La santé sous contrôle pharmaceutique: stratégies et conséquences. Quelles solutions?

C’est le débat – exceptionnel par les compétences et la qualité des intervenants – que j’aurai le plaisir d’animer le 4 novembre à partir de 18h45, en même temps en ligne et à Paris.
Sur cette page de notre association Sciences Citoyennes, vous trouverez une présentation des thématiques abordés et des intervenants : le Dr Jean Doubovetzky (France), le Pr Marc-André Gagnon (Canada) et le Pr Joan Ramon Laporte (Espagne). Ils n’ont jamais débattu ensemble.

L’INSCRIPTION, gratuite mais obligatoire, se fait sur HelloAsso, pour obtenir le lien de connexion et l’adresse, sachant que les intervenants seront en ligne.

PRÉSENTATION DU DÉBAT

Trois spécialistes de renommée internationale dans le domaine des pharmas, des politiques et des systèmes de santé, réunis lors d’un débat inédit en France, nous éclairent sur les moyens d’influence et de marketing utilisés par l’industrie pharmaceutique (et par d’autres industriels qui formatent information et recherche) dans une spirale sans fin, avec des marges de profit inégalés. Au point que l’on parle de ghost management : contrôle invisible et omniprésent.

À commencer par des formes de conflits d’intérêts dans la recherche et dans la pratique médicale, moins évidents et entraînant des biais et autres conséquences incompatibles avec la déontologie et avec l’usage rationnel, dans l’intérêt de la santé individuelle et publique.

Des solutions viables ne peuvent se baser que sur une analyse critique rigoureuse des stratégies d’influence présentes jusque dans la médecine basée sur le niveau de preuve. L’analyse porte aussi sur la prééminence du marketing et lobbying sur la recherche et développement, incluant toutes les techniques de désinformation. Sans oublier l’étude de la surmédicalisation et de la surconsommation d’une médecine technicisée et de médicaments majoritairement inutiles et/ou mal utilisés.

Le façonnage de maladies est une conséquence des diverses influences et de la médicalisation d’un maximum d’aspects de nos vies, y compris en inventant ou en redéfinissant des maladies, en érigeant des facteurs de risque en maladies, etc., afin qu’un maximum de personnes soient éligibles à des diagnostics aux critères vagues, modifiés ou inventés. Cela induit un cercle vicieux: consommation chronique de médicaments (et remèdes) et de dispositifs médicaux, dépistages inutiles qui trouvent des incidentalomes, et ainsi de suite.

Tout cela entraîne des effets indésirables sous-déclarés, eux-mêmes « traités » par des prescriptions en cascade. Notre comportement de consommateurs en demande croissante de solutions – médicales, technologiques et “alternatives” exotiques – à nos dilemmes et à nos modes de vie, pérennise ce cercle vicieux.

Il est urgent de réclamer des études épidémiologiques des effets indésirables, qui prouveront que le mésusage de médicaments – inutiles, surdosés, pris par acharnement thérapeutique, etc. – est l’une des premières causes de maladie et de mort.

INTERVENANTS

➡️ Jean DOUBOVETZKY, médecin à Albi passant de l’épidémiologie clinique à la médecine tropicale et à la médecine générale, rédacteur de la revue Prescrire, chargé de mission auprès des agences nationales de santé (Haute Autorité de Santé, Anaes, Andem), enseignant en formation médicale initiale et continue, animateur du blog « Anti-Knock », membre des collectifs Formindep et Cancer Rose, intervenant lors des colloques “Preventing Overdiagnosis”, auteur et traducteur prolifique.

➡️ Marc-André GAGNON, socio-économiste, chercheur associé à l’OMS, professeur d’économie politique du secteur pharmaceutique et biochimique, analyste de l’économie du savoir (innovation, brevets, transparence, responsabilité…). Son expertise inclut les politiques de santé et les régimes d’assurance-maladie, les questions d’éthique et de bonne gouvernance, les formes de corruption… Il dirige le programme « Ghost management » à l’Université de Carleton (Canada).

➡️ Joan Ramon LAPORTE, professeur émérite de pharmacologie clinique à l’Université autonome de Barcelone, fondateur de l’Institut catalan de pharmacologie et “père” de la pharmacovigilance espagnole, entre autres à travers la revue Butlletí Groc, consacrée à la sécurité des médicaments, avec une base de données sur les effets indésirables. Expert auprès de l’OMS, membre du conseil scientifique d’EPI-PHARE (structure de l’ANSM et de l’Assurance maladie consacrée à la pharmaco- épidémiologie), membre du réseau de pharmacologie sociale.

➡️ Animé par Elena PASCA (Sciences Citoyennes, blog Pharmacritique)

COMMENTAIRES

PS: Pour moi, avec Sciences Citoyennes et mon blog Pharmacritique, c’est un rappel du travail commencé il y a une vingtaine d’années, sur les tares de l’industrie pharmaceutique, avec des sujets tels que le disease mongering, le ghost management et certaines formes de liens d’intérêt et de lobbying que nous avons fait connaître en France. Cette série de débats est aussi l’occasion de renouer avec cette période où Sciences Citoyennes était un acteur de premier plan dans la critique du complexe médico-industriel, avec des partenaires que je retrouve avec plaisir.

Outre le prolifique Dr Jean Doubovetzky, excellent connaisseur du système de santé français et des conséquences des manigances de l’industrie pharmaceutique, je pense au Pr Marc-André Gagnon et son approche socio-économique et politique inédite en France, sans oublier, entre les nombreuses cordes à son arc, le programme de recherche qu’il dirige sur le ghost management.

Et que dire de l’occasion d’écouter le Pr Joan Ramon Laporte, figure majeure de la pharmacovigilance européenne, du réseau de pharmacologie sociale et celui de l’ISDB (International Society of Drug Bulletins), qui rassemble des revues pharmacologiques indépendantes de plusieurs pays, telles que la française Prescrire (Dr Doubovetzky), la catalane Buttleti Groc (Pr Laporte), la belge Minerva, l’allemande Arznei-Telegramm, militant pour une médecine basée sur le niveau de preuve, un usage rationnel du médicament et des mesures pour quantifier les effets indésirables et en finir avec leurs causes. La transparence sur la corruption, le lobbying, le pantouflage et toutes les méthodes de manipulation de la recherche, de la formation et de l’information médicales, n’est pas une fin en soi mais une condition nécessaire pour en finir avec.

Sans oublier la fin de l’emprise des leaders d’opinion sur les articulations stratégiques de notre système de santé, depuis les agences de régulation jusqu’aux associations de malades, en passant par les services hospitaliers et les moyens de (dés)information.

Le dernier ouvrage du Pr Laporte continue l’alerte, qu’il donne depuis plusieurs décennies, sur le scandale majeur de santé publique qui consiste à voir notre santé détruite, voire à mourir à cause de médicaments inutiles, et ce, à une échelle insoupçonnée. Il s’intitule « Chronique d’une société intoxiquée. Surconsommation de médicaments et emprise d’une industrie: la vérité sur notre santé publique » (Arpa, 2026).

J’ai traduit et présenté dès 2007 des initiatives et des travaux critiques au sujet du lobbying, de diverses formes de liens et de conflits d’intérêt, de la désinformations, de biais et de méthodes d’influence et de manipulation de la recherche, de la formation et de l’information, avec la revue allemande Arznei-Telegramm comme principale référence ; dès 2008 la notion de ghost management, inconnue en France; dès 2007, j’ai fait connaître le façonnage de maladies, présenté et traduit les travaux de l’équipe de l’Université de Dartmouth sur les formes de disease mongering, phénomène sur lequel j’ai co-organisé et dirigé un atelier de travail lors de l’édition 2012 du Colloque de Bobigny sur la surmédicalisation, les surdiagnostics et les surtraitements.

J’ai participé à une formation sur les conflits d’intérêt, j’ai été auditionnée par des agences de régulation, suis intervenue dans les media, à des colloques, des débats et des conférences, en France, en Suisse, en Belgique… Et ce, au nom de Sciences Citoyennes, que j’ai représentée, aux côtés de Jacques Testart, dans le comité de pilotage de l’ancien réseau français anti-lobbying ETAL, et dans l’ancienne coalition européenne ALTER-Eu, pour la transparence et la régulation du lobbying et des conflits d’intérêt.

C’est ainsi que j’ai rencontré le Dr Doubovetzky, en 2012 lors d’un débat organisé par moi pour Sciences Citoyennes. En 2011, j’ai rencontré le Pr Gagnon, puisque nous étions tous les deux membres du réseau international Healthy Skepticism, critique des méthodes, principalement de lobbying, marketing et désinformation, toujours à comprendre dans le cadre des conflits d’intérêt et des stratégies de maximisation des ventes.

Cette série de débats est aussi l’occasion de renouer avec cette période où Sciences Citoyennes était un acteur de premier plan dans la critique du complexe médico-industriel, avec des partenaires associatifs et avec des militants que je retrouve avec plaisir.

Un certain nombre d’écrits sur ces sujets sont accessibles sur mon blog Pharmacritique, à partir de la liste alphabétique des catégories (disease mongering, ghost management, désinformation, conflits d’intérêt, effets indésirables…) et par la case recherche, de même que sur le site de Sciences Citoyennes et de certaines associations partenaires, etc.

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