Enquête en Grande-Bretagne suite au décès d’une collégienne peu après le vaccin anti-papillomavirus Cervarix

C’est ce que nous apprend l’article « Schoolgirl dies after being given cervical cancer jab » du Times online daté du 29 septembre; c’est Cadavre Noise magazine.jpgl’occasion de rappeler un certain nombre de controverses entourant le Cervarix et le Gardasil.

La collégienne de Coventry Natalie Morton, âgée de 14 ans, est décédée à l’hôpital, quelques heures après avoir été vaccinée par Cervarix à son école. Par précaution, le lot de vaccins (HPV1 Cervarix AHP VA 043BB) dont fait partie la dose administrée a été suspendu jusqu’à ce que des analyses soient faites. Les décideurs sanitaires locaux ont diligenté une enquête urgente sur ce décès, tout en affirmant que la mort n’était probablement pas liée au Cervarix. Le responsable du National Health Service (NHS: service public de santé) de Coventry n’hésite pas à annoncer d’avance les résultats des investigations et de dire que la campagne de vaccination allait reprendre dès que l’autopsie aura été faite.

Vu qu’il y a eu décès, les autorités sanitaires et GSK ne pourront pas recourir à leur excuse habituelle, à savoir incriminer des réactions « hystériques » des jeunes filles. C’est cela l' »explication » à la mode, donnée par Sanofi Pasteur MSD et par les agences du médicament d’Espagne, d’Australie et d’ailleurs…

Par contre, Julie Roberts, la proviseure du collège que fréquentait Natalie Morton, parle dans la lettre aux parents d’une « réaction rare, mais extrême » que le jeune fille aurait développé. Elle demande aux parents d’être vigilants.

Selon l’agence britannique du médicament (MHRA: Medicines and Healthcare products Regulatory Agency), 4.657 cas d’effets secondaires du Cervarix ont été notifiés à la pharmacovigilance; ils incluent des réactions allergiques, des étourdissements et des nausées, entre autres.

En lisant ce chiffre, il faut garder en mémoire que, selon le consensus international, tout au plus 5% des effets secondaires sont signalés; la « sous-notification chronique » est donc à prendre systématiquement en compte.

(Image: Noise Magazine)

Essais cliniques suffisants et concluants?

Cependant, le profil de sécurité du Cervarix est jugé bon, et, selon les responsables sanitaires, aucun signalement à la pharmacovigilance ne porterait sur des effets indésirables graves qui n’auraient pas été mentionnés dans la notice. Ils insistent à l’unisson – et en accord avec les porte-parole du laboratoire GSK – sur les tests sérieux et étendus auquel le vaccin a été soumis avant homologation.

Et pourtant, les essais cliniques ne sont pas si concluants et si péremptoires que cela, ni pour déterminer les effets secondaires, donc la tolérance et le profil du sécurité, ni même pour prouver l’efficacité et l’utilité d’un tel vaccin censé prévenir les dysplasies de moyen et de haut grade provoquées par deux souches de papillomavirus humains (HPV 16 ET HPV 18) sur les seize qui sont impliqués dans le développement éventuel d’un cancer du col de l’utérus. Selon la revue allemande indépendante Arznei-Telegramm, dont Pharmacritique a traduit l’analyse des essais cliniques menés par GSK, le fondement scientifique du Cervarix est encore plus faible et incertain que celui du Gardasil, lui-même pas très solide. Puisqu’il faudrait 20 à 30 ans d’essais cliniques pour déterminer l’efficacité d’un tel vaccin, pour voir s’il protège effectivement contre les cancers du col de l’utérus provoqués par les deux souches en question.

Rappelons par ailleurs que la FDA n’a toujours pas homologué le Cervarix; l’agence américaine du médicament a annoncé le jour même (29 septembre) que la réponse à la demande d’autorisation allait être encore retardée.

Beaucoup de monde s’interroge sur le choix de la Grande-Bretagne, qui a préféré le Cervarix au Gardasil, et il y a eu des soupçons de conflits d’intérêts, de liens entre les décideurs politico-sanitaires et la firme britannique GSK.

Syndrome de Guillain-Barré?

Quoi qu’en disent les officiels, il ne s’agit pas là du premier cas d’effets secondaires graves en Grande-Bretagne. Et le Times de rappeler le cas d’une autre jeune collégienne de 12 ans, Asleigh Cave, vaccinée par Cervarix en octobre 2007, et qui a eu des étourdissements et des maux de tête dans les 30 minutes qui ont suivie la piqûre. Les prochains jours, elle a perdu connaissance plusieurs fois et a été hospitalisé pour une paralysie des membres inférieurs, qui l’a obligé à passer le plus clair de son temps à l’hôpital depuis. Selon la firme GSK, l’agence britannique du médicament aurait affirmé que son cas n’était pas non plus lié au Cervarix.

L’article de décembre 2008 du Times décrivant les effets secondaires chez Asleigh Cave s’intitule « Mystery illness paralyses girl given cervical cancer jab » (Une mystérieuse maladie paralyse une jeune fille après le vaccin anti-papillomavirus). L’agence britannique du médicament avait classé le cas dans la catégorie des syndromes de Guillain-Barré, tout en disant qu’il n’y avait pas de preuves évidentes que le Cervarix puisse provoquer de tels syndromes. Mais même ce diagnostic a été contesté.

Entre-temps, une étude états-unienne des données de pharmacovigilance, dont les résultats ont été rendu publics au printemps 2009, a mis en évidence que le Gardasil augmente légèrement le risque de faire un Guillain-Barré, surtout pendant les premières semaines suivant la vaccination. (Pharmacritique en a rendu compte dans cette note, qui explique aussi en détail ce qu’est un tel syndrome).

Rappelons ici que d’autres décès – liés au moins chronologiquement au Gardasil et sans autre cause identifiée de la mort – ont été signalés en Allemagne et surtout aux Etats-Unis, de même que des effets indésirables graves (voir les rapports du chien de garde états-unien Judicial Watch deux années de suite, ici pour 2008 et ici pour 2009).

Rappel de la réaction autrichienne suite à un décès

En Autriche, le décès de la jeune Jasmin Soriat a été l’un des facteurs déterminants dans le retrait du Gardasil du calendrier vaccinal et son déremboursement (voir cette note). L’autre facteur décisif étant une modélisation faite par l’institut indépendant Ludwig Boltzmann, qui a montré que même un Gardasil efficace à 100%, et administré sans rappel nécessaire à 85% de la population cible n’aurait qu’un très faible impact en termes de réduction de l’incidence du cancer du col de l’utérus et de la mortalité.

Causalité ou non, ce n’est pas la question essentielle

Pharmacritique rejoint Arznei-Telegramm sur ce point aussi: s’il est impossible de se prononcer quant au lien de causalité entre Gardasil / Cervarix et ces décès, il convient de les interpréter comme un fort signal d’alarme. Dans le cas d’un vaccin dont l’utilité n’est pas démontrée et dont l’efficacité globale ne dépasse pas les 17%,
seul un excellent profil de sécurité est acceptable. Ces vaccins ont-il une tolérance optimale? Les lecteurs jugeront.

A noter que le lien de causalité ne peut être ni affirmé, ni nié, ce qui ne simplifie certes pas les choses. Une chose est sûre: le recours à la vieille rengaine misogyne et antifémiste (« hystérie », « réaction psychogène »…) est inacceptable et ne saurait tenir lieu d’explication scientifique. On ne voit que trop souvent des diagnostics retardés (ou jamais posés) chez des femmes, sous prétexte que ce serait « dans la tête ». Il est grand temps que la médecine – et en particulier la psychosomatique française influencé par un Lacan qui voyait des hystériques partout -, change enfin d’époque et admette son ignorance, le cas échéant, au lieu de chercher des poux dans la tête des femmes.

D’autres détails et d’autres analyses et éditoriaux critiques

Sont accessibles à partir des catégories suivantes de Pharmacritique, réunissant plus de 50 articles, principalement sur le Gardasil:

© Pharmacritique. Aucune reproduction sans autorisation préalable.

Mise à jour

Un article du 1er octobre de BBC News annonce des résultats préliminaires de l’enquête: la jeune fille souffrait d’une tumeur touchant son coeur et s’étendant vers son poumon gauche, qui aurait pu lui être fatale. Toutefois, d’autres examens sont en cours pour déterminer la cause exacte du décès.

3 réflexions au sujet de “Enquête en Grande-Bretagne suite au décès d’une collégienne peu après le vaccin anti-papillomavirus Cervarix”

  1. QUelqu’un connait-il la référence d’un article d’une grande revue médicale angloscripte où l’on disait ou évoquait la possibilité / l’observation d’une dérive des souches de HPV observées dans la population (des souches non couvertes par les vaccins remplaçant celles des vaccins) . Celà inquiétait dans la mesure où on ne connait pas le potentiel de ces souches plus rares et où le dérèglement de l’écosystème homosapiens /HPV mettait dans une situation inconnue , pouvant être plus dangereuse, ou moins dangereuse ou simlilaire.
    QUelqu’un a vu passer ça ?
    Je n’arrive pas à le retrouver par Medline.

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  2. Atteinte d’une displasie en 1er degré mon gynéco me prescrit le vaccin cervarix. j’ai 33 ans.
    J’ai fait le 1er un peu rapidemment et me demande si je dois continuer
    [Nom de famille effacé par Pharmacritique, par prudence]

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  3. [ce commentaire n’a jamais été posté, car je souhaitais le récrire]
    Bonjour CMT
    J’ai effectivement évoqué ce point par le passé, mais sans m’attarder, et ce pour de bonnes raisons. Les mêmes raisons qu’ont eu les spécialistes de ces questions de ne pas faire de ce point un argument de bataille contre le Gardasil, parce que les résultats ne le permettent pas. Ou mieux: une lecture scientifique et complète des résultats des études Future ne le permettent pas.
    Une remarque générale avant d’en venir aux détails:
    Je ne suis pas d’accord avec cette façon de dire les choses, comme s’il s’agissait d’une évidence et non d’un soupçon qui est loin d’être démontré. Il me semble qu’il faut faire attention à ce qu’une opinion négative ne crée pas un biais qui mène forcément à une lecture sélective des résultats. L’esprit humain est ainsi fait: dès lors qu’il y a un stéréotype, la perception devient sélective, on ne perçoit plus que ce qui confirme le stéréotype (l’idée préconçue / le préjugé) en question.
    Cela est particulièrement valable pour les vaccins, compte tenu du contexte actuel dans lequel se déroule le débat public, fortement polarisé.
    Une telle lecture non autorisée par les résultats eux-mêmes discrédite la bataille contre le Gardasil, celle portée par des arguments fondés.
    Il y a beaucoup de raisons de déconseiller le Gardasil / le Cervarix.
    En l’occurrence, la plus évidente me semble être le fait qu’il s’agit d’une dysplasie de grade 1. C’est-à-dire une dysplasie légère, très banale, qui disparaîtra fort probablement toute seule, comme dans 90% des dysplasies, y compris les plus sévères.
    D’autres raisons: l’efficacité non prouvée (car il faudrait faire durer les études pendant au moins 20 ou 30 ans pour prouver l’efficacité (ou non), du fait qu’une dysplasie qui persiste met tout ce temps pour atteindre une sévérité moyenne puis haute, puis pour se transformer en cancer, là encore avec plusieurs stades de sévérité. Pendant tout ce temps, un frottis régulier dépiste le problème lorsqu’il y a nécessité de traitement – et le traitement local est très efficace (et cette efficacité-là est démontrée, elle…)
    Une autre raison: l’inutilité d’un tel vaccin. A supposer que le cancer du col de l’utérus soit un problème de santé publique, ce qui n’est pas le cas, eh bien, le vaccin Gardasil ou Cervarix ne protège que contre deux des 15 ou 16 souches de papillomavirus dont on dit qu’elles peuvent être impliquées dans de tels cancers. Alors que le frottis, lui, permet de dépister une dysplasie qui pose problème quelle que soit la souche qui est impliquée.
    Des études récentes ont encore renforcé ce dont j’ai déjà rendu compte par le passé: un pourcentage non négligeable de cancers du col de l’utérus a été observé sans aucune présence d’une quelconque souche de papillomavirus. Il est donc évident qu’un tel virus n’est pas LA cause du cancer du col de l’utérus. Une souche oncogène telle que le HPV 16 ou le HPV 18 peut être impliquée dans un cancer sans en être la seule cause. C’est un co-facteur, mais pas LA cause, car pas indispensable. Il y a bon nombre de co-facteurs, que j’ai détaillé dans ces pages (tabagisme, antécédent d’inflammations et / ou infections sexuellement transmissibles, usage prolongé de contraceptifs, grossesses multiples, système immunitaire affaibli (et plus encore: l’immunodéficience rencontrée dans certaines maladies chroniques), nombre de partenaires sexuels, promiscuité, pauvreté et ses conséquences (mauvaise alimentation, voire malnutrition, faiblesse de l’organisme, etc.)
    Ces vaccins – Gardasil et Cervarix – sont un immense bluff publicitaire, un coup de marketing rendu tellement lucratif par le réseau tentaculaire de conflits d’intérêts, question que j’ai aussi abordée dans plusieurs articles (cf. liste alphabétique à gauche de la page).

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