« La Loi des pères ». Enquête sur l’inceste et la pédophilie. Rôle de la psychanalyse

Dans cette courte vidéo, le cinéaste Patric Jean présente son livre « La loi des pères« , publié par les Editions du Rocher et disponible le 20 janvier. A partir des affaires Matzneff et Polanski, l’auteur enquête sur la pédophilie et l’inceste en France et démontre que ces scandales sont des épiphénomènes, des éléments révélateurs d’un système bien enraciné.

Je présente Patric Jean puis, dans mes commentaires, je donne des liens et insiste sur le rôle majeur joué par la psychanalyse (et les centaines de versions qui s’en inspirent) dans l’instauration et le maintien de ce système. « La loi des pères » est issue de la Loi du Nom-du-père. Et la misogynie, le sexisme et la gynophobie en sont d’autres versants.

L’on estime que 3 à 6% des enfants et adolescents sont victimes d’au moins une agression sexuelle, qui a lieu la plupart du temps dans le cadre familial. La justice et la société en général sont aveugles face à ce phénomène et développent tout un éventail de stratégies pour ne pas remettre en cause tous les facteurs qui concourent à la perpétuation de ce phénomène systémique, qui a par ailleurs toujours existé. Ces stratégies relèvent, en grandes lignes, du déni – cela n’existe pas ou c’est rarissime -, ou alors de la légitimation: si cela existe, c’est parce que les enfants provoquent, sont consentants, apprécient d’avoir des relations sexuelles avec des adultes. Et que celles-ci leur seraient bénéfiques…

Patric Jean est philologue et cinéaste travaillant entre la Belgique et la France. Il réalise des films et donne des conférences sur des sujets traduisant un engagement fort dans la cité : diverses formes d’inégalités, prison, prostitution, pauvreté et sa criminalisation, sexisme, migrants, sans domicile fixe… Membre du réseau Zéro macho, il s’attaque aux diverses formes de « La Domination masculine » (titre d’un de ses films de 2009, présenté sur cette page), donc aux nombreuses manifestations du sexisme et de l’oppression des femmes telles que le masculinisme. Il le fait méthodiquement et radicalement, puisqu’il décortique les idéologies qui sous-tendent tout cela et en font des épiphénomènes d’un paradigme structurant de nos sociétés. Deux livres en sont une autre concrétisation: Pas « client », plaidoyer masculin pour abolir la prostitution (Éd. Zeromacho, 2013) et Les hommes veulent-ils l’égalité ? (Belin / Laboratoire de l’égalité, 2015).

« Ayant infiltré les groupes masculinistes, Patric Jean met en évidence l’idéologie qui protège pédocriminels et pères incestueux. Aujourd’hui, des pathologies pseudo-scientifiques, comme le « syndrome d’aliénation parentale », servent devant les tribunaux à exonérer les agresseurs, voire à mettre en accusation les mères et les personnels de santé qui les signalent. Pour confier la garde de l’enfant abusé au parent coupable. »

Quelques commentaires et compléments d’information

Je rappelle les propos de Françoise Dolto: l’inceste paternel rendrait les filles juste un peu débiles. Elles seraient par ailleurs aguicheuses… Beaucoup d’autres allégations tirées de sa fascination pour Jacques Lacan (pour l’homme, qui l’a ignorée, comme pour ses élucubrations) méritent d’être évoquées dans un article à part.

Rappelons juste que Dolto a signé dans les années 70 une lettre ouverte appelant à un non lieu à l’encontre d’un éducateur poursuivi pour de nombreux actes d’agressions sexuelles sur des enfants. Lire à ce sujet l’excellent livre de Didier Pleux, Françoise Dolto: La déraison pure (Autrement, 2013).

Les années 70 ont ouvert une période de paroles pédophiles totalement décomplexées dans les media, comme on l’a vu avec Dany Cohn-Bendit s’extasiant sur l’excitation qu’un homme ressentirait lorsqu’une fillette de 5 ans le déshabille. Ou alors les propos de Matzneff, toujours chez Bernard Pivot.

Voici le tweet qui contient l’extrait vidéo avec les propos de Dany Cohn-Bendit, face à Bernard Pivot, dans l’émission « Apostrophes » du 23 avril 1982. Dans le même fil est publié un extrait de son livre de 1975, Le Grand bazar. Explications ? Ce serait pour « choquer le bourgeois ».

La psychanalyse a fourni de quoi justifier et banaliser l’inceste et la pédophilie: l’enfant réinventé en être hypersexualisé, en fonction de ce que les adultes ont envie et qu’ils projettent sur lui. Sans se préoccuper le moins du monde des conséquences traumatiques. La « normalité » de la névrose hystérique des femmes dépend des fantasmes incestueux et du désir pour le père, avec refus de distinguer, dans la théorie, entre inceste réel et fantasme.

La pédophilie ne suscite aucune interrogation. Dans « le cas Dora« , s’il y a « cas », c’est qu’une adolescente de 13-14 ans n’a pas été excitée par les avances d’un quadragénaire, ami de son père qui faisait par ailleurs en sorte qu’elle se retrouve seule avec lui. Que Dora soit dégoûtée par les agressions sexuelles qu’elle a subi à répétition est pour Freud le symptôme qui ne trompe pas et fonde son diagnostic d’hystérie. Des générations entières de psychanalystes ont appris la théorisation de l’hystérie sur la base de quelques « cas » d’analyses que Freud prétend avoir menées.

Les élucubrations de la psychanalyse, enrichies par chaque aspirant à la stature de maître gourou d’école psychanalytique, sont un réservoir inépuisable d’idées avilissant les femmes et les rendant responsables de tout, dans la famille, dans le couple, dans la parentalité, dans la structuration psychique des enfants selon l’oedipe, donc l’inceste… Et lorsqu’il s’agit pour Freud de se faire accepter pour bien gagner sa vie, d’être respectable aux yeux de la profession et ne pas « choquer le bourgeois » et sa morale, il n’a aucun scrupule à renoncer à la théorie de la séduction (Verführung: l’enfant qui détourne l’adulte du bien et du droit chemin) et du trauma résultant d’incestes et abus sexuels réels. Il innocente ainsi l’adulte, alors que l’échange de lettres avec son ami Wilhelm Fliess prouve que Freud a continué à croire à la réalité et à la fréquence des incestes, comme l’affirme Jeffrey Masson, auteur du livre Enquête aux archives Freud. Des abus réels aux pseudo-fantasmes (L’Instant présent). Seul Sàndor Ferenczi a eu le courage de persister, ce qui lui a valu de tomber en disgrâce. Jung avait lui aussi bien saisi l’opportunisme de cette volte-face.

Une volte-face contre laquelle protestera Alice Miller, dès lors qu’elle arrivera à briser tous les carcans de l’orthodoxie psychanalytique dans laquelle elle avait emprisonné son esprit. Des livres tels que L’enfant sous terreur et Abattre le mur du silence : pour rejoindre l’enfant qui attend, ouvriront les yeux de certains crédules, confrontés aussi aux témoignages de victimes qui font preuve d’un courage exemplaire.

Un tel témoignage est celui livré en 1986 par Eva Thomas, retracé dans un article paru en 2017 dans L’Obs. A visage découvert, sur Antenne 2, elle explique qu’il faut que les victimes puissent « sortir de la honte ».

Les mystifications et l’opportunisme originels en ont inspiré d’autres et donné beaucoup d’outils d’oppression des femmes, habillés en théories fondées sur la « clinique » psychanalytique, donc sans aucun critère de scientificité. Des théories dont la portée misogyne crève les yeux de tous, sauf des décisionnaires, continuent à être utilisées par la justice, dans les milieux éducatifs et de santé pour discréditer la parole et les témoignages des enfants en même temps que les démarches des mères pour protéger les enfants des mâles agresseurs. Le syndrome d’aliénation parentale, forgé par Richard Gardner, en est un exemple. Il est particulièrement cohérent avec toutes les inepties misogynes et gynophobes de la psychanalyse.

La psychanalyse, surtout dans la version du maître gourou Jacques Lacan, est un avatar d’apparence laïque des dogmes misogynes et gynophobes. Ce comble de mystification et de fumisterie est fait pour maintenir la domination masculine érigée en ordre symbolique garant de la pérennité de la culture. Elle attribue aux mères non seulement toute la faute pour tout ce qui peut arriver, mais aussi l’intention inconsciente de détruire les enfants par tous les moyens et de saper l’autorité des pères et toute la civilisation bâtie grâce à la Loi: l’émanation culturelle, juridique, familiale des porteurs du seule symbole culturel, psychanalytique, sexuel: le pénis.

Les exemples sont nombreux de figures influentes diffusant dans le milieu éducatif, médical et juridique, des propos gynophobes plus ou moins directement tirés de la psychanalyse: tous les psychanalystes lacaniens en sont: Jean-Michel Louka, Gilbert Levet, Christiane Ollivier, Michèle Lachowsky… Il faut nommer, pour mieux combattre leur influence, surtout les plus médiatiques, tels que Yann Diener dans le colonnes de Charlie Hebdo (qui se présente comme féministe) ou le pédiatre Aldo Naouri.

Les formes de neurodiversité et de psychodiversité telles que l’hyperactivité et l’autisme sont un prétexte pour encaisser l’argent public dans des structures d’accueil et de soins telles que les centres médico-psychologiques tout en renforçant l’emprise sociétale des thèses misogynes et gynophobes. Les enfants sont un moyen d’atteindre les mères. Les prétendus « cliniciens » ainsi légitimés servent d’experts dans les dossiers de la justice, pour encore enfoncer les mères et les enfants.

Jusqu’à ce que je réussisse à contrer son influence, surtout au moyen d’une campagne menée entre 2007 et 2012, le Dr Jean Belaisch figurait parmi les plus influents porteurs de discours sexistes, misogynes et gynophobes inspirés par la vulgate psychanalytique et auxquels il donnait un emballage médical. Ce qui rendait ses thèses encore plus destructrices et difficiles à contrer, surtout lorsqu’il s’affichait partout avec l’association EndoFrance, dont le site contenait plusieurs textes de lui (l’un co-signé avec son gendre, le Dr Jean-Pierre Allart) sur une prétendue cause psychologique et psycho-sexuelle de l’endométriose. Jean Belaisch et Jean-Michel Louka, le psychanalyste lacanien qu’il a promu auprès d’EndoFrance au point que son association GynePsy signe en 2005 un contrat avec elle, évoquaient certes l’inceste, mais surtout celui maternel (selon la psychanalyse…) et seulement pour l’instrumentaliser: il serait la cause d’un traumatisme psychique dd type du syndrome de stress post- traumatique.

Selon Jean-Michel Louka, Jean Belaisch et d’autres, l’endométriose et un « nombre potentiellement illimité de maladies » gynécologiques ou alors dans leur forme féminine, seraient en fait les formes actuelles d’hystérie, issue d’un viol ou d’un inceste répétés (réels ou fantasmés…) mais refoulés. Les femmes ne voudraient pas l’admettre pour ne pas guérir et perdre ainsi le « bénéfice secondaire de la maladie », dont le statut de victime et de centre de l’attention. Typiques de l’hystérie…

J’ai détaillé ces thèses et mes batailles de 2007 à 2012 contre l’influence la psychanalyse dans plusieurs textes, dont celui-ci, contenant aussi la critique de la psychologisation faite par le Dr David Redwine. Je relate une partie de ma confrontation directe avec le Dr Jean Belaisch, par écrit, dans ce texte de 2011 qui en reprend et commente quelques-uns. Enfin, mes nombreux textes sur les conséquences de l’influence de la psychanalyse seront publiés dans les mois à venir.

La « loi des pères » et ses dimensions telles que les argumentaires servant la légitimation (sexualité offensive des enfants…) et la négation de l’inceste réel au profit de fantasmes psychiques constitutifs du psychisme et le structurant, n’existeraient pas sans la Loi du Nom-du-père et toutes ses variantes, vulgarisations et conséquences. J’y reviendrai souvent.

La psychanalyse freudienne et lacanienne est bonne pour la poubelle. Elle est un obstacle majeur dans la libération des femmes, l’égalité des droits et les soins corrects. Il est urgent de l’interdire dans toutes les institutions étatiques, de lui couper toute source d’argent public, de l’exclure complètement des domaine de l’éducation (incluant les diverses structures d’accueil et d’aide des femmes et des enfants), de l’exclure de l’expertise juridique et de la justice ainsi que de la médecine et des soins au sens large du terme.

Ce faisant, il faut prendre soin de bien cibler non seulement la théorie psychanalytique classique et les chapelles orthodoxes (les écoles freudiennes, lacaniennes, les formes d’enseignement universitaire et autres) mais aussi les centaines de variantes qui forment l’un des piliers du complexe naturo-psycho- holistique. Psycholibération, décodage biologique de conflits inconscients, coachings, versions du « féminin sacré » et toutes les variantes des correspondances autour de la maternité qui font le jeu de ce système dénoncé par Patric Jean.

Les livres au sujet de l’inceste sont nombreux. Je conseille ici celui de Mathilde Brasilier, Le Jour, la nuit, l’inceste (L’Harmattan, 2019). Et l’interview qu’elle a donné à Cédric Lépine sur Médiapart. Outre le témoignage proprement dit, on comprend mieux le phénomène de dissociation avec mémoires traumatiques et amnésie dissociative. Notion très importante pour comprendre pourquoi il est essentiel de laisser un délai de prescription très long, et pourtant, la psychopathologie commence à peine à s’y intéresser et certains psychiatres en contestent toujours la validité.

Mais comment s’en étonner connaissant les stratégies de déni mises en place dans nos sociétés régies par « la loi des pères », se devant de garder intact le Nom-du-père ? Dans tous les sens possibles de ce syntagme.

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