Procès Zyprexa: charge virulente du juge contre les autorités sanitaires qui ont laissé faire Eli Lilly

Le juge new-yorkais Jack Weinstein a prononcé le 17 juillet les arguments en ouverture du procès contre Eli Lilly pour les effets indésirables 1908805734.jpgde l’antipsychotique Zyprexa (olanzapine). Pharmalot a scanné le texte, qu’on peut lire sur cette page.

Il contient une charge d’une rare véhémence contre les instances publiques de régulation, les autorités sanitaires et particulièrement contre l’agence du médicament (FDA). Que ne donnerions-nous pas pour avoir un jour un cadre législatif-juridique qui permette à nos juges de nommer un chat un chat, et ce publiquement ! On peut toujours rêver…

Quelques liens sont insérés à la fin du texte, pour plus de détails sur l’affaire Zyprexa.

Quelques détails d’abord

Le Zyprexa (olanzapine) est un antipsychotique de la firme Eli Lilly, très à la mode jusqu’il y a deux ans, et prescrit trop à la légère, y compris en dehors de ses indications autorisées, suite à un marketing d’enfer de la firme.

 

« Autour de 30.000 plaintes pour des dommages dus aux effets secondaires, comprenant des cas de diabète, d’obésité et d’autres maladies, apparemment connus, mais occultés par Eli Lilly, ont fini par un accord à l’amiable ». Accord à l’amiable veut dire que Lilly a payé pour que les victimes n’aillent pas jusqu’au procès. Plusieurs centaines de cas restent, transférés depuis d’autres cours de justice à New York.

D’autres charges concernent Lilly, à commencer par une plainte des actionnaires pour avoir provoqué des pertes à cause de son comportement : donner l’illusion d’un médicament sans problèmes, encourager les investissements, etc., alors que la firme savait qu’il y avait des effets indésirables qu’elle a occulté.

L’Etat a aussi porté plainte et accuse Eli Lilly d’avoir causé trop de prescriptions injustifiées, donc trop de dépenses, en faisant de la publicité pour des usages hors AMM (non autorisés) du Zyprexa. Chaque partie (individus, assurances publiques et privées) a le droit de récupérer l’argent payé en trop, compte tenu du prix artificiellement gonflé du médicament.

La responsabilité des instances publiques et de l’agence du médicament – qui se laissent dominer par les firmes et ne remplissent pas leurs tâches

Mais le juge estime que l’Etat est gonflé de venir réclamer et se plaindre, alors que c’est sa faillite – celle de ses instances de régulation – qui a permis que le problème prenne autant d’ampleur.

« On peut dire qu’une grande partie des problèmes juridiques imputés au Zyprexa sont, s’ils se confirment, dus à l’échec des agences fédérales responsables de prévenir tout abus. (…) L’Etat et ses agences n’ont pas pris les mesures adéquates pour s’assurer que les informations disponibles sur l’efficacité et les dangers pharmacologiques [du Zyprexa] (…) parviennent rapidement aux médecins prescripteurs », à tous les programmes publics ou privés de prise en charge ainsi qu’aux patients.

 

Le juge lance une salve très dure contre l’agence américaine du médicament (FDA), mais il ne connaît manifestement pas le fonctionnement des autorités sanitaires en dehors des Etats-Unis, puisqu’il pense que la FDA est la pire, alors que l’histoire tend à montrer plutôt le contraire… N’empêche, la charge est la bienvenue, parce que tout le reste du monde profite des avancées de la FDA. Alors tapez-lui dessus, Monsieur le juge, pour les Européens aussi !

« Si on la compare à ses pairs d’autres régions du monde, (…) on peut soutenir que la FDA a failli à ses responsabilités face aux consommateurs et aux médecins. Elle se base beaucoup trop sur les firmes pharmaceutiques dans la recherche de nouvelles utilisations des médicaments. Le laxisme de ses réglementations permet aux firmes de faire de la publicité pour des usages hors AMM [i.e. non autorisés]. Elle accepte que l’industrie pharmaceutique fasse des pressions pour définir les termes des notices des médicaments. Elle ne fait rien pour exiger que les médecins – principale ligne de défense contre des prescriptions inadéquates – soient correctement informés. Et elle abandonne la diffusion et le contrôle de l’information à des structures largement influencées par l’industrie pharmaceutique telles des associations privées et des revues médicales sous influence ».

L’Etat est gonflé de se plaindre des prix trop élevés, alors qu’il a choisi de ne pas les réguler, pour ne pas gêner la compétition, ajoute Weinstein.

« Certaines preuves (…) peuvent faire comprendre aux jurés que [la firme] Lilly n’est pas la seule coupable. Ces preuves (…) [vont dans le sens] d’un contrôle étatique inadéquat de la recherche pharmacologique comme du développement, de la distribution, de la délivrance et de l’usage des médicaments ainsi que des systèmes de paiement. Les agences publiques locales et fédérales ont failli à leurs tâches de protection ; et pourtant, c’est d’elles que dépendent les usagers des produits pharmaceutiques lorsqu’il s’agit d’éviter l’inflation des prix et le mauvais usage. La faillite la plus patente est celle de la FDA, puisqu’elle n’a pas mené les recherches nécessaires ni n’a exercé le contrôle approprié sur le marketing [des firmes pour leurs médicaments, à l’exemple du Zyprexa]. »

 

Le juge déplore aussi « l’échec de ce qui devrait être une recherche impartiale et menée à temps par des organisations étatiques et privées et les démarches inadéquates de celles-ci, aboutissant à un retard important dans l’information sur l’efficacité et les dangers [du Zyprexa]. Et l’échec, au moins partiel, des médecins prescripteurs et des autres professionnels de santé à maintenir les usages du médicament et les coûts dans des limites raisonnables. »

Commentaires

Il est probable que ce type d’argumentation sert à limiter les dommages punitifs que les jurys ont l’habitude d’infliger aux laboratoires dans de tels procès ; mais il est tout aussi certain que le juge a raison de montrer du doigt ceux dont la mission est de calmer les ardeurs commerciales des firmes et qui ont laissé faire Eli Lilly comme les autres.

La défection des instances étatiques de régulation et de contrôle pose problème, parce qu’il n’y a pas de « main invisible »…

On peut se demander quel serait le discours du juge s’il avait l’occasion de se prononcer sur notre agence d'(in)sécurité sanitaire (Afssaps), sur la Commission nationale de pharmacovigilance et sur la Haute autorité de santé (HAS). Et en général sur le fait qu’en France, il n’y a aucune possibilité de demander des comptes à une firme pour des faits similaires. Les victimes françaises du Zyprexa n’existent même pas, parce qu’elles n’ont pas voix au chapitre, pas de moyen d’expression et d’obtenir justice. Tout le monde s’en fout…

Sources complémentaires

Elena Pasca
Copyright Pharmacritique

 

51 réflexions sur “Procès Zyprexa: charge virulente du juge contre les autorités sanitaires qui ont laissé faire Eli Lilly

  1. Tous les medicaments tuent ..mon fils c est l haldol avec une autre molecule qui a failli perdre la vie.Il a fait un syndrome des neuroleptiques..Je vous souhaite bcp de courage.

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