Une fois n’est pas coutume… Sur ce blog qui parle du social sous divers angles, je me permets de faire de la publicité pour un lubrifiant social – effet très important, comme nos amis de l’industrie pharmaceutique le savent très bien. Il s’agit d’un médicament hautement efficace dans le traitement de l’anxiété sociale, de l’anxiété généralisée, agoraphobie et autres timidités. La preuve par l’image et le texte, reprenant exactement les questions ciblées posées dans la pub télé américaine. « Avez-vous le sentiment de ne pas être à votre place ? Souffrez-vous de timidité ? Vous arrive-t-il parfois de vous dire que vous n’êtes pas assez pugnace ? » (Si quelqu’un répond « non », merci de prendre rapidement un RV avec un psychiatre). Si vous répondez « oui » à l’une des ces questions, allez donc demander à votre médecin de jeter ses psychotropes à la poubelle et de partager avec vous une dose de ce remède miraculeux et aux effets connus depuis des siècles… Qu’attendez-vous ? Arretez de vous cacher et commencez enfin à vivre ! Grâce à un remède 100% naturel!
Catégorie : Marketing pharmaceutique, publicité exemples
Traitement médiatico-pharmaceutique de la dysfonction érectorale. La solution miracle des laboratoires Lagardère

Montage figurant dans les pages de Sarkostique, qui illustre bien le fait que l’industrie pharmaceutique a réponse à toute question de style de vie ou de panne momentanée. C’est la fonction des « lifestyle drugs » que de soigner tout, y compris un dysfonctionnement érectoral. Que l’on peut comprendre comme une véritable maladie mentale, vu ses conséquences; maladie à codifier illico presto dans le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) et à traiter. Et puisqu’on parlait récemment du façonnage des maladies (disease mongering) et de la « publicité directe aux consommateurs » qui risque de nous arriver bientôt, autant donner un exemple bien de chez nous. Après tout, Pfizer fait de très bonnes affaires en France aussi avec son Viagra. Lagardère aussi avec d’autres choses. Impossible d’en énumérer le détail, parce que, comme on sait, une même multinationale peut vendre de tout et son contraire, alors…
Je me demande juste si je n’ai pas vu récemment une mise en garde de la FDA (agence américaine du médicament) à propos d’effets secondaires du Viagra genre troubles visuels, en plus des troubles cardiaques. Ce qui expliquerait certains aspects de la politique économique et sociale actuelle, par myopie (pas de vision à long terme), défaut de perception/vision des vrais problèmes… Et puis par une ankylose du palpitant dès lors qu’il s’agit d’autre chose que de largesses du coeur pour les plus fortunés et de pitié pour les pôvres multinationales, qui seraient embêtées par le droit des affaires français. Là encore, il doit y avoir un problème de vision, parce que moi, je n’ai vu aucun procès sérieux fait par l’Etat à une multinationale pharmaceutique, agrochimique, agroalimentaire, au nom de l’intérêt général et de la santé publique. Et ce, quelle que soit l’ampleur des catastrophes sanitaires et/ou environnementales qu’elles avaient provoquées.
Mais comment voir des catastrophes dans le monde fabuleux de Disney, véhiculé par Air Bolloré, servi tous les jours par Direct 8 (chaîne de Bolloré) et sonorisé par Europe 1 (radio de Lagardère) ?
En attendant le Sonotone… Jacques, si tu m’entends, reviens!
Le Conseil canadien de la santé maintient son avis négatif sur la publicité directe pour les médicaments (2006).
Pour plus de détails sur les enjeux de la publicité directe sur les médicaments, voici un rapport rendu en 2006 par des chercheurs du Centre de recherche sur les politiques et les services de santé de l’Université de Colombie Britannique au Canada. Rapport demandé et financé par des fonds publics venant du Conseil canadien de la santé, structure créée par le ministère canadien de la santé pour éclairer les choix stratégiques en la matière. Il analyse la situation au Canada ainsi que dans les deux pays où la publicité directe aux consommateurs (PDC ou DTCA: « direct-to-consumer advertising ») est autorisée, à savoir les Etats-Unis et la Nouvelle-Zélande. Les recommandations préconisent le maintien de l’interdiction de cette publicité, qui n’est qu’un outil commercial, sans aucun bénéfice éducatif ou autre, et le durcissement des réglementations actuelles sur certains aspects.
Le rapport fait 47 pages. Voici quelques extraits pour ceux qui n’ont pas le temps de tout lire:
Une publicité réaliste, pour une fois! Pour le Vioxx, le médicament miracle de Merck. Parodie.
« Disease mongering », élargir le marché de Big Pharma: un médicament pour chaque état d’âme, pour chaque maladie
Il y a de nos jours un médicament pour tout ; c’est le rêve de ce PDG disant qu’en bon commercial, il doit faire en sorte que tout le monde prenne les médicaments de sa firme, pas seulement les malades… On y arrive peu à peu, en médicalisant tout, du moindre vague à l’âme aux étapes naturelles de la vie, comme la ménopause. Les firmes créent un médicament pour tout – à l’exemple des « lifestyle drugs », sorte de médicaments de confort ou plutôt de conformisme social. La médicalisation et le disease mongering sont faits grâce aux réseaux d’experts (médecins, chercheurs…) au service de l’industrie pharmaceutique et des autres « industries de santé » parce que payés par les firmes.
The Cost of Pushing Pills: Le marketing, cache-misère des firmes
Deux économistes canadiens, Marc-André Gagnon et Joel Lexchin, viennent de publier une étude très intéressante. Elle
met le doigt sur la quintessence de l’industrie pharmaceutique : la promotion, la publicité, les belles paroles… Toute la visée commerciale qu’elle fait passer sous le nom de campagne d’information médicale… Avec des bulles de savon marketing, jolies, mais qui finissent presque toutes par éclater. Et les éclats irritent les yeux qui les suivent trop longtemps du regard… L’industrie nous en met plein les yeux pour cacher la misère de la recherche, l’absence de médicaments innovants. Tout en justifiant le prix des médicaments par le coût de la recherche…
L’étude est accesible en anglais, puisqu’elle a été publiée dans la Public Library of Science (PLoS Medicine), sous le titre « The Cost of Pushing Pills: A New Estimate of Pharmaceutical Promotion Expenditures in the United States ». Comme d’habitude, ce qui vaut pour les Etats-Unis est un indicateur précieux pour d’autres pays occidentaux, parce que les firmes dont on parle ne sont pas des PME, mais des multinationales ayant les mêmes produits – et les mêmes méthodes pour les imposer! – partout où les individus et les régimes d’assurance-maladie sont solvables. Partout où les individus sont susceptibles de devenir des patients, y compris quand ils ne sont pas malades. Les études portent habituellement sur les Etats-Unis pour la simple raison que c’est là que les chiffres sont plus accessibles, que ce soit sur la iatrogénie, le marketing, les conflits d’intérêts… C’est là où l’opacité est un peu moins dense. Au pays des aveugles, le borgne est roi – c’est à peu près ça, non?
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