le devant de la scène et prêtent leur nom alors qu’ils n’ont pas eux-mêmes analysé, validé, contrôlé, corrigé les données…

Par ghostwriting je veux parler de la présence de ces auteurs fantôme qui rédigent les articles selon les exigences des services marketing des firmes. La technique de l’écriture – ou de la réécriture – par des rédacteurs médicaux non mentionnés et spécialisés dans la présentation des données sous la lumière voulue par les firmes – est régulièrement dénoncée comme une façon de manipuler les données des essais cliniques, par exemple par cet éditorial du JAMA que j’ai traduit, et qui s’insurge contre la non concordance entre les auteurs figurant dans l’intitulé de l’article et les rédacteurs fantôme (ghost writers) qui sont là pour enjoliver les résultats.

On se demande quel a été leu véritable rôle des pontes leaders d’opinion tels le Pr Didier Riethmuller et le Dr Jean-Luc Prétet dans ces essais cliniques. Vu que c’est la SRC Therapharm qui a fait le boulot et pris les décisions directement avec le commanditaire (payeur promoteur), à savoir Sanofi Pasteur MSD. On pourrait supposer, à la lecture de tous ces détails, que c’est leur nom qui compte, comme une garantie de scientificité, et que leur rôle principal vient après les essais : dans la promotion du Gardasil (et aussi du Cervarix, pour certains). Ils servent de caution scientifique, pour donner l’illusion de résultats favorables issus d’une recherche scientifique rigoureuse quant à l’utilité, à l’efficacité, au rapport bénéfices-risques du vaccin anti-papillomavirus Gardasil, en l’occurrence.

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Ghost management : gestion en coulisses, gestion fantôme, mais omniprésente et fort efficace

Quitte à me répéter un peu, autant donner d’autres exemples montrant ce cas d’école de conflits d’intérêt, désinformation, externalisation, bref, de ghost management.

Les remerciements adressés à la Pre Nubia Muñoz dans le même article de Gynecologic Oncology ne sont pas non plus anodins, lorsqu’on a appris à regarder les choses d’un œil critique, exercé à la recherche des conflits d’intérêts… Elle est carrément membre du comité de pilotage stratégique (steering committee) de Merck, tout comme le Dr Jospeh Monsonego, le saint patron scientifique d’Eurogin…

Eurogin, c’est à lui seul toute une histoire, un entrelacs de conflits d’intérêts d’une étendue jamais vue, et qui nécessite des semaines des recherches pour débusquer les conflits d’intérêts des uns et des autres et avoir une idée d’ensemble des tentacules par lesquelles Merck, Sanofi Pasteur MSD, mais aussi GSK ont étouffé la pensée critique et se sont assurés des vassalités et des ouvertures pour faire du pharmacommerce de la peur à un niveau jamais atteint.

Déjà le recours aux rédacteurs fantôme est symptomatique du ghost management: c’est-à-dire une gestion fantôme, invisible mais omniprésente de tous les aspects de la vie d’un médicament, depuis sa conception aux essais cliniques et à sa publicité. Par extrapolation du terme de Sergio Sismondo et compte tenu des critiques formulées par la presse médicale indépendante et des auteurs tels que Arnold Relman, Roy Poses, Marcia Angell, on peut parler d’un management total pour contrôler, depuis les coulisses et par divers moyens adaptés à chaque domaine, la recherche, la formation et l’information médicales. Vous pouvez lire des explications détaillées sur ce sujet essentiel dans cette note de Pharmacritique exposant les grandes lignes et les variantes du ghost management de Merck pour son Vioxx. D’un laboratoire pharmaceutique à l’autre, ces méthodes sont les mêmes.

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Références :

  •  Pasca, E., Editorial du JAMA pour limiter conflits d’intérêts, ghostwriting et manipulation de la recherche médicale par les laboratoires. Pharmacritique, le 6/05/2008 sur cette page.
  • Pasca, Elena, Elsevier a édité neuf fausses revues médicales. Treize autres allaient sortir pour désinformer les généralistes dans plusieurs spécialités. In: Pharmacritique, le 6 août 2008 sur cette page
  • Pasca, Elena, Marcia Angell dénonce la manipulation de la recherche clinique et le contrôle de l’information médicale par les firmes. Pharmacritique, 18/ 09/ 2008, sur cette page.
  • Pasca, Elena, Merck et Elsevier ont édité une fausse revue médicale: outil marketing pour Fosamax et Vioxx. Ghost management révélé lors du procès Vioxx. Pharmacritique, le 10/05/2009 sur cette page
  • Prétet, JL et al, Distribution des génotypes de papillomavirus humain (HPV) dans les lésions génitales en France : études EDiTH. In: Bulletin épidémiologique hebdomadaire 7/07/2009 / no 29 p. 313, sur cette page.
  • Riethmuller D, Prétet JL et al. Human papillomavirus genotype distribution in low-grade squamous intraepithelial lesions in France and comparison with CIN2/3 and invasive cervical cancer. The EDiTH III study. Gynecologic Oncology, Vol 110, Issue 2, Aug 2008, Pages 179-184. 
  • Riethmuller, Didier, Vers un cancer anecdotique. 20 minutes, le 26/11/06, sur cette page.
  • Sismondo, Sergio, Ghost Management: How Much of the Medical Literature Is Shaped Behind the Scenes by the Pharmaceutical Industry? PLoS Med. 2007
  • Therapharm.com: « data management » et autres pages du site, accédé en février 2008

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D’autres liens

Vu le nombre important de notes à ce sujet et pour faciliter la lecture, il y a désormais cinq catégories :

Elena Pasca

Copyright Pharmacritique

3 réflexions au sujet de “Gardasil: conflits d’intérêts du Pr Riethmuller, du Dr Prétet et de l’étude EDiTH. Ghost management du vaccin anti HPV en France”

  1. Nous n’avons plus qu’à espérer que notre très cher Gouvernement, n’impose pas ce vaccin, car maintenant un refus de vaccination = 3 750 euros d’amende (peut-être reversés à Sanofi !!!) et de la prison.
    Désolé mon corps m’appartient et s’il devait m’arriver quelque chose de grave, je n’irai pas demander d’autorisation au Président.
    Mon esprit aussi m’appartient………

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  2. la déclaration d’intérêt est pourtant une obligation légale, il est vrai non assortie de sanction en cas de violation.
    C’est l’article 26 de je ne sais plus quelle loi (Kouchner?)

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  3. Bonjour j’ai une fille de 14 ans qui va etre vacciné avec le vaccin gardasil, pouvez vous m’en dire plus car j’ai quelques craintes concernant les effets secondaires et voir d’ici quelques années ce que peut donner ce type de vaccin.J’aimerai avoir l’avis d’un médecin compétant merci

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