Médicalisation des femmes, traitement hormonal substitutif et conflits d’intérêt de l’AFEM

Il s’agit d’un montage mettant l’accent sur les conflits d’intérêts. La version intégrale de cette vidéo est sur cette page : « Le médecin, les hormones et la ménopause ».

Au nom de standards de normalité abstraits et au nom d’une prévention réduite à la seule prise de médicaments, les femmes sont médicalisées et surmédicalisées, leur corps, leur santé et leur psychisme deviennent des marchandises, uniformisées, normalisées en extirpant toute différence épinglée comme une déviance à traiter. Grâce au dévoiement de la fonction sociale de la médecine. Comme d’autres instances, elle s’est parfaitement adaptée au néolibéralisme et s’est mise à son service en tant qu’agent de contrôle social.

La médecine et les technosciences ont apporté au capitalisme une légitimité scientifique et permis le développement de nouvelles formes de gestion des populations, de maintien de l’ordre par des impératifs d’adaptation aux standards de normalité arbitrairement établis par le capitalisme en fonction de ses intérêts marchands. Ce qui passe par la distinction entre normal / adapté et déviant / marginal. Or la labelisation passe mieux lorsqu’elle relève non pas de catégorisations sociales directement liées aux intérêts du capitalisme, à son fonctionnement et ses logiques de marché, mais d’une classification d’apparence scientifique en normal et pathologique, apte et inapte. En échange de son asservissement, la médecine a eu des contreparties importantes telles que la garantie d’un monopole et l’exclusivité du pouvoir et du droit de labelisation des individus. La sainte alliance avec la religion a plusieurs conséquences dont la légitimation scientifique du sexisme, de la misogynie et gynophobie, qui arrange le capitalisme et perpétue l’ordre social prétendument inspiré d’un ordre naturel de domination masculine.

Le contrôle social s’exerce de diverses façons pour perpétuer l’ordre établi et pour mieux emprisonner les femmes dans les rôles auxquels toute leur socialisation les pousse à s’identifier, dans l’abnégation et les autres « valeurs » de « l’éternel féminin », très utiles pour continuer leur « servitude volontaire » et reproduire le système patriarcal capitaliste. La double socialisation des femmes, patriarcale et capitaliste, fait d’elles des consommatrices parfaites de tous les segments du marché néolibéral consumériste.

**

L’AFEM, c’est l’Association Française pour l’Etude de la Ménopause, avec le Dr Henri Rozenbaum parmi ses principaux leaders, largement bénéficiaire de l’argent pharmaceutique pour promouvoir le traitement hormonal substitutif et continuer à en vanter les mérites même longtemps après que les résultats tirés de la Women’s Health Initiative ont mis en évidence une augmentation du risque de cancer du sein et l’inefficacité de ce traitement hormonal en prévention de désagréments d’une ménopause présentée comme une maladie.

Le Dr Dominique Dupagne a mis en évidence les conflits d’intérêt du Dr Henri Rozenbaum et abordé les conséquences sur la publicité faite au traitement hormonal substitutif donc à la prescription massive des médicaments hormonaux et des autres produits vendus sur le même créneau de la ménopause médicalisée et rendue pathologique. Car le marketing pharmaceutique est beaucoup plus efficace lorsqu’il passe par des leaders d’opinion (key opinion leaders) qui verrouillent toutes les articulations stratégiques du système de santé et de soins pour qu’il fonctionne dans l’intérêt des firmes pharmaceutiques, des communicants et des professionnels de santé.

Suite à cet article documenté et argumenté publié sur son site Atoute, le Dr Dominique Dupagne a été attaqué en diffamation par le Dr Henri Rozenbaum… Il a évidemment gagné le procès puisqu’il avait dit la vérité sur les liens d’intérêt et les financements de l’AFEM par l’industrie pharmaceutique.

Il faut souligner que de telles actions en justice sont intentées pour faire taire les critiques, intimider et dissuader. Le procédé est connu sous le nom de « poursuite bâillon« , systématiquement utilisé à l’encontre des lanceurs d’alerte qui pourraient sensibiliser le grand public et changer les choses en termes d’acceptabilité des conflits d’intérêts et des financements industriels des sociétés savantes, des associations de malades et /ou de professionnels de santé ainsi qu’en terme d’exigence de transparence. Le nom anglais de ce type d’action en justice instrumentalisant les lois sur la diffamation est édifiant : strategic lawsuit against public participation.

Cette étape physiologique normale dans la vie de chaque femme est dramatisée et, une fois passée par les cerveaux des publicitaires de l’industrie pharmaceutique, tout est fait pour qu’elle apparaisse comme une faillite – par rapport aux impératifs commerciaux qui exigent le jeunisme, la performance à tout instant, etc. -, comme une faiblesse et comme une maladie à traiter. 

Car les femmes sont les principales cibles de la surmédicalisation et du disease mongering, incluant toutes les formes de prévention (dépistages…) inutile, mais fort lucrative, comme je l’ai expliqué et documenté en détail dans l’article « Misogynie culturelle et médicale. Le livre de Guy Bechtel, Les quatre femmes de dieu », et des exemples de surmédicalisation des femmes (endométriose, statines, psychotropes…) »

A part pour quelques notes, je n’ai pas traité les femmes à part, mais souligné dans les diverses notes thématiques – par exemple sur l’ostéoporose, sur les antidépresseurs, sur le disease mongering, sur la surmédicalisation et la surconsommation de médicaments, sur la normalité et la culture psy, etc. – qu’elles étaient les plus malmenées, les premières victimes du marketing pharmaceutique et du pharmacommerce de la peur. Celui-ci est entretenu par un corps médical qui est partie prenante dans ce commerce, pour une bonne partie, et désinformé mais ne cherchant que trop peu à remédier à cela, pour une moindre partie. La médecine qui surmédicalise le fait parce que cela lui rapporte, même si ce n’était pas sa raison d’être. Elle est devenue préventive (préventions inutiles jouant sur la peur), prédictive (avec le tout génétique…), prescriptive (au sens éthique du terme, faisant passer ses prescriptions intéressées pour des préceptes éthiques).

Et maintenant que le traitement substitutif de la ménopause est moins prescrit et rapporte donc moins, l’accent s’est déplacé de plus en plus vers d’autres facteurs physiologiques conséquences du vieillissement, tels que l’ostéopénie et l’ostéoporose transformés en pathologies et qu’il faudrait prévenir en prenant des médicaments. L’accent s’est déplacé aussi vers les spécificités psychiques (psychodiversité) à uniformiser, ce qui revient à extirper la différence et donc la subjectivité critique.

Sans oublier les émotions et les états d’âme, médicalisés et présentés comme des troubles à soigner absolument par des médicaments antidépresseurs, antipsychotiques (oui, eux aussi, car le diagnostic de « trouble bipolaire » a carrément explosé en fréquence) et autres psychotropes, allant des somnifères aux tranquillisants et aux stimulants. Car il faut bien tenir le coup, pour la double, voire la triple journée de travail d’une femme et pour être parfaite dans tous les rôles.

Toutes les activités et les réactions des femmes sont quantifiées, mesurées et devraient se passer selon des standards de « normalité » totalement artificiels, définis uniquement dans un but commercial… C’est un parfait exemple de contrôle social, de discipline des corps comme des esprits, à coups de médicaments et de comportements adaptatifs. Ce n’est plus le corset visible, mais une camisole chimique moins visible, mais non moins présente. Bien au contraire, elle est partout; la médicalisation et surmédicalisation est partout dans la vie des femmes, avec ses diverses traductions: surmédicamentation et recours accru à d’autres techniques médicales, chirurgie esthétique et médecine esthétique, etc. Cela dit, la surmédicalisation n’exclut pas la sous-médicalisation, là encore en fonction des intérêts et des dogmes.

Un exemple typique de surmédicalisation et de sous-médicalisation chez une même femme est l’endométriose, qui illustre toutes les tares de notre système de santé, notamment les maltraitances infligées aux femmes par la médecine paternaliste (la misogynie et le sexisme médical déjà évoqués), qui, sous influence de la psychanalyse, voit du psychosomatique partout et pratique l’une des formes de sous-médicalisation : la psychologisation et psychanalysation. Et ce en même temps qu’un « traitement empirique », c’est-à-dire sans diagnostic, consistant à surmédicaliser les femmes souffrant d’endométriose par le biais d’un cercle vicieux de traitement hormonal de longue durée, suivi d’un agoniste de la GnRH (Decapeptyl, Enantone…) en préopératoire d’une chirurgie incomplète, puis d’autres contraceptifs en continu ou progestatifs pris jusqu’à la ménopause. Et là, les produits hormonaux prescrits changent, mais selon la même logique et choisis toujours en fonction des conflits d’intérêt et de la désinformation induite par la communication d’influence.

Elena Pasca

Copyright

Une réflexion sur “Médicalisation des femmes, traitement hormonal substitutif et conflits d’intérêt de l’AFEM”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s