Sarkozy se soucie bien du pouvoir d’achat! On se le rappellera en payant le nouveau tarif du médecin généraliste

Le journal Les Echos vient de nous apprendre que le gouvernement se soucie quand même du pouvoir d’achat : celui des médecins en général, et des généralistes en l’occurrence. La consultation coûtait 16 euros en 1997, elle coûtera 23 euros encore en 2008. Pourquoi ne pas faire pareil pour toutes les catégories professionnelles ? Je lisais quelque part le commentaire d’un usager, écrit avant cette dernière hausse et qui n’était pas sans fondement : En quoi seule la médecine (générale) mériterait-elle une telle revalorisation ? D’autant plus qu’avec la tarification à l’acte, les tarifs augmentent et la durée de la consultation se réduit (16 minutes en moyenne, selon le Sénat). Et pourquoi l’augmentation des dépenses ne pose cette fois-ci aucun problème à la Sécurité sociale ? Dans les termes mêmes du gouvernement : les médecins ne doivent-ils pas être eux aussi « responsabilisés » ? Et participer à l’effort – vendu comme « national » – visant à combler le trou de la Sécu ? On va là encore vers le modèle anglo-saxon : des consultations médicales de plus en plus chères, une médecine privatisée de bout en bout, d’une part ; et des usagers de plus en plus pauvres, exclus des soins faute de pouvoir se les payer, d’autres part… Il s’agit d’une tentative supplémentaire de désolidariser complètement médecins et usagers, pour qu’ils aient des intérêts complètement antagonistes et ne puissent plus du tout se mettre d’accord dans la critique et l’action contre le démantèlement du système public de santé et de soins. La note précédente parlait du néolibéralisme ; la médecine libérale et la liberté qu’elle peut revendiquer grâce à un fort corporatisme ne reviendrait-elle pas de plus en plus à individualiser les profits et à mutualiser les pertes ? Sans se soucier du devenir des patients?

La chose est passée presque inaperçue des usagers, mais n’est pas pour autant sans importance. En 2006, il y a eu une forte progression des tarifs des visites à domicile effectuées par les généralistes, en fonction de la plage horaire. Détails sur cette page des Mutualités Neutres.

Voici l’article des Echos :

 

« Le tarif de la consultation des médecins généralistes, désormais considérée comme une spécialité à part entière, devrait bientôt être porté de 22 à 23 euros. La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, qui se montrait jusque-là assez prudente sur cette hausse envisagée pour 2008 dans l’accord conclu l’an dernier par l’assurance-maladie et les médecins libéraux, a souligné hier, devant l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), « qu’il n’y a pas eu de dérapage des dépenses de l’assurance-maladie, donc les conditions sont réunies pour porter la consultation à 23 euros. » Les remboursements augmentent en effet de manière modérée depuis le début de l’année, ce qui rend très peu probable une intervention du comité d’alerte. Or, le budget 2008 de la Sécurité sociale stipulait qu’un plan d’urgence permettrait de suspendre toute revalorisation des honoraires déjà actée.

Au début 2009

Les jeux ne sont pas faits pour autant. La hausse de la consultation doit d’abord être confirmée lors d’une négociation avec l’assurance-maladie, qui en profitera pour demander des contreparties aux médecins (engagements sur les prescriptions, notamment). Une fois le relèvement décidé, la loi de financement de la Sécurité sociale prévoit encore un délai de six mois avant la mise en oeuvre effective, de manière à s’assurer que les dépenses n’ont pas dérapé entre-temps. En cas d’accord en juillet, par exemple, cela renverrait l’application de la hausse de tarif à début 2009. Un calendrier jugé raisonnable, hier, par Roselyne Bachelot.

Le rôle des assurances

La ministre de la Santé a par ailleurs évoqué la possibilité de consacrer une loi au financement de l’assurance-maladie « au premier semestre 2009 », qui inclurait en particulier la redéfinition, souhaitée par Nicolas Sarkozy, de ce qui relève de l’assurance-maladie et de ce qui relève de la responsabilité individuelle, donc des assurances et des mutuelles. Il s’agit cependant d’une simple éventualité et, pour l’heure, le calendrier gouvernemental semble bien toujours d’inclure de telles décisions dès septembre dans le budget 2009 de la Sécurité sociale.

Sur le fond, Roselyne Bachelot a indiqué qu’elle conditionnerait un éventuel renforcement du rôle des assurances, et notamment leur « spécialisation » sur certains soins (optique, dentaire, etc.), à un « accès amélioré aux complémentaires santé », à une « vraie valeur ajoutée à la prise en charge », et au fait que « cela n’aboutisse à aucun rejet des malades ». Elle a aussi réitéré ses critiques contre le « bouclier sanitaire » et plaidé pour « le maintien du concept d’affection de longue durée » (cancer, sida, diabète, etc.), qui assure la prise en charge à 100 % des dépenses. »

2 réflexions au sujet de “Sarkozy se soucie bien du pouvoir d’achat! On se le rappellera en payant le nouveau tarif du médecin généraliste”

  1. Pourquoi l’augmentation de l’acte C ne pose-t-il aucun problème à la Sécu ?
    pour une raison simple : entre 2001 et 2007, le nombre d’actes en médecine générale libérale a baissé de 42 millions
    en outre, les généralistes représentent environ 3,5 % des dépenses maladie !
    ce qui fait que l’augmentation en euros courant n’a pas fait sortir un centime de plus à la sécu
    les revenus des généralistes libéraux a baissé de telle façon qu’entre 2003 (année avant la réforme) et 2006 (dernier chiffre disponible) la perte de pouvoir d’achat a été de 10 %
    la spécialité attire tellement qu’en cette année 2008, on aura 4 000 départs et … 180 arrivées en libéral
    les journaleux feraient mieux de se poser une (très) bonne question : pourquoi nous présente-t-on les franchisses comme incontournables, alors que d’autres pays, notamment européens, ont d’aussi bons résultats que nous pour 2 points de PIB de moins ?
    cela représente un différentiel potentiel de 35 milliards par an, tous les ans,
    dont 18 milliards sur le seul poste des médicaments
    plus de trou, plus de dette, financement de la branche dépendance, et encore des marges de manoeuvres restantes

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  2. [Ce commentaire n’était pas en ligne]
    Merci pour ces remarques et ces précisions qui permettent de situer les choses dans leur contexte!
    Il y a eu plusieurs notes et commentaires très critiques sur les franchises, et je crois que les vues convergent.
    Quant aux revenus des médecins, je pense qu’il y a quand même une tendance à la dissociation des intérêts entre médecins et patients, pour qu’il n’y ait plus de solidarisation possible sur des questions d’intérêt général telles les franchises ou d’autres. Tendance imposée par l’idéologie néolibérale; les médecins saisissent l’occasion financière, mais je ne suis pas sûre que ce soit dans leur intérêt (autre que l’intérêt immédiat).
    On a tellement vu d’augmentations et de pressions corporatistes utilisant même le chantage, avec les chirurgiens libéraux qui menacent de s’expatrier, les gynécologues-obstétriciens libéraux et les radiologues qui réclament la prise en charge par l’Etat de leurs assurances, l’augmentation l’année dernière des honoraires des généralistes et ceux des spécialistes…
    Le grand public ne voit que cela, une successsion d’augmentations des honoraires en libéral; des médecins qui ne sont jamais montrés du doigt comme des auteurs du mythique « trou » de la Sécu; des syndicats de médecins libéraux qui s’entendent sur l’augmentation deshonoraires, etc.
    Il y a quand même un problème dans cette conception du libéralisme, quand on veut privatiser le profit, mais qu’on demande à l’Etat d’essuyer les pertes. L’Etat qui ne doit pas intervenir, par ailleurs, dans la réglementation de quelque détail que ce soit de la pratique médicale. Il doit juste payer.
    Je ne montre personne du doigt, mais essaie de formuler un problème tel que peuvent le voir les usagers.
    Les médecins libéraux devraient expliquer leurs positions, leur situation, clarifier le message.
    Les « assurances » de M. et Mme Untel, personne ne les prend en charge; leurs revenus n’augmentent pas de la même façon, loin de là, et ils ne peuvent rien déduire des impôts en note de frais. Par contre, ils doivent payer de plus en plus, pour un accès aux soins de plus en plus sélectif et censitaire. Comme on le voit avec le refus de la CMU par de nombreux médecins. Sans parler des consultations privées, je veux dire l’activité libérale en hôpital public, avec les dépassements d’honoraires, etc., qui coûtent beaucoup à la Sécu.
    Les généralistes n’y sont certes pas pour grand-chose; ils veulent simplement une plus grande part du gâteau. Il n’empêche qu’ils contribuent à perpétuer le système, qu’ils justifient cette idéologie « libérale » et qu’ils ont leur part de responsabilité dans la surmédicalisation. Avec une durée de consultation qui se réduit comme peau de chagrin, il est plus facile de prescrire un antidépresseur et/ou un tranquillisant que d’écouter le patient. Plus facile de prescrire un examen technique que de prendre le temps d’un examen clinique minutieux et de l’explication qui va avec.
    Certes, les consultations longues réduisent le pouvoir d’achat. Mais celles courtes ne sont pas compatibles avec des soins de qualité. A mon avis, les médecins – et surtout les généralistes – devraient protester contre l’ensemble du système, plutôt que de se battre seulement pour l’augmentation des tarifs de leur propre spécialité. Et que de justifier la pratique de surprescription et de tarification à l’acte, comme le font de nombreux médecins.
    Que les généralistes soient récompensés d’avoir moins prescrit en même temps qu’on demande aux usagers de payer plus, peut être très diversement apprécié.
    En sociologie, la médecine est l’exemple le plus cité de corporatisme et de lobbying très fort. Cela montre à quel point le public et les sciences sociales comprennent mal le message. Il faut l’expliquer. Il faut surtout expliquer la position un peu particulière de la médecine générale, longtemps déconsidérée et sous-payée.
    Voici quelques remarques sontanées… Vous pouvez dire que je mélange tout, ce n’est même pas faux, mais c’est aussi pour bien coller à ce que pensent les usagers et à la signification objective de cette dissociation progressive des intérêts.
    après tout, c’est aussi au nom de l’augmentation du pouvoir d’achat que des médecins corrompus par l’industrie pharmaceutique pourraient « justifier » la corruption.
    La position des médecins dans toutes ces questions relatives à la casse du système de protection sociale n’est pas claire. Comme d’habitude, les généralistes sont les plus exposés à la critique et c’est dommage qu’elle soit si sélective. Parce que la critique ne peut qu’inciter à la clarification des positions – pour éliminer des préjugés, par exemple et éviter que d’éventuels malentendus se creusent de plus en plus. Comme vous avez pu le voir, « Pharmacritique » se soucie énormément de la communication entre médecins et usagers, pas au sens de « com », mais d’expression basée sur la compréhension réciproque. Et celle-ci ne va pas de soi.
    Cordialement.

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