Transhumanisme : Tuer l’humain pour soigner ses imperfections ? Conférence à Argelès sur Mer, le 26 avril

Fin avril, j’aurai l’honneur et le plaisir de donner une conférence sur le transhumanisme, ses lignes de force mais surtout ses conséquences au niveau collectif comme individuel. En insistant sur les chemins qui, malgré les critiques, mènent pas à pas à l’acceptabilité sociale à partir de certaines formes de la médecine technicisée, que l’idéologie technoscientiste a réussi à faire passer pour une évolution bénéfique aux malades et à l’être humain tout entier.

Je ferai une typologie des conséquences sur l’humanité, sur nos types de sociétés, notamment la démocratie, et sur nos libertés publiques et individuelles, incluant les choix (s’il en reste…) en tant que citoyens.

Cela permettra de mieux percevoir les signes de la disparition progressive des prérogatives du citoyen en République. Et du remplacement progressif, en pratique, du paradigme républicain par celui utilitariste anglo-saxon, sans limites éthiques au nom de la compétitivité, de l’innovation, de l’instrumentalisation de la science et de la recherche par le néolibéralisme.

Tout cela est en lien avec mes écrits (sur Pharmacritique: cf. la liste des catégories) et autres interventions évoquant les dérives scientistes, le dévoiement de la fonction sociale de la médecine, la marchandisation de la santé et du corps… En regardant les catégories telles que contrôle social, normalité, uniformisation, mise au pas de la psychodiversité, marchandisation, etc., l’on trouve mes exposés critiques sur les tendances décelables depuis des décennies, anticipées par les penseurs du courant interdisciplinaire dans lequel j’ai été formée: la Théorie critique (philosophie sociale et sciences sociales) dite École de Francfort. Une « conservation de soi sans soi », un « homme unidimensionnel » et générique, puisque chaque individu reste un exemplaire de l’espèce, sans individualisation au sens moral, politique et juridique: en sujet de droit, être autonome doté de facultés de jugement donc de subjectivité critique (c’est un pléonasme)…

L’uniformisation par la médecine technicisée (cf. aussi les notes de la catégorie « Disease mongering » : façonnage / invention de maladies) et par les autres moyens de formatage et d’ingénierie sociale typiques d’un « monde administré » pénétré de part en part par les technosciences, traduit l' »extirpation de la différence » entre des individus amenés à devenir permutables.

L’homogénéisation des sociétés, le contrôle social, le « corps-marché » à l’ère de la bioéconomie et la mutation anthropologique (Kalman) qui en résulte, ont été anticipés et décrits par des auteurs tels que Adorno, Zygmunt Bauman, Gunther Anders, Henri Lefebvre, Michel Foucault, Michel Freitag, Céline Lafontaine et d’autres. Les individus au « monde vécu » colonisé par les technologies de gestion au niveau collectif et individuel, sont façonnés par l’industrie de la culture et de la conscience; ils sont réduits à leur force de travail – ce qui inclut leur « capital santé » et des (fragments de) corps à monnayer; sans oublier leur instrumentalisation par des cultures, religions et identités sources de valeurs exclusives et concurrentielles incarnées dans des groupes d’appartenance et de référence en rupture avec la communauté nationale, avec l’espace public politique permettant la construction de l’identité politique de chacun en tant que citoyen œuvrant pour dégager des intérêts universalisables.

« The Fall of Public Man », titrait Richard Sennett dès 1977… Fin du citoyen et apogée du narcissisme, nouveau type de socialisation. Plus l’homogénéisation est grande, dans le monde globalisé néolibéral, plus les identités sont vantées, pour le « supplément d’âme » qu’elles semblent apporter. Alors qu’identités et marqueurs identitaires sont devenus tout autant de marchés…

Chaque groupe, chaque individu cherchera à se faire reconnaître dans l’espace public politique par ses particularismes, soit exactement ce au-dessus de quoi l’individu devait s’élever pour se construire en tant que citoyen… Les livres de Marcel Gauchet sont édifiants à ce titre aussi. De même, mon dossier « L’Universalisme en question(s) » paru en 2004-2005 dans la revue Place au[x] Sens et intégrant une série de conférences, débats, interviews et colloques à la Fondation Heinrich Heine / Maison de l’Allemagne à Paris.

Ces individus cherchant le repli identitaire sont mis au pas dans les cases imparties d’un ordre établi quadrillé et maintenu grâce à des méthodes de « violence douce » (Bourdieu) actualisant le panopticon de Jeremy Bentham. Cette mise au pas et homogénéisation, en médecine comme ailleurs, sont le point de départ de l’ingénierie sociale transhumaniste, qui fournit des moyens bien plus efficaces et réclamés par les individus eux-mêmes.

Voici quelques-unes des dimensions que j’aborderai, en lien avec les critiques et initiatives de l’association Sciences Citoyennes, parmi lesquelles Le Manifeste pour une recherche scientifique responsable (et la série de colloques à ce sujet), les Conventions de citoyens et les écrits du président d’honneur de l’association, Jacques Testart. Son dernier livre, co-écrit avec Agnès Rousseaux, s’intitule Au péril de l’humain. Les promesses suicidaires des transhumanistes (Seuil 2018).

J’évoquerai aussi d’autres ouvrages de référence parmi lesquels Le Manifeste des chimpanzés du futur. Contre le transhumanisme (Service compris 2017), écrit par le collectif grenoblois Pièces et mains d’œuvre.

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Voici l’annonce de la conférence organisée par l’Université Populaire Pyrénées – Méditerranée et la Médiathèque Jean Ferrat:
TRANSHUMANISME : TUER L’HUMAIN POUR SOIGNER SES IMPERFECTIONS ?
Conférence-débat par Elena PASCA de l’association Sciences Citoyennes,
le vendredi 26 avril 2019 à 18h30 à la Médiathèque Jean Ferrat – Argelès sur Mer.
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« Réparer » des humains en souffrance – voilà la vitrine consensuelle du transhumanisme. Nous interrogerons les coulisses, afin de voir si l’humanité a encore le choix d’un avenir humain. Ou alors si les financeurs et la pression adaptative néolibérale ont déjà tracé le chemin qui mène de la médecine « personnalisée » et préventive à la prescription d’une sous-humanité permutable bien ordonnée dans ses cases. Des détails sur la construction historique des outils idéologiques, politiques, socio-économiques, etc. sont donnés dans mon article Médecine et contrôle social*.
Elena Pasca est philosophe sociale, germaniste, membre du conseil d’administration de Sciences Citoyennes, lanceuse d’alerte sur des sujets de santé, médico- pharmaceutiques
La Médiathèque d’Argelès sur Mer est au centre du village, facile d’accès depuis la gare ou par les bus à un euro, desservant Perpignan, Argelès village, Argelès plage, Collioure, Port de Vendres,… L’adresse est: Rue du 14 Juillet, Espace Liberté, Argelès-sur-Mer, Occitanie.

* Elena Pasca, Médecine et contrôle social. In: Nature & Progrès. Dossier « Technosociété et libertés », N. 116, février-mars 2018, pp. 27-30.

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Je remercie Madame Sandrine Malard pour son amabilité et disponibilité ainsi que pour les conseils et tout le travail organisationnel, l’aide logistique, etc.

Une réflexion sur “Transhumanisme : Tuer l’humain pour soigner ses imperfections ? Conférence à Argelès sur Mer, le 26 avril”

  1. Un vaste sujet sur lequel beaucoup de français ne mesurent aucunement l’importance. Peut-être n’y croient-ils pas !
    Personnellement, je n’ai aucun retour lorsque j’envoie ce genre d’information, personne ne pose de questions.

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